Moiré – Shelter

Moiré porte avec Shelter son univers sur long-format, créant par la même occasion l’une des expériences les plus intrigantes de l’année.

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7.8

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 31 août 2014 | 9:10

S’il y a bien une chose qu’ont en commun les artistes tournant autour de la nébuleuse Werk Discs, c’est probablement cette faculté à manier à la perfection le flou artistique – se rapprochant en cela du maître de la maison, Actress. Moiré en est peut-être le plus flagrant exemple, toute la discographie du mystérieux Londonien semblant placée sous le signe de la confusion la plus totale, brouillant les lignes, estompant les genres et les époques. Après trois EPs, l’annonce de son premier album avait donc de quoi intriguer : comment cet univers indéfinissable allait-il s’exprimer sur la durée d’un long format ? Shelter nous apporte la réponse : à merveille.

 

C’est que comme le laissait deviner son obsession pour les figures géométriques, Moiré a un sens inné de la construction. « Attitude » nous ouvre ainsi la porte des lieux avec douceur : si le pattern rythmique qui nous accompagne est typique de ses travaux, s’écrasant sur lui-même en fin de mesure avant un infini recommencement, le producteur prend le temps de capter notre attention avant de nous entraîner dans son jeu de fuite. Un doucereux engourdissement s’empare de l’auditeur, le constituant peu à peu en proie du producteur.

Dès la seconde piste, Moiré en profite pour rompre tout lien avec le connu, organisant une rapide perte de tout repère. « Dali House » prend tous les virages, passant de chuchotements mystiques en synthés trébuchants, autour d’une esquisse de base house, au beat martial et à la bassline hésitante. C’est un véritable temple du trouble qu’organise ainsi l’Anglais, effaçant les contours pour nous plonger dans un état de doux flottement. Il devient difficile de distinguer les titres, chacun en venant à prendre la forme d’un nouveau nuage de brume synthétique dans lequel nous serions plongés. Les synthétiseurs rêveurs anesthésient lentement notre perception, se fondant les uns dans les autres autour de rythmes dégradés.

Face à cette lente disparition de toute sensation, l’impression qui domine est celle de l’évanouissement. Celle-ci se mêle néanmoins à d’autres teintes selon les formes prises par les titres successifs : sur « Hands On », le délire ouaté se pare ainsi d’une certaine nostalgie, portée par des samples vocaux semblant ressortir d’un passé révolu. Les nuances se font plus de même plus sombres sur le très beau et traînant « Infinity Shadow », ou, plus loin, sur le subtil « Stars » aux motifs dissimulés.

 

L’impression laissée par l’album ne s’amenuise pas avec les écoutes : au terme de l’écoute, c’est systématiquement ce tournoiement sans fin de sons indéfinis que l’on retient, sans savoir précisément où telle bribe a été entendue. C’est certainement ce qui pousse à s’y engouffrer à nouveau, afin de tenter sans succès d’en percer le secret une nouvelle fois. Porté sur long-format, l’univers de Moiré se trouve donc sublimé, poussant toujours plus loin la narcose située au cœur de sa musique. Album insondable, Shelter s’affirme donc sans problème comme l’une des expériences les plus intrigantes de l’année.

 

 

Tracklist :

01. Attitude
02. Dali House
03. Elite
04. Hands On
05. Infinity Shadow
06. No Gravity
07. Stars
08. Rings
09. Mr Figure

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