Morgan Zarate – Taker

Déconstruction et reconstruction pop : le retour intrigant du trop rare Morgan Zarate.

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7.8

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 1 octobre 2013 | 12:08

Dire que l’on attendait ce nouveau disque de Morgan Zarate est bien peu dire. Premièrement, parce que, hormis un Broken Heart Collector passé relativement inaperçu l’an dernier, le résident d’Hyperdub ne nous a rien livré depuis un Hookid en forme de séisme en 2011, perle de hip hop instrumental déconstructiviste. Et deuxièmement parce que Kode9 nous avait montré, dans son Rinse: 22, que l’ancien membre de Spacek n’avait pas lâché son studio, à travers une minute éclatante d’un Pusher Taker que l’on trouvera ici dans son intégralité.
 

Pourtant, la première écoute de ce Taker EP est d’une rudesse certaine. Plus exactement, on se sent décontenancé par cet amas de synthétiseurs maximalistes et rythmes hésitants, de chants pop calés sur des structures alternatives. Difficile de s’accrocher à un point de repère, tant l’EP semble décousu. Même ce Pusher Taker que l’on pensait si bien connaître semble méconnaissable, plus lent – si lent – que dans le mix de Kode9.
Néanmoins, quelque chose nous pousse à y retourner. Et le jeu des écoutes s’effectue : on prend lentement ses habitudes au sein de ces titres. Et l’on finit par comprendre le jeu de focale initié par Zarate, qui nous montre des lieux connus sous de nouvelles perspectives, abolissant nos certitudes et nous plongeant dans une autre dimension, celle d’une pop kaléidoscopique.

Dès lors, l’effet se fait infectieux, tant il est dur de se défaire de la nébuleuse que l’artiste bâtit en à peine quatre titres (plus un bonus pour l’édition digitale). On finit par s’habituer à la lenteur de ce Pusher Taker cotonneux, où les vocaux de Roses Gabor semblent plâner en apesanteur au-dessus d’un tapis mélodique. On saisit, enfin, la transition brutale avec un Katsu en cercles de percussions rituelles.
Et surtout, on accède enfin à la grandeur d’un Far Too Late merveilleux, évoquant tant un R&B sous éther qu’un Rustie de 2010 joué à 33RPM, mais plus franchement, déconnecté de toute espèce de prénotion. Le morceau semble à la fois accélérer et ralentir, les nappes se mélangent sans distinction, le chant de Taiwah tente d’insinuer son laïus si bien connu (« wasn’t meant to end this way »). Et il y a ce solo de guitare, hors du temps, qui sait vous trouver là où vous n’attendiez plus rien. On ne voit plus, à vrai dire, ce qui gênait tant lors des premières écoutes : c’est la pop, tout simplement, mais observée depuis une autre constellation.
Passons rapidement sur la suite, car l’essentiel est joué – Tayco prend la forme d’un pendant de Katsu, expérimentation rythmique cassant la dynamique des deux titres chantés pour mieux parasiter nos connexions neuronales. Bonus digital, This vient enfin rallumer notre cortex, pour 2 minutes 30 de grime agréables sans être indispensables.
 

L’important n’est pas là : alors qu’Hyperdub abordait récemment pour la première fois les territoires de la pop la plus authentique avec l’album de Jessy Lanza (en chronique SSS ici), le label anglais nous en offre ici une magnifique déconstruction, mais aussi reconstruction. Une fois les fragments recollés, difficile de ne pas être subjugué par la beauté, imprévue et inconnue, mais d’autant plus surprenante de ce maxi perpétuellement intrigant.

 


 

Tracklist :

01. Pusher Taker
02. Katsu
03. Far Too Late
04. Tayco
05. This

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