Mr. Mitch – Parallel Memories

Autour d’un univers aussi poétique que glacial, Parallel Memories de Mr. Mitch justifie les espoirs placés en la nouvelle génération de producteurs grime.

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8.5

10

Label

Genre

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 8 décembre 2014 | 13:30

Fondateur de Gobstopper Records, mais aussi de l’une des plus influentes soirées du moment, Boxed, Mr. Mitch est à bien des égards au cœur du chantier actuel de rénovation du grime. L’annonce, il y a quelques mois, de sa signature sur Planet Mu, toujours à la pointe des évolutions de la bass music, avait donc de quoi réjouir, tout en s’apparentant à une méritée récompense. Le mois dernier, Mr. Mitch livrait avec Don’t Leave un premier aperçu de sa collaboration avec le label, en préambule de Parallel Memories, son premier véritable album.

 

De ses débuts proches de Butterz à Boxed, Mr. Mitch a su faire preuve d’un parti-pris mélodique qui, s’il s’impose aujourd’hui dans une frange grandissante du grime, de Murlo à Rabit, n’a pas toujours été une évidence. On retrouve ici cette même constante : dès les premiers titres, dont notamment un « The Night » évoquant presque les débuts de James Blake, on retrouve ces leads mélancoliques, aux timbres rétrofuturistes. On se croirait, pour peu, du côté des expérimentations des premiers Oneohtrix Point Never, s’il n’y avait, tout de même, ces rythmiques grime imprévisibles.

C’est pourtant bien là que se situe la déconstruction stylistique orchestrée par ce Parallel Memories : ces codes du rythme, que l’on pensait si bien connaître, sont systématiquement pervertis, détournés, sinon sciemment ignorés. Mr. Mitch n’hésite pas à jouer sur le compteur de BPM, quitte à explorer des nouvelles contrées : le fabuleux « Wandering Glaciers » – certainement l’un des plus beaux morceaux du disque – descend ainsi dans les terres incertaines situées autour de 115 BPM, laissant un kick lourd réguler des claviers en hypothermie. Plus tôt, « Intense Faces » restait aux alentours des traditionnels 140 BPM du genre, mais en réduisant une rythmique classique à l’état de spectre enfantin, illusoire, soutenant du même coup un titre aux allures d’improbable comptine.

Loin de tomber pourtant dans la complexité la plus absconse, l’album se fraie sans difficulté un chemin dans votre imaginaire. Il s’agit de sa plus belle réussite : le monde bâti par Mr. Mitch comporte par exemple déjà ses propres tubes, à l’instar d’un « Don’t Leave » repris du single éponyme, mais réhaussé d’une nouvelle introduction laissant revenir progressivement tous nos souvenirs. On retrouve le même procédé sur « Sweet Boy Code », réalisé en collaboration avec Dark0 et réemployant la base du titre du même nom sur la récente compilation du label Different Circles, en lui adjoignant de nouveaux samples vocaux épars.

Loin d’être monochrome, cet univers sait aussi faire appel aux codes du grime pour apporter de nécessaires variations ; dans ce cas également, il s’agit néanmoins de les sublimer : l’excellent « It Takes Hold Of You » convoque ainsi le sentiment désormais bien connu d’oppression urbaine, autour de percussions réduites à l’essentiel, prenant la forme d’un bref accès paranoïaque, avant de s’évanouir de lui-même. Plus loin, « Bullion » s’apparentera de même à un imprévu accès de lucidité, entre les volutes du lent « Feel (Don’t Ask) » et la complainte « Denial ».

A l’instar de Slackk il y a quelques mois, Mr. Mitch emploie ainsi une palette de sons relativement restreinte, aux couleurs délavées, puis les laisse évoluer à leur gré, traçant des paysages méconnaissables mais que l’on découvre toujours avec joie, avant que ceux-ci ne subissent une nouvelle transformation. Des traces d’éléments familiers – ces voix au milieu du trouble, sur « Fly Soup », par exemple – y apparaissent parfois, avant d’être emportés par ce courant évocateur.

 

Parvenant sans mal à construire un univers cohérent, Parallel Memories justifie tous les espoirs placés dans la nouvelle génération de producteurs donnant actuellement de nouveaux contours au grime. A la fois poétique et glacial, ce premier effort de Mr. Mitch devrait sans mal s’imposer dans les tops de fin d’année – mais également, en voyant plus loin, parmi les classiques du grime. C’est tout le mal qu’on souhaite à un disque brillant, à la vision rare.

Tracklist :

01. Afternoon After
02. The Night
03. Intense Faces
04. Don’t Leave
05. It Takes Hold Of You
06. Sweet Boy Code (feat. Dark0)
07. Wandering Glaciers
08. Feel (Don’t Ask)
09. Bullion
10. Denial
11. Fly Soup
12. Hot Air

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