Mr. Oizo – The Church

Deux mois après sa sortie, nous revenons sur The Church, première association de Mr. Oizo avec Brainfeeder, oeuvre la plus aboutie de Quentin Dupieux.

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8.2

10

Par Martin Drazel
Publié le 29 janvier 2015 | 13:08

On ne présente plus Mr Oizo/Quentin Dupieux, tant sa musique satyrique et ses films déjantés ont bousculé l’ordre établi depuis quelques années déjà. Il revient sur son projet musical avec un nouvel album, The Church, signé chez Brainfeeder, label de Flying Lotus. A la fois humoristique et très pointu, ce dernier opus pourrait bien être le plus abouti de Mr Oizo.

Tenter de détailler la musique de Dupieux ressemble à une session de coiffure proche de la torture. En effet, il serait plus que complexe d’expliquer en quoi l’introduction par « Bear Biscuit » démontre qu’on a bien dépassé le niveau habituel des productions de Oizo, et le chroniqueur risque d’y laisser beaucoup de ses cheveux. Comment argumenter autour de la débilité assumée de sa musique, tout en cherchant à prouver qu’elle apporte bien quelque chose, sorte de renouveau improbable au sein d’une scène électro souvent fébrile ? Quentin Dupieux s’en fout, voilà. Il se fout que ce qu’il produit soit bien calibré pour l’oreille de monsieur tout-le-monde, il se fout que ses accords ressemblent à ceux joués par un gosse de huit ans sur son premier clavier Playschool, il se fout tout autant de l’image qu’il donnera de lui-même en assumant cette vision unique et radicale. Cela se retrouve complètement dans son cinéma d’ailleurs, qui se fout lui aussi de pas mal de choses. Le clip de « Ham » en est un très bon exemple.
Pourtant, derrière cette provocation de façade se cache un génie du renouvellement, chose assez rare dans l’électro. En gardant les mêmes recettes que celles appliquées à Lambs Anger ou encore Stade 2, Dupieux trouve malgré tout le moyen d’impulser dans son univers une originalité constante et continuellement renouvelée. « Dry Run », avec Bart B More, démontre bien cette capacité à fouiller et repenser ce qui avait déjà été fait. Morceau aux intonations (intentions ?) pédophiles latentes, sa construction autour d’un sample proposant de crier pour papa et d’un cri horrifique découpé à tout va prouve que la musique de Oizo est bien loin d’être arrivée à son terme. Chaque mesure modifie l’antécédente, tout en rendant les synthés inaudibles mais très intéressants, recette fiévreuse appliquée à tout l’album. La science de Mr Oizo pour créer des sonorités inconnues est toujours en vie, de même que sa capacité à forcer le sourire lorsqu’il utilise des sons risibles mais assumées, notamment sur « Mass Doom ». Il faut aussi être capable d’apprécier l’ironie qu’insère Dupieux dans sa musique, en comprenant qu’un morceau titré « Damnation de masse » se doit d’être composé d’un synthé infantile et d’une rythmique à deux francs, sorte de gros doigt d’honneur qu’assène Oizo à la musique bien pensante et aseptisée.
Oui, il vous faudra un bon gros bol rempli de stupéfiants divers et quelques tubes de protéines pour assimiler la théologie de cette église anarchiste. Non, ce n’est pas dès la première écoute que vous en comprendrez l’intérêt, car ce genre d’albums aux premiers abords ridicules développe par la suite une identité sonore atypique. Non, ne faîtes pas écouter ça à des novices, cela risque de les traumatiser des années durant, surtout « Machyne ».
Même l’électro-funk en prend pour son grade, avec ce « Isoap » aux leads de guitare désaxés jonchant une boucle de trompette au pitch déviant. Juste derrière, un « Torero » viendra vous agiter devant les oreilles sa bannière rougeoyante, ponctuée d’agressions auditives et de pics saturés dans votre dos de vache dubitative. Un peu de relaxation relative avec ce « Memorex » moins vindicatif et très imprégné de l’esprit de Flat Eric, pour finir en beauté surréaliste sur le morceau éponyme de l’album, « The Church ». Ce dernier explique via un vocoder étrange que lorsqu’on ne sait pas quoi faire, on regarde un film sur le cancer, mais c’est déprimant, alors on sort, mais il fait moche, alors on vole une voiture, et puis… on va à l’église. Oui, cherchez pas à comprendre, on vous a déjà dit que Dupieux s’en fout.

Véritable compilation de l’inconvenant, opus provocateur et génialement agencé, « The church » est peut-être l’œuvre la plus aboutie de Quentin Dupieux. Tout à fait logique de la voir signée chez Brainfeeder, lorsqu’on sait que Flying Lotus a toujours promu et joué la musique de Mr Oizo. Si l’association des deux produit de tels résultats, vivement la suite !

Tracklist :

01. Bear Biscuit
02. Ham
03. Destop
04. Dry Run
05. Mass Doom
06. Machyne
07. iSoap
08. Torero
09. Memorex
10. The Church

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    1 Comment

    1. Féline Lux Barrandon 25 février 2015 at 3:16

      Je vais aller écouter ça de ce pas. J'aime déjà ce qu'il fait mais cet article m'oblige à y aller de suite :p

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