Murcof & Philippe Petit – First Chapter

Odyssée aux confins de la Grèce et des pays nordiques pour auditeurs aguerris.

cover

8.5

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 15 septembre 2013 | 17:34

« La musique est un labyrinthe où l’on n’a jamais fini d’entrer et de sortir, de découvrir de nouveaux chemins, dont on n’a jamais épuisé le mystère. »  Pierre Boulez

Fruit de la première collaboration entre Murcof et Philippe Petit, First Chapter en s’attaquant aux mythes antiques n’a certainement pas choisi la solution de la facilité. Car comment recréer tout un univers remodelé une infinité de fois en moins de quarante minutes ? Même si la tâche semble « titanesque » n’oublions pas que nous ne sommes guère en face de novices.
En effet, Philippe Petit, Marseillais, est devenu depuis quelques années un touche-à-tout lorsqu’il s’agit de musiques électroniques. Il retravaille les symphonies de Mahler sur Off To Titan (2009), s’essaye au doom metal sur Una Symphonia Della Paura  (2012) et tente même la création de morceau ambient via le turntablism (Needles In Pain – juin 2013). Murcof, le barcelonais, lui aussi possède un savoir-faire exceptionnel en termes de sound design comme en témoigne sa discographie pléthorique regorgeant de qualités (Remembranza en solo et Mexico avec Truffaz pour ne citer que deux).

 

C’est à pas feutrés que l’on pénètre dans ce déroutant labyrinthe. N’allez pas chercher une quelconque musicalité et harmonie à l’intérieur de celui-ci car cet album est dépourvu de tonalité. Nous sommes sur ce qu’il semblerait être une île et marchons sur un sable sec, irrémédiablement attirés à l’intérieur des terres par une voix troublante de beauté.

L’appel de Circé.

Cette splendide déesse mais fourbe sorcière s’apprête en effet à nous changer en loups ou en porcs selon son humeur. D’où sans doute la lourde menace qui rôde tout au long de ces vingt premières minutes déconnectées de toute réalité. Une sorte d’épée de Damoclès attend son heure pour accomplir son office et peine à disparaître même sur les morceaux suivants. Surtout sur les morceaux suivants d’ailleurs. Cet enchevêtrement de claviers et d’incantations provenant d’un temps révolu a eu tôt fait de nous envouter et nous continuons à bonne allure sans se détourner, persuadés de notre bonne fortune.
Venant parmi les cieux, Pégase nous tire de l’infâme piège et nous ramène en un souffle sur notre embarcation. Nous remarquons alors que l’animal est meurtri et pousse des cris lancinants traduits musicalement par la viole de gambe en plein tourment que jadis Murcof avait utilisée sur The Versailles Sessions. A la fois terrifiant et déchirant. Mais le pire reste à vernir car si nous sommes encore sains et saufs pour le moment, nous traversons le détroit de Gibraltar puis la Manche pour se retrouver dans la mer du Nord, là où les calamars géants peuvent mettre en pièces notre vaisseau via leurs tentacules.

La convocation du Kraken.

La progression de ce morceau est très étonnante. On aurait pu s’attendre à des envolées épiques, à un combat acharné pour la survie de l’équipage. Mais non, ce monstre marin sûr de sa force et de sa victoire se dirige sereinement vers notre navire tandis qu’une épaisse purée de pois laisse planer un mauvais présage. L’air inspiré est devenue pestilentielle.
Ce climat pernicieux est inoculé par le jeu de la guitare tremblotante, elle-même enrobée par les faibles crépitements de vinyles et par des percussions sourdes. La bête chimérique pendant ce temps enlace peu à peu le bateau et le fait chavirer sans aucun effort. Les tentacules de la mort nous font sombrer.

 

Si les voyages musicaux Murcof et de Philippe Petit à eux seuls étaient déjà des petits joyaux en soi, la réunion de ces deux passionnés d’expérimentations pour First Chapter est plus qu’une brillante réussite. Amateurs de grandes épopées suintant le sang et le sexe, vous trouverez sans doute votre compte dans cet imbroglio de textures soigneusement agencées.
Cette odyssée passionnante aux confins de la Grèce et des pays nordiques est faite pour un auditeur aguerri ou n’ayant pas froid aux yeux, car aucun compromis n’est fait pour vous transporter dans cette autre dimension spatio-temporelle. Dans ce Dédale piégé, les lois de la physique nous abandonnent alors et seuls ceux de l’imaginaire peuvent survivre. Que les dieux vous soient favorables !

 

Tracklist :

01. The Call Of Circe
02. Pegasus
03. The Summoning of the Kraken

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