Naibu – Case Study

Il faut bien rendre à César ce qui appartient à César, Naibu est l’unes des figures les plus importantes du milieu drum & bass, et il le prouve avec ce nouvel album

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8.2

10

Par Martin Drazel
Publié le 20 octobre 2015 | 20:16

Parmi ces innombrables acteurs du mouvement drum & bass, Naibu n’aura jamais dérogé à sa propre règle. Activiste inarrêtable et passionné des premières heures, le français a toujours véhiculé sa vision bien particulière, où l’âme et le voyage prédominent au-delà d’une technique trop souvent survalorisée. Il revient après une petite année de silence pour ce somptueux Case Study chez Scientific, le label de Mav.

 

« Astray » ouvre l’album sur cette touche liquid qu’affectionne tant Robin Leclair. La nouveauté, assez étonnante mais très bien intégrée, tient dans l’apparition de sa voix, véhiculant des messages de paix et d’introspection par-dessus un stepper d’une tranquillité des plus agréables. S’en suit « Fighting for Attention », qui porte parfaitement son nom. La combinaison subtile de sonorités nippones avec une basse quelque peu grinçante donne à cette production aux rythmes tribaux une dimension novatrice.
L’éternelle motivation à défricher son domaine musical est l’une des caractéristiques de ces grands musiciens dont fait partie Naibu. Cela transparaît tout au long de l’album, chacune des compositions en quête d’originalité, de renouvellement.

La prise de risque se retrouve sur « Turn Me Down », où Robin s’essaye à un ersatz de r’n'b au tempo drum & bass, avec à nouveau sa voix qui, cette fois-ci, chante. L’artiste s’en sort avec brio, l’exercice n’étant pourtant pas si évident. Il est vraiment plaisant, au-delà de ces nombreuses formes inédites, de voir Naibu utiliser sa propre voix. On y perçoit une audace absente de son univers auparavant, mue par cette impulsion vers le renouveau.
L’éponyme « Case Study » revalorise le travail rythmique, combiné d’un jeu mélodique qui impulse à ce morceau un aspect électronica captivant. L’évolution est surprenante, avec ces violons dignes d’un Hans Zimmer qui s’intercalent avec une impressionnante habileté. Ce genre d’articulations singulières font preuve de toute l’étendue de l’ingéniosité de Naibu, ainsi que l’ampleur du chemin parcouru depuis ses premières sorties en 2008 chez Horizons Music.

On retrouve son ami Makoto sur « Five Pieces ». Robin passant la moitié de ses années au Japon, les deux sont devenus de bons partenaires au travers du temps et des différents morceaux qu’ils ont sortis ensemble. Cette association pour Case Study ne change rien de leurs bonnes habitudes : spatialisation, élans lyriques, mélodie prédominante, et… absence totale de rythme ! Ce bel interlude sert de pont dimensionnel vers les nuages.
« Clouds » rappelle la chanteuse Key, avec laquelle l’artiste a déjà fait de nombreuses collaborations. A nouveau le besoin d’innovation, intrinsèque à l’album, dirige le travail rythmique et mélodique, se permettant même d’y insérer quelques notes de piano sur la seconde partie. L’utilisation de violons et de pianos en musique électronique étant très complexe, on ne peut que respecter la déconcertante facilité avec laquelle Robin utilise ces instruments.
« Orphan » réunifie l’auditeur avec ces aspects plus habituels de l’univers de Naibu : rythme saccadé, ritournelle mélodique et basses en appui. Il ne faut pourtant pas s’y tromper, le génie harmonique de l’artiste est toujours bien présent.
On se tournera plus vers « Key to Change » pour une forme plus étrange, mais toujours aussi planante. Cette étude de cas se situant dans l’utilisation quasi scientifique de l’harmonie, il paraît normal de voir Robin s’essayer au chant, que l’on retrouve dans ce morceau. Pourtant les associations de sons fonctionnent moins dans cette production, laissant un arrière-goût de déjà-vu. On termine ce voyage par « Straigh (Into the Wall) », qui démarre paisiblement pour s’exciter sans prévenir, laissant le rythme et la basse s’épaissir au fur et à mesure. On y reconnaît le goût de Naibu pour cette jungle atmosphérique qui a fait les beaux jours de ses débuts, note parfaite pour conclure un album haut en couleurs.

 

Voici donc un opus dont les paysages sont vastes et oniriques, et pourtant imbriqués dans un mouvement perpétuel. Cette recherche continue et cette soif d’innovation permettent à l’univers de Naibu d’être toujours étonnant, rafraîchissant et rassurant sur la capacité qu’a ce style à se repenser.
Il faut bien rendre à César ce qui appartient à César, Robin Leclair est une des figures les plus importantes de ce milieu, et son travail proche d’une abnégation totale envers la diversité de la drum & bass lui octroie le droit d’être dans le groupe de tête, loin des traînards qui se fatiguent sur une technicité vidée de son âme. Merci l’artiste d’insuffler dans cette musique ce romantisme lyrique qui lui fait souvent si cruellement défaut.

 

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