Nosaj Thing – Home

« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage »

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8.2

10

Par Alexandre Aelov
Publié le 31 janvier 2013 | 17:43

Il est au royaume de l’electronica des provinces cachées, des havres où l’on se sent en sécurité, des baies de son où s’abriter de la tempête qui gronde au dehors, au dehors de chez soi, au dehors de soi-même. Nosaj Thing est un de ces havres. En 2009, c’était un album assez morcelé qu’il nous donnait à entendre avec Drift, auquel donnait suite un excellent album de remixes. Récemment, il remixait Philip Glass, mais, producteur discret, il y avait peu à se mettre sous la dent. Un preview, un single… cependant rien ne laissait prévoir l’ampleur de ce second album. Voyage en pays feutré, tout au bout de la nuit.

« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage », ce pourrait être ce qu’il faut retenir dès le début de cette perle, Home installant la quiétude et la douceur nécessaires au souvenir. Jason Chung éteint la lumière et nous emmène dans un livre d’images en teintes sombres. La confession à vous tirer des larmes que Kazu Makino égrène confine au sublime. La finesse ultime de la production rencontre une voix constamment en suspens, celle de Blonde Redhead, celle d’une musicienne que la mâchoire fracturée a failli priver à vie de musique il y a dix ans, retenue dans l’obscurité on ne sait trop comment et venant en vagues jusqu’à nous, en souffles, en sanglots, avant de retourner dans le néant.
Dès l’EP Views/Octopus, tout était esquissé, des beats abstract aux sons d’une souplesse infinie rejoignant samples de voix et de guitares. On oscille constamment entre vitalité scintillante (Glue, Tell) et toile de fond aux noirs satinés (Distance), la maîtrise extrême des textures (qu’il déclare toujours travailler en premier) rejoignant un goût appréciable pour la mélodie faisant se rencontrer samples vocaux et réminiscences quasi-8bits aux synthèses limpides (Safe, Snap). L’horizon devient immense.
Puis Prélude nous ramène dans le cocon, prélude qui comme ceux de Debussy ou de Chopin que Nosaj affectionne, est un élan sans suite, à l’imagination de faire le reste. Passé l’agréable surprise sur Try de Toro Y Moi pourtant autotuné obéissant à la délicatesse qui règne ici, on nous convie à un voyage dans le temps. Phase III, parallèle, miroir inversé, suite de Phase II remontant à son tout premier EP de 2006 ? Peu importe, les souvenirs sont tangents, nostalgiques. Light 3 reprend quant à lui les variations de Light 1 et 2 du précédent album, ligne break et toujours ces vagues sonores qui s’étendent tout autour, allant et venant dans la nuit.

Et puis plus rien. Lumière. S’il fallait comprendre que le défilement est fini, que l’histoire se termine, ce serait avant tout pour nous rappeler une chose. Au fil de ces onze tracks où peu à peu les lumières au loin s’éteignent et laissent place au grand voile de la nuit, ce que nous communique chaque seconde, tantôt insoutenable, tantôt d’une finesse qui fait de cette chronique un crime (écrire sur de la musique, n’importe quoi), oui, ce que nous communique chaque seconde, c’est avant tout l’essentiel. Il y a quelque part un chez soi, un chez soi universel. Ce chez soi, on l’entrevoit ici, un havre calme et intime, loin de tout, un océan sonore qui berce et repose. S’il vous reste encore des neurones, ils doivent probablement être en sucre. C’est bon signe. Si vous n’avez rien compris à cette chronique, tant mieux après tout. Roulez-vous en boule, remettez cet album au début. Faites de beaux rêves.


Tracklist :

1) Home
2) Eclipse/Blue feat. Kazu Makino
3) Safe
4) Glue
5) Distance
6) Tell
7) Snap
8) Prelude
9) Try feat Toro y Moi
10) Phase III
11) Light 3

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    1 Comment

    1. Dan 5 février 2013 at 4:18

      feeling motion despite lack thereof. yea, i guess i like that. hmmm

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