Ólafur Arnalds – For Now I Am Winter

Chef-d’oeuvre au-delà de ce que les mots peuvent dépeindre.

Olafur-Arnalds-For-Now-I-Am-Winter

8.0

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 14 mars 2013 | 19:25

L’histoire d’amour entre Ólafur Arnalds et le label Erased Tapes qui lui aura mis le pied à l’étrier a pris fin. Grâce à la hype générée autour de l’artiste, le papillon islandais peut enfin sortir de son cocon et voler de ses propres ailes pour la première fois. Avec cet album sorti fin février sur Mercury Classic, label reconnu et ayant une très grande visibilité (dans le milieu classique / néoclassique), Ólafur s’autorise enfin la reconnaissance tant méritée après des perles comme …And They Have Escaped The Weight Of Darkness ou Eulogy For Evolution sortis tout deux sur Erased Tapes donc. Une métamorphose amorcée bien des années auparavant puisque l’artiste s’était fait repérer par d’autres compatriotes comme Bjork ou Sigur Ros dont il va assurer les premières parties.
De 2007 à aujourd’hui l’ex-batteur a donc bien changé, le piano et le néoclassique étant devenu comme une deuxième vocation plutôt réussie comme vous pouvez le constatez. Une peur peut alors nous envahir, d’autant plus que l’islandais nous annonce que l’album s’annonce beaucoup plus pop que sur les précédents : For Now I Am Winter préfèrera-t-il attirer le plus de monde possible au détriment de la qualité ou restera-t-il dans la même lignée que ces prédécesseurs ? Ni l’un ni l’autre, même si l’album s’annonçait assez  » fédérateur », notamment avec une partie chant (crise d’angoisse) assez présente. Arnor Dan pose ainsi sa voix sur quatre titres parmi les douze que composent cet album.

Pourtant Thudden Throw nous accueille comme il se le doit : tout en douceur. Les longues nappes au clavier numérique étant progressivement rattrapées puis dépassées en force par l’orchestre de violons (d’une trentaine de personnes à priori) tout à fait authentique. Les archets s’escriment pour donner une touche de lyrisme et de vivacité qui constitue la patte quasi-magique de l’Islandais. L’Islande, terre jadis dirigée par la nature, semble ainsi apparaître devant nous. Vêtu de blanc, elle s’agite et nous ensorcelle de ses paysages couverts de neige, baignés dans une solitude presque mystique. For Now I Am Winter clame doucereusement Arnor.
Sa voix est peut-être légèrement trop lisse, mais n’est finalement pas si désagréable à entendre. Nous avions pourtant tout fait pour la détester, la haïr au plus haut point, mais au fur et à mesure que les titres passent, les émotions suscitées par les paroles emportent tout sur leur passage, nous obligeant par conséquent à se résigner à l’aimer, ou tout du moins à l’apprécier.

Comme il l’avait annoncé, c’est une nouvelle facette bien plus pop que nous dévoile Óli. Reclaim ou Old Skin mettent en exergue des aspects bien plus électroniques que ce qu’on aurait pu attendre, rejoignant quelque peu les travaux opérés sous Kiasmos (duo avec Janus Rasmussen). Les glitchs numériques ont remplacé les batteries et viennent ainsi donner plus de profondeur aux compositions, comme sur This Place Was A Shelter ou Brim.
Parfois légers comme le flocon ou durs comme le roc, ce sont ces rythmiques syncopées qui magnifient ces arrangement déjà d’une splendeur phosphorescente, et pénètrent intensément dans nos songes enneigés. Les passages strictement ambiants sont plus rares, voilà pourquoi ils prennent une tout autre saveur à l’écoute : A Sutter, Words Of Amber ou We (Too) Shall Rest avec leurs nappes dépouillées à l’extrême semblent si simple et pourtant si efficaces. Carry Me Now, morceaux délicat concluant l’album d’une façon pour le moins énigmatique, est à l’image d’une étoile qui, jaillissant des ténèbres, nous surveille et nous protège. Cette Étoile polaire qui nous indique la direction de notre marche silencieuse sur une neige se déployant jusqu’aux confins de l’horizon.

For Now I Am Winter est sans doute l’album de la consécration pour le jeune islandais. Il est bien vain de se débattre face à ce torrent irrésistible d’émotion qui vous noue la gorge, l’expérience parle d’elle-même. Cette chronique s’avère en fin de compte un désastre : ce chef d’œuvre est bien au-delà de ce que les mots peuvent dépeindre. Car finalement, comme A.Huxley le dit si bien : « après silence, ce qui vient le plus près à exprimer l’inexprimable est musique ».

 

 

Tracklist:

01. Sudden Throw
02. Brim
03. For Now I Am Winter
04. A Stutter
05. Words Of Amber
06. Reclaim
07. Hands, Be Still
08. Only The Winds
09. Old Skin
10. We (Too) Shall Rest
11. This Place Was A Shelter
12. Carry Me Anew

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