Oneohtrix Point Never – R Plus Seven

Daniel Lopatin modèle son univers parallèle via de nouvelles méthodes de composition et réussi un superbe tour de force.

Oneohtrix-Point-Never-R-Plus-Seven

8.0

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 15 octobre 2013 | 18:54

Oyé Oyé, braves gens ! Non, vous ne rêvez pas, Oneohtrix Point Never, ou appelons-le par son prénom, Daniel Lopatin, vient de sortir un nouvel album. Enfin, vous deviez sans doute être déjà au courant. Avouez qu’une sortie sur Warp Records avec le leak qui traîne depuis au moins plusieurs semaines sur le web, ça passe difficilement inaperçu, encore moins lorsqu’il s’agit de cet américain.
Et pour cause : adoubé par la hype « pitchforkienne » en 2009 pour Rifts, compilation gargantuesque de deux heures tout en drone smoothy et lunaire, le petit filou a toujours réussi à séduire en public très large, dont les très pointues éditions Mego qui publièrent en 2010 le tout aussi métaphysico-théologo-cosmolo-nigologiquesque Returnal.

Encore plus conceptuel, et décalé, Replica sort en 2011 pour redonner des couleurs à cette période morose. Basée sur des samples de publicités des années d’après-guerre où la société de consommation vit son apogée, cette œuvre ne cache pas l’influence des maîtres Steve (Reich et Roach).
Ses compositions s’affublent alors d’un côté plus new-wave, qui se veut avant-gardiste tout en gardant cette passion infaillible pour le néo-rétro. Le kitsch à l’état pur brassé avec un soupçon d’autodérision. Mais n’allez jamais penser que vous avez percé à jour tous les secrets d’Oneohtrix Point Never ; sa collaboration avec une autre légende, Tim HeckerInstrumental Tourist, bien que techniquement irréprochable laissait la partie émotionnelle tomber dans l’oubli.
Alors de quoi va bien pouvoir être constitué ce R Plus Seven ?

 

Changement radical pour celui que certains appellent déjà le Beethove des temps modernes. Il n’est plus question ici de long drone nébuleux ou de morceaux au synthé hypnotique, mais de découpages et de collages de samples épars provenant d’univers extrêmement hétéroclites.
Les prémices de cette nouvelle voie empruntée par Daniel étaient déjà visibles sur Replica, mais c’est sur ce nouvel album que le chemin est entièrement mis en lumière. Il est toujours assez étonnant de reconnaître certaines références utilisées par Oneohtrix Point Never, références ensuite imbriquées dans d’autres pour former un magma auditif assez surprenant et audacieux.
Ne soyez ainsi pas surpris si à certains moment vous entendez des éléments de bande son de Twin Peaks, Terminator, Mortal Kombat, Final Fantasy… bien que l’inventaire soit extrêmement difficile à faire.

Le rôle de la suggestion est essentiel dans ce « R Plus Seven ». Pénétrer dans cet album c’est comme s’engouffrer dans le rêve d’un enfant candide, encore persuadé de l’existence d’un monde imaginaire.
Tout d’abord vient l’état de somnolence mis en exergue par « Boring Angel », qui pourrait très bien évoquer certains passages dans Brazil de Terry Gilliam avec son incroyable synthé tout droit sorti du Superbowl nous plaçant sur orbite. Changement de décor sur un « Americans » aux ambiances très asiatiques : pourquoi avons-nous la nette impression d’être Mario explorant la jungle de Donkey Kong ? Puis arrive le sommeil léger lorsque intervient « Inside World » avec une ambiance très perturbante, volontairement sous-pitchée, comme si le temps estompait sa course. Avec « Along », berceuse fantasmagorique et délicate, nous sombrons dans le sommeil profond.

A partir de « Cryo » c’est le sommeil paradoxal qui germe dans notre esprit, l’individu s’étant détaché de tous les filins qui le maintenaient dans les frontières du réel. Il est quatre heure du matin à New-York, on déambule parmi les « whores, skunk-pussies, buggers, queens, fairies, dopers, junkies, sick, venal » de Taxi Driver dans une ambiance presque surnaturelle. L’électroencéphalogramme s’affole alors sur « Still Life », nous sommes kidnappés par le paranormal de X-Files en route pour le monde alogique.
Te souviens-tu des monstres sous ton lit ?

 

Warp ne s’est pas fourvoyé en signant Oneohtrix Point Never et concrétise encore un peu plus son second souffle grâce aux réussis et attendus albums d’Autechre et de Boards Of Canada. R Plus Seven ainsi ne déroge pas à la règle : il est encore plus barge que ces prédécesseurs.
Grâce à sa maîtrise du sampling, Daniel Lopatin modèle son univers parallèle avec de nouvelles méthodes de composition. La superposition en vrac des sons provenant de sources considérables n’est certes pas novatrice en musique électronique mais procure tout de même un grand bol d’air frais ; d’autant plus que cela reste très accessible. Le tour de force est réussi, ce disque est déjà notre péché mignon de la rentrée.

 


 

Tracklist :

01 – Boring Angel (4:16)
02 – Americans (5:18)
03 – He She (1:33)
04 – Inside World (3:53)
05 – Zebra (6:44)
06 – Along (5:24)
07 – Problem Areas (3:06)
08 – Cryo (2:47)
09 – Still Life (4:54)
10 – Chrome Country (5:29)

Vous aimerez surement


    Fatal error: Uncaught Exception: 12: REST API is deprecated for versions v2.1 and higher (12) thrown in /home/seeksick/www/wp-content/plugins/seo-facebook-comments/facebook/base_facebook.php on line 1273