Otto A. Totland – Pinô

Otto A. Totland laisse ainsi son empreinte en ce début d’année 2014, et nous pouvons être sûrs qu’à défaut d’être indélébile, cette marque durera dans le temps.

sonicpieces019H

8.2

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 2 février 2014 | 19:12

Une note, deux, trois, une douzaine, une cinquantaine, une flopée, une ribambelle, une nuée. Une myriade de notes qui sont suspendues et scintillent telles des étoiles accrochées dans le ciel noir. Difficile de chroniquer un album si intimiste ayant vocation à pénétrer au plus profond de notre être pour tout y dévaster. Un viol qui s’apparente à un vol mais qui jamais n’est vicié. Au contraire, il ne nous a pas semblé écouter quelque chose de si pur depuis un bout de temps.

Sonic Pieces est un des labels en moderne classique qui parvient à faire rêver et cela depuis déjà de nombreuses années. En effet, ce label géré par la compagne d’Erik Skodvin, lui-même à la tête de Miasmah, a toujours été un précurseur en la matière, un fin dénicheur de talents, surtout lorsqu’il s’agit de pianistes.
Greg Haines, Dustin O’Halloran et Nils Frahm sont passés par la maison berlinoise, et quand on est conscient du succès que ces artistes ont connu par la suite sur la scène internationale, on ne peut que balayer la coïncidence d’un revers de la main. C’était non pas le hasard qui a donc guidé Otto A. Totland sur ce label, mais la pure et simple évidence. Otto et Erik forment en effet ni plus ni moins que Deaf Center, fleuron moderne classique de Type. Dès lors, en sortant son premier album sur une structure familière et conviviale, il nous délivre là une œuvre extrêmement personnelle, sans contrainte, et d’autant plus forte d’un point de vue émotionnel.

 

Même si ce joyau portant le nom de « Pinô » n’a pas pour but de révolutionner le genre, il a le mérite de s’y nicher dans les places d’honneurs. Peut-être est-ce dû à la patte magique d’Otto qui excelle dans tout ce qu’il entreprend en matière musicale. On voyait déjà les traces d’un pianiste inspiré sur Harmony From The Past, EP paru l’année dernière sur Sonic Pieces, mais c’est bien sur ces quarante minutes un brin romantiques que le potentiel de l’artiste peut pleinement mais calmement exploser.

Le piano a toujours été un instrument essentiel dans la musique, bien qu’il ne fasse souvent pas parti des orchestres. Ici, il est au cœur même de cet album, esseulé dans les ténèbres. Il irradie à lui seul cette lumière légèrement tamisée faite d’arpèges en mode mineur et des petites percussions de marteaux sur les cordes du piano. Seuls quelques corbeaux sur le morceau « Julie » transgressent la règle du tout analogique et parasitent ce rêve éveillé. Mais de quelle manière ! Avec « Flomé » et ses réverbérations électroniques du plus bel effet, ils accentuent la part d’évanouissement de l’âme dans les contrées de l’imaginaire. Un abandon de soi facilité par cette intimité que l’on ressent envers l’auteur de cette œuvre. Mais ce phénomène est loin d’être nouveau.
Souvenez-vous. « Felt » de Nils Frahm, avec un micro à l’intérieur même du piano, enregistrait tous les sons environnant sans aucun traitement. Le résultat fût étincelant et propulsa l’artiste vers des scènes moins confidentielles. « Pinô » évolue dans un registre extrêmement similaire à « Felt », à ceci près qu’il possède quelque chose en plus, un je-ne-sais-quoi qui fait la différence. Car Otto ne cherche pas à séduire qui que ce soit. C’est sans doute cela qui confère à cet album une aura si exceptionnelle, qui évolue à part, dans son univers à lui, sans violences ni tumultes.

Parmi ces dix-huit pistes extrêmement homogènes, certaines perles jaillissent de cette noirceur sépulcrale et illuminent d’une lumière vive et mordante ce « Pinô », tels des phares qui guident les voyageurs errants. Les deux tracks précédemment cités en font partie, « North Way », « Closer » mais aussi surtout « Steps » brillent de mille feux dans cette mélancolie céleste et inconsciente.

 

L’abandon et l’oubli de soi jouent un rôle prépondérant dans cette œuvre, il faudra par conséquent jouer le jeu pour la savourer pleinement. Une nouvelle fois, Sonic Pieces remplit son contrat, et Otto, confirme qu’il n’a pas besoin d’un auxiliaire pour produire de la musique d’excellente qualité. « Pinô » laisse ainsi son empreinte en ce début d’année 2014, et nous pouvons être sûrs qu’à défaut d’être indélébile, cette marque durera dans le temps. Il vous suffira de vous laisser porter par le flot intarissable des notes et vous voilà irrésistiblement envahit par l’émotion devant ce flux formé de flashs incohérents et défaits d’une beauté irréfutable.

 

 

Tracklist :

1. Open
2. Steps
3. Oana
4. Solêr
5. Aquet
6. Weltz
7. Pinô
8. Seveen
9. Ro To
10. North Way
11. Julie
12. Frost
13. Bluss
14. Flomé
15. Âust
16. Run
17. Jonas
18. Closer

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