patten – ESTOILE NAIANT

ESTOILE NAIANT montre un patten passé maître de ses propres règles du jeu, au point de leur donner une forme d’évidence.

Patten_-_ESTOILE_NAIANT_cover

7.5

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 2 mars 2014 | 19:31

L’air de rien, voilà deux ans que nous attendions des nouvelles de patten. La sensation de fraîcheur entourant sa musique n’est pourtant en rien dissipée ; cela s’explique peut-être par le fait que l’Anglais s’est véritablement révélé à nos oreilles avec son album précédent, le dense et lumineux GLAQJO XAACSSO, publié chez No Pain In Pop il y a deux ans et demie. Mais l’explication tient plus certainement au fait que poursuivant son chemin musical unique, patten continue de poser des questions plutôt que d’y apporter des réponses, traçant avec ESTOILE NAIANT un nouvel album en forme de point d’interrogation.

 

La sorte de reconnaissance apportée par la signature sur Warp Records ne semble ainsi pas avoir perturbé notre explorateur du son, qui nous offre ici un nouveau point d’entrée dans son univers sonore riche – ou son écosystème du son, pour reprendre l’expression utilisée dans l’interview qu’il nous a récemment livrée.
Dès « Gold Arc », on retrouve ainsi les rythmiques répétitives mais refusant de se poser en cadre constitutif, les synthétiseurs analogiques déconnectés de tout autre élément, les sons indiscernables empoussiérant l’espace sonore pour le transformer en sphère dense d’informations auditives. Les sons s’empilent sans véritable considération les uns pour les autres, dans un joyeux assemblage de sonorités électroniques ou acoustiques, de samples ou de sons synthétiques.
Dans une formule s’érigeant presque, paradoxalement, en habitude, patten perturbe précisément toutes vos attentes, et se garde bien d’indiquer le chemin à suivre pour trouver un sens à l’oeuvre : ESTOILE NAIANT est au contraire une nouvelle invitation à se plonger dans cet ensemble sonore pour y formuler vos propres interprétations.

Dans le fond, la démarche de patten semble ainsi bien plus proche de celle d’un artiste plasticien agrégeant, à la manière d’un Rauschenberg, des éléments hétérogènes pour donner à voir les rapports et tensions s’établissant à leur intersection, que de celle de nombre de musiciens électroniques actuels. L’ensemble pourrait paraître rudement abscons, relevant de l’ésotérisme ou de la supercherie, au choix ; il n’en est pourtant rien.
En effet, patten parvient toujours à laisser à ses titres une dimension d’accessibilité, refusant l’hermétisme : aucune difficulté ne se présente ainsi à l’écoute d’un « Winter Strobe » certes concassé, mais aux pads suscitant une familière impression de chaleur. A la suite, « Softer » semble présenter un soupçon de structure, et même un semblant de drop, autour d’une rythmique fragmentée parant l’ensemble d’atours wonky. Cette tendance nous paraît d’ailleurs être l’évolution majeure ayant marqué le passage d’un album à un autre : tout ici semble plus concerté, comme si la position de chaque son était finement définie pour laisser parler l’ensemble.

L’aboutissement de cette démarche se fait alors sentir sur quelques uns des titres les plus évidents du disque : on pensera au très bon « Drift », mais surtout au sublime « Agen » qui vient ouvrir bien des perspectives en fin d’album. Plus minimaliste, cet ultime édifice sonore (avant une tout aussi superbe outro) laisse ainsi ses claviers prendre leur envol, et la mélancolie envahir le titre. Débarassé de toutes les couches parasitant sa construction, l’album semble ainsi finalement exhiber son ossature, ouvrant la voie à de nouvelles écoutes. On pense ainsi à Boards of Canada, à Kuedo ; mais on pense surtout à patten, qui démontre ici que sa musique conserve sa propre touche, quelle que soit la recette mise en œuvre.

 

Il est toujours aussi difficile de parler de la musique de patten : cubiste en un sens, celle-ci refuse en effet tout point de vue unique, toute interprétation simple, démultipliant au contraire les angles pour toujours déjouer nos prévisions. Quoi qu’il en soit, ESTOILE NAIANT montre un artiste devenant maître de ses propres règles du jeu, au point de leur donner une forme d’évidence malgré leur complexité. Quelques dizaines d’écoutes plus loin, le mystère reste intact ; la fascination aussi.

 

Tracklist :

01. Gold Arc
02. Here Always
03. Drift
04. Winter Strobing
05. Softer
06. Pathways
07. 23-45
08. Key Embedded
09. Agen
10. LL2

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    1 Comment

    1. Maxime 4 mars 2014 at 8:37

      Ça c’est pas une petite chronique de rien du tout. L’album est fou, bravo pour ces lignes franches.

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