Pearson Sound – Pearson Sound

Avec son premier album éponyme, Pearson Sound offre un manifeste de son esthétique unique, marquant d’une pierre son aboutissement : un chef-d’oeuvre.

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9.5

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 10 mars 2015 | 11:30

De ses débuts en tant que Ramadanman au sein de la scène dubstep à ses dernières sorties en tant que Pearson Sound, pour la plupart publiées de manière autonome ou sur son label Hessle Audio, David Kennedy a su tracer son propre chemin, bâtissant au gré de sa discographie un son identifiable entre mille, apparemment à l’abri des contraintes extérieures.

Certes, cette voie unique n’a pas empêché l’artiste anglais de se rapprocher parfois du courant, signant pour l’occasion quelques uns de ses titres les plus mémorables : en 2010, son « Work Them », paru chez Swamp81, était par exemple avec le « Footcrab » d’Addison Groove l’un des signes avant-coureurs de l’invasion footwork à venir dans la scène que l’on commençait à nommer UK Bass. L’année suivante, son remix du classique « Deep Inside » de Hardrive faisait de même le tour des dancefloors. L’artiste ne déviait pour autant pas de sa route : travaillant sur une palette sonore réduite, ces titres dressaient en esthétique un minimalisme recentré autour de fragments percussifs et mélodiques d’une grande précision. C’est cette même esthétique que l’on retrouve depuis d’EP en EP, chaque nouvelle sortie étant une progression dans notre découverte de cet univers unique et toujours plus ambitieux : après l’excellent REM en 2013, l’Anglais osait l’an passé avec Raindrops de mettre en avant toute la fragilité de cet art de la réduction, privant ses titres de beats pour les laisser apparaître dans leur éclatante beauté.

On savait que Pearson Sound ne prenait pas l’art de l’album à la légère : il y a deux ans, l’artiste affirmait ainsi ne vouloir réaliser un album qu’autour d’une esthétique et d’un projet précis. Au vu de la grande maîtrise de ses talents et de ses sonorités affichée au cours des dernières années, les attentes étaient dès lors élevées, presque dix ans après la parution de ses premiers titres. Relevant le défi, Pearson Sound est à cet égard exemplaire : méritant parfaitement son titre, ce premier album parvient à distiller l’univers de l’artiste sur un format plus long, nous le laissant admirer sous toutes ses facettes.

Les habitués des maxis de David Kennedy ne seront pas surpris à l’écoute de l’introduction « Asphalt Sparkle », ni d’aucun des neuf titres de l’album : là n’est pas son but. Ayant su construire patiemment son esthétique sonore au fil des années, Pearson Sound en établit plutôt avec cet effort son manifeste, la marquant d’une pierre. Plutôt que de proposer un album aux sonorités différentes de celles de ses titres habituels, l’Anglais compose un disque dans la continuité de ses précédentes sorties, qui ne sonnent, en revanche, comme rien d’autre. Pearson Sound apparaît dès lors comme une forme d’aboutissement, poussant toutes les logiques ayant animé la discographie de l’artiste jusqu’à leur terme.

Les premières secondes du disque regorgent ainsi déjà de ces synthétiseurs simplistes, tissant des mélodies répétitives se fixant très vite sur votre inconscient, relevant des rythmes fondés sur des percussions élémentaires mais réarrangées dans des patterns toujours uniques. Lourd et pesant, ce premier titre voit l’artiste moduler soigneusement chacun de ses composantes, nous le montrant au travers d’un prisme pour en distinguer toutes les couleurs. L’état de conscience s’altère, nous préparant au voyage à venir.

C’est que dès « Glass Eye », les rythmes se font plus traînants, plus insistants aussi. Des synthétiseurs aériens émergent doucement, recomposant les structures du titre. Placés en tension, les éléments percussifs et mélodiques se renvoient dès lors la balle : là où le lancinant « Gristle » sait se faire perçant, nous fixant dans un clignement sonore aigu, « Crank Call » ou « Six Congas » axent leurs considérations autour de rythmes obsédants. Impressionnante, l’utilisation des fragments mélodiques est sur ces titres exemplaire du travail de Pearson Sound, tissant des patterns minimalistes pour faire de ces claviers des éléments percussifs supplémentaires. Derrière les textures complexes, on distingue un épais brouillard de sonorités venues renforcer notre transe.

La fascination naît également du soin du détail autour de chaque son : sur « Russet », kicks, claves et autres caisses claires subjuguent ainsi par leur impressionnante précision, imposant leur martèlement. « Rubber Tree » nous laisse de même nous délecter de ces sonorités jusqu’aux dernières secondes de nappes traitées à l’écho, refermant l’album sur lui-même.

Insensible aux contraintes extérieures, Pearson Sound livre avec cet album éponyme un long-format parfait, en ce qu’il parvient à porter sur quarante-deux minutes une esthétique très personnelle. Pearson Sound est un ensemble cohérent, dépassant toutes les frontières pour recomposer son propre monde, si bien qu’il semble difficile de décrire cette œuvre en faisant appel à un ou plusieurs styles. La musique de Pearson Sound existe dans sa propre sphère, intouchable et avançant selon ses propres règles, que l’on retrouve avec plaisir à chaque écoute. Avec ce premier album, David Kennedy en livre la plus belle réalisation jusqu’à présent, ce qui n’est pas peu dire au vu de la qualité de sa discographie : un chef-d’oeuvre.

Tracklist :

01. Asphalt Sparkle
02. Glass Eye
03. Gristle
04. Crank Call
05. Swill
06. Six Congas
07. Headless
08. Russet
09. Rubber Tree

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