Pearson Sound – REM

Abolissant les frontières entre l’expérimentation et la danse, ces quatre morceaux confirment l’importance d’un producteur inclassable, en constante évolution, défrichant définitivement sa propre route musicale.

Pearson-Sound-REM-EP

7.8

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 14 juin 2013 | 12:49

Pearson Sound est un artiste à part. Dès ses débuts en tant que Ramadanman, on sentait s’exprimer cette sensibilité le distinguant des autres producteurs de cette vague issue du dubstep autour de 2007 pour mieux le renouveler. Mais depuis, l’Anglais a fait du chemin, ralentissant le tempo, s’éloignant du dubstep pour se rapprocher d’une forme de house minimaliste exposant sa propre palette sonore. Ces termes restant à prendre avec des pincettes, tant la musique de David Kennedy reste difficile à catégoriser.
2012 semblait alors marquer une sorte d’aboutissement de ce parcours sans faute, au travers de deux titres parmi les plus intrigants de sa discographie : le spacieux Untitled d’abord, condensé de mélodies entêtantes, de samples hypnotiques, de synthés éthérés et de rythmes décharnés, et surtout l’hallucinant Clutch, où Pearson Sound semble s’affranchir de toute structure traditionnelle pour laisser libre cours à sa créativité, laissant chaque pattern rythmique venir éclater le précédent et effacer un peu plus les limites du carcan 4/4.
Autant dire que le co-fondateur d’Hessle Audio – aux côtés de Ben UFO et Pangaea – était attendu au tournant pour 2013. Après un Quivver renversant sur la compilation Think and Change de NonPlus, voici donc son premier maxi de l’année, REM, soit quatre titres manifestant toute sa singularité.

Tout commence sur quelques notes fragiles, tremblantes, constituant une mélodie mystérieuse sur laquelle viennent progressivement s’infiltrer, se greffer des sons rythmiques, des pads quasi-bruitistes. Et c’est (presque) tout : les kicks sont presque absents, et l’évolution de ce morceau éponyme repose sur une recherche de l’équilibre de ces différents éléments, équilibre restant pourtant en perpétuel vacillement. Le morceau est réduit à sa plus simple expression pour mieux laisser jaillir la force de chacune de ses composantes ; on est immédiatement plongé dans une atmosphère sans autre équivalent.
Gridlock vient ensuite trancher avec cette première impression : au programme désormais, une transe rythmique squelettique articulée sur de fréquentes ruptures et sur l’émergence de nouveaux patterns qui viennent lentement compléter le vide organisé par l’artiste. Pas la moindre trace de mélodie au sein de ce tourbillon rythmique sans répit. Puis tout se trouve renversé sur l’excellent Figment : on touche là aussi au minimalisme, mais par l’exclusion cette fois de tout rythme, de tout son même pouvant suggérer ce dernier. Une simple mélodie, mystérieuse, filtrée et répétée durant trois minutes, évoquant les « logotones » et expérimentations hypnagogiques d’un label comme Ghost Box, comme l’écho d’un jingle radio issu d’un temps incertain. Splendide.
En conclusion, enfin, Crimson (Beat Ritual Mix), tout en chopped breakbeats et en mélodies étouffées offre la synthèse de ces différentes propositions : furieusement hypnotique, cet ultime titre semble fondé sur une contradiction entre des rythmiques suscitant une illusion de vitesse, évoquant presque des échos de titres jungle, et à l’inverse des synthétiseurs narcotiques, aériens, émergeant progressivement avant de disparaître à nouveau.

Si ce maxi ne contient pas de titre aussi immédiatement essentiel qu’un Work Them ou qu’un Deep Inside, il n’en reste pas moins impressionnant de maîtrise : minimalistes, nihilistes, les quatre fragments de REM semblent contruire patiemment un équilibre basé sur le vide. Pearson Sound réduit la substance de ses morceaux jusqu’au minimum nécessaire à leur existence même, exhibant leur ADN plutôt que de chercher à le dissimuler. Abolissant les frontières entre l’expérimentation et la danse, ces quatre morceaux confirment l’importance d’un producteur inclassable, en constante évolution, défrichant définitivement sa propre route musicale.

 


 

Tracklist :

01. REM
02. Gridlock
03. Figment
04. Crimson (Beat Ritual Mix)

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