Pessimist – Pessimist

Bienvenue dans l’univers de Pessimist, où s’entrechoquent techno et drum & bass.

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8.8

10

Par Martin Drazel
Publié le 1 septembre 2017 | 8:52

Pessimist a fait ses premières armes chez Ingredients, Samurai Music ou plus récemment UVB-76.
Membre du trio Ruffhouse, l’Anglais est reconnu pour son approche à la fois sombre et élégante du genre dans lequel il évolue. Pourtant, Kristian Jabs n’apprécie pas vraiment de se cantonner à un genre particulier, avançant régulièrement que le clivage entre les styles n’est qu’une barrière à démolir. Ainsi, Blackest Ever Black, label pourtant axé techno, a fait confiance au rejeton de Bristol, lui permettant de livrer son premier album : Pessimist.

Introduit par une ambiance des plus ténébreuses, ce premier opus de Jabs ouvre très vite son spectre, affirmant dès « Bloom » que ledit clivage a bel et bien été oblitéré. On ne sait trop dans quelles eaux on navigue avec ce déroutant mélange entre techno syncopée, basses vrombissantes et cette boucle bien grasse qui vient relancer le morceau sur sa seconde partie. L’évolution de Pessimist s’articule autour de l’intensification de ce mélange improbable, sorte de terrain inconnu aux pulsions physiologiques des plus attrayantes. « Grit » vient gratter le rationalisme inhérent à l’esthétique techno pour y insérer des basses purement drum & bass, coups de corne de brume assourdies et inimitables.
Ainsi se déclenche une profonde métamorphose. Le travail de désenclavement de l’Anglais est insidieux, il agit sur des couches inconscientes et déroute l’auditeur, l’amenant sur des sentiers rocailleux, tout en lui tenant la main. Au milieu de cette randonnée sonique se trouve « Spirals », morceau jumelant kicks découpés et caisses-claires spatiales, le tout toujours enrobé par ces nappes sinistres qui parcourent continuellement l’album. Pessimist y exprime sa science de la boucle, sur laquelle interviennent des modifications si subtiles qu’il faut bien pencher son oreille pour les discerner. Kristian Jabs a indéniablement gagné en cohérence lors des dix années passés à expérimenter différentes formes de drum & bass. Puis il nous permet une bouffée d’air frais avec « Glued », titre au breakbeat très 90′s écrit à quatre mains avec Loop Faction.
« War Cry », interlude cosmique, replonge l’opus dans les méandres des abysses. Cette petite pause permet à
« Peter Hitchens » d’intervenir sans aucune sommation, déclenchant un ouragan rythmique inarrêtable.
De nouveau, les lignes deviennent obscures et la frontière entre techno et drum & bass semble particulièrement floue. On peut avancer sans crainte que Pessimist a mis le doigt sur un champ de possibilités qui a souvent été approché mais jamais maîtrisé de la sorte, d’autant plus lorsque intervient cette lead acid distillée derrière l’imposant kit rythmique. Il ne manquait plus que les retrouvailles avec son compagnon d’armes, l’indispensable Overlook. Les compères signent ensemble « No Matter What », titre imposant aux kicks endiablés, juxtaposés sur ces nappes suspendues dont Jason Luxton a le secret.
Ouvertement axé drum & bass avec sa structure rythmique complexe et entraînante, cette collaboration ne dénote aucunement du reste de l’album. Elle en est même le point culminant, l’apogée de cette tension en sourdine qui muait en arrière-plan depuis le début de cette inquiétante aventure. S’enchaîne sur le même mouvement « Through The Fog », où Pessimist revient à ses premiers amours, cette drum & bass désarticulée qui a fait sa renommée. Ce morceau démontre à nouveau la maîtrise impeccable de l’Anglais lorsqu’il s’agit de simplifier des infrastructures complexes, d’y insuffler une impédance entêtante où jungle et dark-techno s’accouplent avec une aisance presque provocatrice. Toute cette thèse musicale se termine sur une « Outro » des plus spatiales, ouvrant de nouveaux horizons à ce champ des possibles qu’est Pessimist.

L’aisance avec laquelle Kristian Jabs s’est approprié les esthétiques dark-techno et drum & bass pour en faire une nouvelle musique (il faut bien appeler un chat un chat) pourrait bien bousculer le petit confort dans lequel se sont blottis les grands patrons des deux courants les plus représentés à Londres et Berlin, deux villes où l’influence de Blackest Ever Black est notable.
Les activistes et autres compositeurs ne pourront plus regarder leurs genres respectifs avec la même aisance qu’avant Pessimist, tant le travail de désencrage de Jabs a pris la forme d’une stèle sur laquelle sont gravés les dogmes d’un futur incertain mais particulièrement excitant. On espère sincèrement que ce premier album de l’Anglais fera des petits, car cette forme hybride a un bel avenir devant elle !

Tracklist :

01. Intro
02. Bloom
03. Grit
04. Spirals
05. Glued – ft Loop Faction
06. War Cry
07. Peter Hitchens
08. No Matter What – ft Overlook
09. Through The Fog
10. Outro

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