Phace – Shape The Random

Avec ce nouvel album, Phace s’affirme une nouvelle fois en chef de file du courant neuro-funk, repoussant toutes les frontières en exhibant son talent.

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8.0

10

Par Martin Drazel
Publié le 21 mars 2015 | 9:52

La légende urbaine raconte que la neuro-funk (variante nerveuse de la drum & bass) serait née suite au manque d’hallucinatoires en Hollande et en Angleterre vers la fin du XXème siècle. Le public devenant plus agressif et recherchant de la violence, des artistes comme Ed Rush & Optical ou encore Noisia ont émergé et abreuvé le dance-floor de fréquences massives. Il serait honteux d’oublier Phace, tant l’influence et l’importance du monsieur dans ce courant ne se mesure plus. Fidèle à son art, il revient aujourd’hui sur Neosignal, label co-géré avec Misanthrop, pour un Shape The Random aux intentions immenses et à la générosité intarissable.

Certes, ce n’est pas dans ce style de drum & bass que l’on retrouve la subtilité d’une structure mélangeant intelligemment basses et ambiances. Ici, on découpe des vaches transgéniques qui hurlent à mort, en utilisant ces couteaux traditionnels que sont des éléments rythmiques intenses. Il est donc assez complexe de soutirer l’originalité du format, tant le besoin d’efficacité prime souvent au-delà de la recherche musicale. Pourtant Florian Harres a dans les mains ce savoir unique qui transcende le genre, lui apportant une réelle dynamique et une dimension épique là où d’autres ne font que chercher une cohésion entre surcharge sonore et mouvements de basses. Des morceaux comme « Digital Diet » ou encore « I Am » sont de très bons exemples de cette capacité à laisser l’intuition guider la création, plutôt que de se cantonner à des recettes déjà testées et approuvées. L’omniprésence des samples vocaux tout le long de l’album procure une sensation quasi cinématographique, comme si Phace cherchait à chapitrer son opus, développant un scénario digne d’une épopée de science-fiction. « Empty Talk », « Fraktal Total » et le morceau final « Exit Plan » disposent d’une dynamique impressionnante, diffusée par cette inébranlable structure rythme/basse, mais aussi par ces vocales qui alimentent et dynamisent les compositions.
L’oreille neuve se fatiguera sûrement d’entendre la même formule sur presque chaque morceau, la neuro-funk s’articulant principalement autour du roller. Mais là encore, Phace sait innover en nous proposant des idées tout à fait loufoques et infernales, à l’instar des morceaux déstructurés de l’album. On s’attardera donc sur « Monochrome » et l’éponyme « Shape The Random », deux compositions assez schizophréniques où des lignes de basses impulsives viennent se heurter contre de millimétriques effets hasardeux. Véritable maître de cet exercice, Florian Harres déploie un réel génie lorsqu’il s’agit de dépasser son contexte habituel. On est assez loin de la répétition quelque peu lassante de son premier album, Psycho, sorti chez Subtitles en 2007. La palme revient à cette collaboration absurde avec Mefjus. On s’attendait à un énorme tube de la part du duo le plus en vogue du courant neuro-funk, mais non. Les deux compères se sont amusés à imaginer une partition d’un simplissime frôlant l’ironie. « The Mothership » est  axé autour du vide, quelques samples vocaux, un synthé hyperactif, une absence presque totale de rythme et une basse assourdie distribuant de gros impacts quadrillés : de fait, une épuration totale de ce que l’on nomme neuro-funk.

Phace décrit son travail pour Shape The Random comme « ni calculé ni trop conceptualisé. » L’écriture doit être spontanée, laissant « l’inspiration former l’album et les séances d’enregistrements ». Pour lui, « l’art doit être original, presque aléatoire et non juste fonctionnel ». Cette envie de façonner l’aléatoire, qui nomme et dirige tout l’album, impulsant à son univers un renouveau salutaire et une vision unique. Cette capacité à renouveler dans la continuité un sous-genre encore plus codifié que son origine est digne d’un grand esprit musical. On ne peut que s’incliner face à la boite magique de Phace, et saluer le talent de l’allemand, chaque sortie repoussant les frontières de l’antécédente, confirmant ainsi son statut de chef de file.

Tracklist :

01. My Mind Is Modular
02. Digital Diet
03. Monochrome
04. Empty Talk
05. I Am
06. The Mothership (feat. Mefjus)
07. Fraktal Total
08. Imbalanced
09. Flaky
10. Automatic
11. Bite The Edge
12. Suspense
13. Shape The Random
14. Exit Plan

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    1 Comment

    1. Robin Cordier 21 mars 2015 at 7:26

      La découpe de vaches transgéniques, c'est réservé à Venetian Snares ;)

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