Rain Dog – Two Words

Samuel Evans maîtrise les codes et les techniques de son genre : ne reste plus qu’à y apporter de la nouveauté.

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6.5

10

Par Guillaume Thibault
Publié le 3 février 2014 | 10:57

Samuel Evans n’est pas exactement un nouveau venu sur le Project Mooncircle. En 2012, il avait déjà collaboré avec Robot Koch sur l’EP Cosmic Waves et participé à la compilation anniversaire des 10 ans du label. Ses influences, au point de rencontre entre bass music et jazz, de Portico Quartet à Ella Fitzgerald, correspondaient idéalement à l’approche revendiquée par Gordon Gieseking, le fondateur du label : une approche organique de la production hip hop avec pour ambition de créer une grande scène beats, instrumental, glitch et wonky de Londres à Moscou.

Rain Dog, pseudonyme inspiré de l’album de Tom Waits, s’affirme par son identité artistique : diplômé des Beaux Arts de l’Université de Newcastle, l’Anglais tente de proposer son propre univers visuel, musical et cinématographique. Son ambition est grande, puisque c’est après un EP et deux tracks apparues sur des compilations à peine qu’il se lance dans la production de Two Words. C’est donc un double pari, car c’est aussi la première sortie de l’année pour le label.

L’album frappe d’abord par son unité : l’atmosphère convoyée est cohérente et les morceaux s’enchaînent avec fluidité. La construction est progressive, un premier sample se trouve complété par un beat et une basse profonde, support de la construction des mélodies et des samples. L’utilisation de vocals est répartie entre les morceaux, certains ont un background très R&B comme sur l’excellent « Nexus », en collaboration avec Robot Koch, ou sur « Broken », dont la progression des accords de synthé nous rappelle les premiers 12 » de Jacques Greene et un style très proche du future garage. Les autres samples plus mystérieux sont hérités du goût de Rain Dog pour le cinéma : le murmure qui rythme « Like a Lame Man Stepping » est tiré du film Wendy & Lucy, les voix de « The World Is My Shotgun » viennent de Dogtooth, histoire surréaliste d’enfants élevés coupés du monde. Ces samples apportent un sentiment marquant de nostalgie heureuse, de retour aux choses connues et apaisantes.

Des passages plus ambitieux se dégagent néanmoins : au milieu de l’album, « Nerves Like New Thread », apporte un sursaut inattendu avec une mélodie virevoltante qui porte le morceau vers une ascension cosmique, contrebalancée par la profondeur de la basse. L’album atteint vraiment sa symbiose entre l’organicité recherchée et la production électronique, l’enchaînement entre « Nerves Like New Thread » et « Nexus » en représentant le point culminant.

Pour son coup d’essai Rain Dog a maîtrisé élégamment le format compliqué de l’album, construisant son atmosphère au fil des morceaux et nous laissant progressivement découvrir une structure après plusieurs écoutes. Néanmoins, cette construction manque parfois un peu de personnalité, et c’est ce manque de distinction par rapport à l’univers de Project Mooncircle qui finit par décevoir.

Si Rain Dog désigne, selon la chanson de Tom Waits, un être perdu, qui ne retrouve plus son chemin, alors Samuel Evans a trouvé sa niche. Il faut qu’il essaye d’y contribuer avec de la nouveauté, maintenant qu’il maîtrise les codes et les techniques du genre.

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