Retour sur Distorted #8 au Batofar avec Pinch b2b Mumdance + Cooly G

Retour sur une soirée au line-up des plus ambitieux, alliant Cooly G à un b2b d’anthologie de Pinch et Mumdance.

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Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 21 mai 2014 | 14:56

De façon assez étrange, la Distorted reste trop peu fréquemment mentionnée au nombre des soirées phares de la capitale. Etrange, car en à peine sept éditions, elle a permis au Batofar d’accueillir, entre autres, Kode9, Pearson Sound, Boddika, Loefah et autres Blawan. Autant dire que le sommet de la scène britannique se retrouve dans ses filets, et que le line-up de chaque édition est attendu avec impatience. Pour cette huitième soirée, le Batofar affiche une programmation particulièrement ambitieuse, en invitant Cooly G, artiste restant dans l’ombre aux côtés des superstars d’Hyperdub, tout en s’affirmant tout à fait digne des standards du label ; surtout, en faisant appel à deux des plus importants artistes sur la scène à l’heure actuelle pour un b2b d’anthologie : Mumdance d’une part, qui offre actuellement, au gré de ses multiples collaborations, les propositions les plus novatrices en termes de bass music, de grime et de 130 sound, et Pinch d’autre part, dont le nouveau label Cold Recordings est l’occasion d’un renouvellement total et salutaire.

 

Ce sont Jess & Crabbe qui sont chargés de nous accueillir dans un bateau encore largement vide, mais déjà motivé. Les deux DJs parisiens nous servent un cocktail de titres percussifs, des musiques africaines à la bass music britannique : le « Vanghoma » de Tiyiselani Vomaseve sera ainsi l’un des points clés d’un set très satisfaisant, posant sûrement l’atmosphère d’une soirée placée sous le signe du rythme. Notons néanmoins que le groove et l’ambiance intrinsèques à ces sons furieusement syncopés seront quelque peu entravés par ce qui restera comme l’un des points noirs de la soirée, à savoir des agents de sécurité dénotant singulièrement avec ce à quoi le Batofar nous avait habitué, pour lorgner plutôt du côté des pratiques du Social Club : mentionnons par exemple un « votre sac au vestiaire ou j’vous sors tout de suite » sans ménagement, alors que l’espace ne manquait pas particulièrement sur la piste, suivi d’un « non, tu gardes ton porte-monnaie pour le bar » assez révélateur audit vestiaire.

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Passons. Car le set des deux Français s’avère en tous points concluants, même si l’on s’étonne des choix de programmation en termes d’horaires de passage : près de trois heures pour le warm-up, contre 1h20 à peine pour Cooly G. C’est ainsi que vers 2h40, l’Anglaise se positionne derrière les CDjs pour entamer un set intense dès ses débuts : Cooly G balance une boucle percussive évoquant le meilleur de l’ère UK Funky, puis la laisse tourner jusqu’à l’hypnose. C’est d’ailleurs très largement dans ce même UK Funky que puise l’artiste dans le déroulement de son set, allant jusqu’à délivrer quelques classiques toujours bien reçus, à l’instar du « In To The Future » de Geeneus, patron de Rinse FM. Les titres de son récent EP pour Hyperdub y passent également, le morceau-titre s’avérant particulièrement efficace dans un contexte club. Cooly G sait néanmoins aussi regarder en dehors de son paysage sonore, regardant franchement du côté du UK Garage, mais aussi au-delà : on notera un titre de Simian Mobile Disco s’intégrant parfaitement dans son set. A l’image de sa propre musique, son set, au cours duquel l’Anglaise paraîtra toujours très concentrée, instaure ainsi progressivement une tension explosive, la transe rythmique s’installant peu à peu.

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Autour de 4h, Cooly G livre finalement ses dernières galettes pour céder la place à ce qui s’annonçait comme l’un des événements de l’année. L’audience se resserre, et les guerriers du rythme se préparent à deux heures de bombardements intensifs. Nos attentes étaient justifiées : en respectant scrupuleusement un schéma défini – deux vinyles pour Pinch, deux CDs pour Mumdance, avant un final dont on reparlera –, les deux auteurs du fabuleux « Whiplash » vont s’atteler pendant une heure et demie à construire et déconstruire des grooves, bâtissant des structures rythmiques pour mieux les décomposer par la suite. Le premier enchaînement annonce la couleur : Pinch débute le set avec deux plaques techno, instaurant une cadence fixe, que Mumdance se précipite de détruire au biais du fabuleux « Strings Hoe Refix » de Wen et de ses kicks faisant l’effet d’une secousse sismique sur le dancefloor. Les rythmes se composent avant d’être radicalement déstructurés ; la sélection se veut éclectique, piochant dans toutes les sources faisant la richesse du son des deux artistes : grime, bass, dubstep, mais aussi techno ou breakbeat. Dès lors, tout y passe, avec un niveau d’exigence rare : on notera en particulier des VIP terrifiants de « Legion » et « Turbo Mitzi ». Pinch seul tombera brièvement dans l’évidence, en enchaînant le « Mercy VIP » de Boddika & Joy Orbison au toujours marquant « Rave (Dirt Mix) » de Head High, avant de retourner au « Swims » de Boddika & Joy Orbison : un peu facile, mais le boss de Tectonic Records retrouvera vite un chemin plus sinueux. Au bout d’1h30, les deux Djs rompent en effet la cadence pour jouer le « Percy VIP » de Kahn & Neek, ouvrant un final à 140BPM consacré au dubstep et au grime dans leurs sens classiques. Entre classiques de Skream et de Loefah, enchaînés à une vitesse supersonique, Mumdance case son incroyable « Take Time », en compagnie de Novelist, qui continue de s’affirmer comme le plus audacieux riddim du moment. Le set se referme lentement, laissant les personnes restantes dans un état proche du délire. Malgré quelques points noirs, la Distorted remplit donc une nouvelle fois son contrat avec un set qui restera dans les mémoires.

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