Retour sur Bass Paradize #2 au Petit Bain avec Kahn & Neek, Wen et Demon

Convoquant Kahn, Neek, Wen et Demon sur le soundsystem de Steppin Forward Hi Fi, Bass Paradize a su organiser une soirée remarquable et cohérente : un grand moment de bass music à Paris.

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Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 1 avril 2015 | 8:03

Dans une scène parisienne laissant malheureusement une place toujours plus faible au dubstep, de telles initiatives sont à saluer. Le 28 mars dernier, Bass Paradize faisait preuve d’un volontarisme à toute épreuve, composant par la même occasion un plateau de tout premier ordre. Non content de convoquer le maître Kahn et son acolyte Neek, le collectif invitait ainsi Wen, l’un des plus prometteurs de la scène grime actuelle, auteur d’un fabuleux album l’an passé, ainsi que Demon, boss de chez Macabre Unit, tous deux effectuant là leur premier passage français. Comme cela ne suffisait décidément pas, Bass Paradize s’offrait aussi le luxe de faire appel au soundsystem de Steppin Forward Hi-Fi, directement intégré à la cale du Petit Bain. De quoi donner au bateau des allures de ferry nous portant, l’espace d’une soirée, de l’autre côté de la Manche.

Le ton est défini dès notre arrivée, alors que le Steppin Forward Hi-Fi fait chauffer son propre soundsystem avec un warm-up dub du plus bel effet. Les subs ronronnent, le club est noyé dans des vagues d’écho ; placé dans la fosse, le soundsystem du collectif se fait imposant, dominant les danseurs et les contraignant à se plier à cette musique obsédante.

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Une fois les choses mises en place, le jeune Wen se met en place. Après ce premier set dub, l’Anglais se fonde dans un premier temps sur l’autre racine du dubstep, le UK Garage : laissant lentement monter les débats, Wen prend le temps d’installer des syncopes de plus en plus claquantes, des basses dont l’ascension ne semble jamais vouée à s’achever. Et puis, les choses s’envolent, à l’instant où le DJ nous assène des premiers rythmes plus martelés, saccadés à l’extrême, d’où émerge le flow toujours imparable de Riko Dan pour un titre inédit. Le set s’accélère, mêlant grime minimaliste et 2-step sombre. Wen en profite pour s’offrir quelques détours vers des classiques, à l’instar du « South London Boroughs » de Burial. Sans surprise, les meilleurs moments du set résideront pourtant dans les titres de l’artiste lui-même : son extraordinaire refix du « Strings Hoe » de Dizzee Rascal n’a ainsi rien perdu de sa superbe, plongeant l’audience dans un océan de noirçeur. Plus loin, son « Play Your Corner », en featuring avec Riko Dan, merveilleusement remixé par Walton, aura de même un effet immédiat.

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L’heure fatidique approche à mesure que la salle se remplit considérablement : à 2h30, Kahn et Neek se mettent en place derrière les platines. La tension monte d’un nouveau cran, même si les deux natifs de Bristol prendront le soin de nous ménager, en multipliant dès les premiers titres les rewinds. Difficile, dès lors, de saisir tout à fait l’assaut mené par les deux artistes : le soundsystem, au sommet de sa forme, déverse d’intenses coulées de basslines aux accents dub. On reconnaît, ici ou là, des formes familières, qui émergent de ce torrent, des voix des Newham Generals ou de Riko Dan – décidément – à des classiques tels que le « Spartan » de Spooky, toujours aussi ravageur, ou le « Wooo Riddim » de S-X qui n’en finit pas de repartir. Entre dubstep et grime, le set fait aussi la part belle aux productions de Kahn & Neek eux-mêmes, nous gâtant de leurs titres les plus marquants, de « Percy » à « Badman City » ou un « Over Deh So » appelant instantanément le rewind. Avec son propre « Abattoir », Kahn livre le meilleur moment de la soirée, une vibration s’emparant de la salle dès les tous premiers grognements du titre. Ailleurs, les deux acolytes nous laissent voir quelques unes de leurs dubplates, à l’instar par exemple d’une version spéciale du classique « Skeng » de The Bug, appelé à clôre le set.

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Difficile de passer après une telle démonstration. Demon s’en tire pourtant avec les honneurs : affichant un enthousiasme communicatif, l’artiste nous délivre une heure de set dans la pure lignée de son label Macabre Unit, sombre, minimaliste et aux structures intriquées. L’ambiance est aquatique, autour de nappes troublant notre perception de basses restant au premier plan. L’artiste n’hésite pas non plus à parer ses rythmes de breakbeats salutaires ou de pauses imprévues, jouant avec nos nerfs jusqu’à la clôture de la soirée.

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Tout du moins, c’est ce que l’on pensait. Une petite surprise était en réalité réservée à un public resté nombreux jusqu’au bout de la soirée : Kahn, Neek et Wen reviennent sur scène après le set de Demon, pour un b2b2b inédit. DJs et audience en profitent pour livrer leurs dernières forces : c’est avec une version exclusive du désormais mythique « Marka » de Dub Physix, Skeptical et Strategy que Kahn viendra refermer les débats, terrassant une dernière fois le Petit Bain.

Au vu de la qualité musicale de la soirée, mais aussi de son ambiance – mention à un public excellent d’un bout à l’autre de la nuit – et des réactions en sortant de la salle, un unique constat s’impose : les félicitations maximales à l’équipe de Bass Paradize, qui a su prendre le risque d’organiser une telle soirée à Paris tout en jouant le jeu à fond. Sans se contenter d’inviter des noms assurant un succès immédiat, le collectif a su composer un line-up conséquent, mais aussi cohérent, découlant sur un bel enchaînement des choses. Un grand moment pour les amateurs de bass music au sens large à Paris : difficile de cacher notre impatience pour la prochaine soirée Bass Paradize, prévue le 9 mai.

Crédits photos : Marine Mevrel (Kahn & Neek), Sgmé Remok

Bass Paradize : Facebook / Twitter

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