Retour sur Distance au Nouveau Casino avec Acre, Guber et Walid BL

Programmation ambitieuse et réalisation à la hauteur: retour sur la soirée Distance des Beat X Changers au Nouveau Casino, avec Acre en maître de cérémonie.

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Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 9 février 2015 | 9:35

Nous vous parlions récemment, à l’occasion de notre chronique du nouveau single d’Alex Coulton pour Tempa, de cette bulle mêlant codes techno et dub aux sonorités du grime et d’autres réjouissances plus spécifiquement britanniques. Cette scène apparaît en pleine expansion outre-Manche, au vu par exemple du prochain line-up de FWD>> (Pangaea, Hodge, Beneath et Bruce, excusez du peu) ; en France, elle en reste en revanche à ses balbutiements jusqu’à présent. Il convient donc d’applaudir les membres du collectif Beat X Changers, qui ont eu l’audace d’accueillir l’excellent Acre à l’occasion de la quatrième édition de leur soirée Distance, le 7 février, pour une programmation de pointe donc, qui étonne et détonne.

A vrai dire, nous ne savions pas tellement à quoi nous attendre en entrant dans le Nouveau Casino : c’est que le producteur mancunien fait preuve d’un tel éclatement dans ses productions, touchant à des styles variés tout en les rassemblant dans une nouvelle forme, que nous avions hâte de le découvrir en tant que DJ. A notre arrivée dans les lieux, Guber est déjà en train de dévaster un dancefloor déjà bien fourni, donnant dans le grime pur jus. Le résident du collectif Beat X Changers connaît bien son sujet, proposant un mix léché qui nous fera regretter d’en avoir manqué une bonne partie – on se rattrapera en réécoutant son mix pour la série de podcasts Exploration Music. Le classique « Oi! » du More Fire Crew fera tout particulièrement résonner les chandeliers du Nouveau Casino, donnant le ton pour la suite.

 

L’heure tourne en effet : à 2h, Acre débarque derrière les platines, casquette vissée sur le crâne et t-shirt Project 13 bien visible. La tension monte d’un cran, alors que le jeune DJ poursuit cet assaut de sonorités grime brutes, aux breakbeats saccadés et aux sons abrasifs. Nous voici embarqués pour un voyage aux confins de la bass music : Acre s’apprête à nous livrer un set en mouvement, ne se reposant jamais dans la facilité stylistique. Assez rapidement, les rythmiques se font ainsi plus construites, plus régulières ; plus hypnotiques aussi. Les textures restent inchangées, mais leur utilisation tend de plus en plus vers une forme de techno, sans que l’on puisse définir précisément le passage d’un genre à un autre.

La maîtrise de l’Anglais est impressionnante : de plus en plus pleine, la salle ne décroche jamais, restant scotchée à l’exploration organisée par Acre. Alors que la tension atteint son paroxysme, le DJ orchestre un renversement de situation. Les beats techno rigides sont anéanties par ce qui devrait être l’un des hymnes grime de l’année : le minimaliste « 1 Sec » de Mumdance et Novelist. Les basses s’emparent des lieux, le flow de Novelist se fait anxiogène, et le rewind est inévitable. Acre s’autorise dès lors tous les virages, s’éclatant visiblement derrière ses platines, faisant preuve d’un enthousiasme communicatif. Percussions débridées, basslines intenses, vocaux découpés s’enchaînent dans un joyeux déferlement. Imprévu, le « I’m Not Dancing » de Tirzah & Micachu fera office de petit hit improbable ; plus loin, le « Ima Read » de Zebra Katz rappellera des bons souvenirs à toute l’assemblée, alors que les titres extraits de son récent EP pour Project 13 MCR se révèlent aussi frappants en club que sur disque. Le point d’ébullition est atteint sur le fabuleux « Hex » de Pangaea.

Un rewind plus tard, et l’Anglais entame sa dernière attaque : pour conclure en beauté, Acre monte le tempo de quelques dizaines de BPM, brouillant les frontières entre footwork et juke. Les rythmes se font supersoniques. Joué dans son intégralité, le « Super Sharp Shooter » du Ganja Kru fera, comme à chaque fois depusi maintenant vingt ans, son petit effet, achevant l’audience.

 

Autant dire que Walid BL avait fort à faire pour maintenir le niveau, après un set d’une telle qualité – l’un des meilleurs que nous ayons eu l’occasion de voir ces derniers mois. Le Parisien s’en tire pourtant avec les honneurs : entamé avec le « Bleep Sequence » d’Alex Coulton, son mix sera un vrai régal, poursuivant dans une même optique de brouillage des cartes, allant chercher ses cartouches chez Hodge, Alight ou Mala. On suit avec plaisir le DJ dans ses pérégrinations stylistiques. Là encore, quelque chose semble s’établir entre la salle et la scène, une sorte de joie communicative typique des meilleurs soirs. On ne s’étonnera donc pas que quelques dizaines de clubbers aient choisi de suivre le parcours jusqu’au bout : alors que les lumières se rallument à 6h du matin, il suffit de scruter les visages pour comprendre que le verdict est unanime.

Un immense bravo à l’équipe de Beat X Changers donc, pour nous avoir proposé cette soirée d’une rare intensité et d’une qualité équivalente. Mentionnons aussi le staff du Nouveau Casino, exemplaire toute la soirée : programmation ambitieuse et réalisation tenant toutes ses promesses, cette quatrième édition de Distance remplit tous ses objectifs. Respect.

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