Retour sur le Macki Music Festival 2018

Ceephax, Josey Rebelle, Vox Low ou HDBeenDope : retour sur notre Macki Music Festival 2018 !

macki music
Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 3 juillet 2018 | 13:44

Chaque année, le Macki Music Festival est, à la fin du mois de juin, une petite bulle que l’on vient toujours retrouver le temps d’un week-end, avec son identité musicale bien spécifique, mais aussi son cadre parfaitement indissociable. En bord de Seine, dans le parc de la mairie de Carrières-sur-Seine, à une dizaine de kilomètres au nord-ouest de Paris, les collectifs La Mamie’s et Cracki parviennent ainsi chaque année à retranscrire cette même atmosphère dans laquelle on se retrouve immergés deux jours durant. Nul besoin, donc, de chercher de grands bouleversements dans la configuration du festival : comme les années précédentes, le Macki se partageait principalement cette année entre une « petite » scène aux allures de main stage où se succèdent les sélecteurs et diggers house renommés pour des sets de plusieurs heures, et une scène live incarnant l’éclectisme du festival, accueillant des formations donnant aussi bien dans le post-punk que le hip-hop ou le jazz, sans oublier une troisième piste de danse laissée aux soins du Camion Bazar. Une quatrième scène, plus petite, accueillait cette année une programmation tout aussi éclectique mais restée secrète jusqu’au bout du festival.

C’est donc un peu avant 16h que l’on fait notre entrée pour le samedi, premier jour du main event du festival (une soirée d’ouverture ayant été organisée, la veille, à la Machine du Moulin Rouge). Le temps de faire un tour du site, et l’on s’installe sur la petite scène pour profiter des premières sélections dans l’air du temps de Toshio Matsuura, qui accueille avec les justes doses de house soulful, de disco, d’electro ou de funk les festivaliers, plutôt rassemblés à cette heure autour de l’écran qui diffuse le fameux France – Argentine. Ledit écran ayant subi une panne en cours de première mi-temps, l’audience se fait plus insistante alors que le set du Tokyoïte se fait plus intense, s’achevant sur une house plus sombre et profonde. Une belle transition vers les plus de trois heures de set inédit de réunion d’A Deep Groove, projet commun d’Alex From Tokyo, DJ Deep et DJ Greg, enfoui depuis le milieu des années 1990 et réincarné avec splendeur pour ce Macki. Portant parfaitement leur nom, les trois DJs entament leur set sur une house classe et intemporelle, aux vocaux féminins imparables, laissant monter une tension qui ne faiblira jamais. L’atmosphère se fait vite électrique, les trois artistes étant aidés par la contribution de l’équipe de France, chaque but étant accueilli par des exclamations hystériques traversant le public. Il y en aura trois en l’espace d’une dizaine de minutes : l’ambiance est donc rapidement incomparable, alors qu’A Deep Groove enchaîne avec une énergie communicative des sélections de plus en plus denses, livrant ce que la house a de meilleur dans toutes ses facettes.

Le Macki, c’est certes sa programmation, mais ce sont aussi ces moments flottants passés en bord de Seine, écoutant les sets au loin bière à la main. Cette édition n’y échappe pas, et l’on s’éclipsera donc quelques dizaines de minutes, le temps aussi pour nous d’enfiler la casquette de commentateur TripAdvisor pour vanter les mérites du fish & chips du food truck Cape Cod, bien à sa place au bord du parc. Changement de scène, ensuite, pour assister à la grand-messe du Golden Dawn Arkestra : costumes ésotériques et un chanteur aux allures de gourou servent ici un propos combinant jazz, afrobeat et funk, pour un résultat qui s’approcherait presque des premiers albums de !!! dans une variante plus psychédélique. On se prend volontiers au jeu, tant ce type de live semble s’inscrire parfaitement dans le climat propice du Macki. On retrouve ensuite Antal, pour le début entre disco, funk et house, de son set sur la petite scène, avant d’opter pour ce qui restera comme notre meilleur moment de ce samedi avec le concert de Vox Low, sur la scène live. Signé chez Born Bad, le groupe manie parfaitement son post-punk synthétique sombre et puissant. Malheureusement écourté pour cause de problèmes techniques, le set parvient à nous convaincre en cinq ou six titres à peine, grâce notamment à un son prenant (ce son de basse !) et aux compositions irréprochables du groupe, qui teinte ses arpèges synthétiques d’accents krautrock ou Trans Am-iens bienvenus. On profite ensuite au loin du set d’Antal, avant que l’heure n’arrive de rejoindre la gare d’Houilles-Carrières sur Seine.

Retour au parc le lendemain, sous 34°C de chaleur caniculaire, après les 32°C de la veille. Une inattendue mais bienvenue pluie fine nous rafraîchit pour l’accueil, et nous permet de pleinement profiter du concert de Kamaal Williams. Pas vraiment transcendés par son live au Dour Festival l’été dernier, mais toujours aussi amateur de Black Focus, grandiose premier album de Yussef Kamaal, la formation dont Henry Wu, aka Kamaal Williams, constituait une moitié, on attendait l’artiste anglais au tournant à l’approche de son nouvel album. Le verdict est, cette fois, plus que satisfaisant : le trio, en grande forme, livre au Macki une prestation de haut niveau, sublimant son jazz contemporain en affichant la complicité et l’émulation mutuelle entre ses trois membres. Une superbe introduction pour une journée qui s’avèrera riche en sets de cette trempe : immédiatement après, c’est sur la petite scène que l’on se rend pour le mix de Josey Rebelle. La résidente de Rinse FM, infaillible et éclectique sélectrice, nous offre ce que l’on retiendra comme le DJ set du week-end, franchissant avec classe les frontières de l’electro, de la house ou du funk, nous renversant à chaque transition, passant d’un style à l’autre sans jamais rompre avec la cohérence d’ensemble. Un modèle de mix, tiré par des lignes de basse mémorables et autres motifs synthétiques illuminés. Splendide.

On s’en échappe néanmoins pour assister à la prestation du rappeur HDBeenDope, qui s’apprête à donner dans la première catégorie en matière de live hip-hop actuel : flow au rasoir, présence infaillible et jeu d’atmosphères capable de faire dans l’old-school comme dans la trap. Les compositions sont à la hauteur, et le New-Yorkais fait sans problème mouche auprès de l’audience, sans avoir à se livrer aux pénibles poncifs des concerts hip-hop plus convenus. Pas même gêné par les problèmes techniques de son DJ, l’artiste entame un freestyle réhaussé par le batteur de la formation suivante, avant d’enchaîner ses deux derniers titres, qu’il terminera en rappant au milieu du public, conquis. Nouvel arrêt au stand fish & chips, et il est déjà temps d’assister à la première heure du set de Motor City Drum Ensemble. Une heure de set efficace, mais peu nuancé, la faute, certainement, à l’exercice du set de clôture face à une audience surchauffée. Il n’en reste pas moins une technique impeccable, et un déferlement opportun d’énormes lignes de basse, de hooks répétés à l’envi et de vocaux discoïdes.

Le programme étant chargé, on n’en profitera pas plus d’une heure, puisque la prestation que nous attendions le plus s’annonce sur la scène live : celle de Ceephax Acid Crew. Chacun de ses lives étant couronné de souvenirs insistants, on avait hâte de retrouver Andy Jenkinson sur la scène du Macki. Le Londonien nous renverse une nouvelle fois d’entrée de jeu, embarquant un public comptant de nombreux fans dans ses délires acid analogiques aux rythmiques martelées et aux mélodies improbables. L’humour et l’ironie de Ceephax surgit dans chacune de ses interventions au micro, que ce soit pour chauffer l’audience ou pour mettre en scène un appel de sa mère. Un live grandiose, soutenu par un public grandiose qui fait honneur aux mélodies des géniaux « Legend of Phaxalot », puis « Sidney’s Sizzler » qui nous achève dans un déchaînement de BPM se rapprochant de ses performances d’il y a quelques années. La musique électronique dans ce qu’elle a de meilleur, tout simplement, et la conclusion idéale pour notre Macki 2018, nouvelle édition qui aura tenu toutes ses promesses : vivement juin 2019.

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