Retour sur le Verger Festival

Retour sur le Verger Festival, nouveau rendez-vous réussi de la scène bordelaise.

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Par Charles-Louis Velieu
Publié le 26 juillet 2017 | 11:08

Bordeaux connaît ces dernières années une effervescence incontestable : l’ancienne ville portuaire attire touristes et nouveaux habitants, et dans cet essor voit se développer sa propre scène électronique. Celle-ci dispose aussi de ses propres lieux, et c’est dans l’espace culturel et historique des Vivres de l’Art que le collectif Tplt, après 3 ans de résidence, a installé son festival les 7 et 8 juillet derniers. Nommé Le Verger Festival, il s’est présenté à nous comme un défrichage musical détonant et festif.

Dès notre arrivée sur les lieux, en fin d’après-midi, la foule est présente. Dans les discussions ambiantes, on remarque une grande partie d’habitués des événements du collectif, enthousiastes à l’idée de cette édition sur deux jours. On se dirige directement vers Le Salon, seule scène de cette première journée, qui sera occupée tout le festival. Le duo bordelais 45 Tours Mon Amour chauffe la salle au rythme de disques rétros, faisant la part belle aux années 80-90, entre disco kitsch et tubes house à la Jellybean. Ce décalage temporel colle alors à la perfection avec Le Salon, une grange aménagée avec un bar, où un petit salon baroque sur la gauche sert de lieu de repos aux festivaliers. À taille humaine, ce cadre sert idylliquement la piste de danse et son tapis persan, où le public est séparé des DJs par un simple bureau retenant les platines. On est comme happé dans cette ambiance unique et son mélange des cultures, mot d’ordre du festival.

Alors que les deux Girondins commencent à ranger leur collection de 7 pouces, André Pahl prend place. Le résident du Camp Cosmic berlinois a exploité une large gamme musicale, avec un début de set dub planant, puis un enchaînement rare groove éclectique. C’est un public plus qu’enthousiaste qu’il laissera à Lovefingers. Le patron d’Esp Institute a étonnamment fait le choix d’un set orienté house assez agressif. Il signe un final dantesque pour cette première journée avec « Hold On » de Stephane Sévérac, moment de cohésion impressionnant, à l’esprit 80′s chaleureux.

 

L’Iboat, boîte de renom bordelaise, s’est occupé des sessions de nuit, où les festivaliers se sont mêlés aux clients du bateau. La programmation s’est adaptée à cette ambiance avec en premier lieu D.K.. Le producteur parisien prend ses aises et après une première partie de set résolument deep house, s’essaye à de la techno breakée et à des morceaux aux airs de jungle dépitchée, qui auront fait effet dans la cale du bateau. Alexis Le-Tan prend la relève, et effectue un set puissant, entre disco expérimental et techno.

Le deuxième jour des festivités commence sur le coup des 15h, où la warm up s’occupe de réveiller doucement les festivaliers. Les Vivres de l’Art se sont élargis pour rajouter au Salon un open air basé sous un kiosque, faisant face à une petite colline surélevant quelques spectateurs. Les food-trucks déjà présents la veille sont maintenant accompagnés de nouvelles activités, comme une petite friperie, une exposition, et surtout un étalage pour le disquaire inner disc, venu tout droit de Toulouse, qui a su occuper quelques collectionneurs ou simples curieux toute la nuit.

Sur le coup des 18h, Bloody L finit son set. Les Pilotwings débarquent, le festival se relance d’un coup et la piste de danse se remplit doucement. Pour cause l’unicité de leur live, jouant de rythmes cassés, de nappes de synthé et de paroles kitchs et entraînantes. Le public est échauffé et fin prêt pour le set de Jayda G. La Canadienne, enjouée, a effectué un set funk et house parfait pour cet open air de fin d’après-midi, plein de vocales langoureuses qu’elle semblait connaître par cœur. Malgré cela, c’est Le Salon qui a retenu toute notre attention et il a été difficile de lâcher Jamie Tiller, Orpheu The Wizard et Tako, les patrons de Music From Memory et de Red Light Radio, tant l’ambiance qu’ils ont créée était enivrante. Explorant un vaste champ musical, de la funk américaine classique à l’afrobeat, en passant même par la New Beat, la chaleur dans la pièce n’a pas arrêté une seconde les festivaliers tant la sélection était précise et bien menée. Un grand moment de groove qui aura duré le temps d’un extended set de six heures.

Tornado Wallace était chargé du closing du Kiosque, jusqu’à 23h. Aidé par sa technique incontestable, l’Australien a traversé l’histoire de la house, de morceaux psychédéliques improbables aux classiques de Chicago, se permettant même une phase ghetto à la Dance Mania. Une montée en puissance parfaite alors que le festival atteignait son apogée et que le public s’enflammait. Les Pilotwings, dans cette effervescence, ont rejoint Tornado pour une impro au mic, l’un des moments marquants du festival. À la fin de son set, le DJ par un bref discours nous engage tous à poursuivre les festivités dans Le Salon, plébiscite inutile à la vue du mouvement obtempéré vers la salle. Peu de temps après, le live de Dazion, prévu en début d’après-midi, commença. Hypnotique et percussive, la performance du jeune producteur était la parfaite transition à la soirée techno se profilant pour la deuxième off.

En effet le dernier soir a exploré de tout autres genres. Dopplereffekt, groupe historique, a surpris le public au travers d’un spectacle audio-visuel hypnotique : les deux membres masqués se faisant face, tout en noir aux postures robotiques, ont effectué un live électro par moments à la frontière de l’ambient, où il était difficile de lâcher les yeux de la scène. Jann prit la suite dans un DJ set techno sombre et breaké, frôlant par moment l’EBM. Superlate et O. Xander poursuivirent ce mouvement toute la nuit, explorant une électro au rythme cassé. Un set de haut vol parfaitement suivi par les clubbers, réussissant à repousser la fermeture de la boite d’une heure. Une fin de festival à la hauteur des moyens entrepris par le collectif.

 

Le Verger Festival est une grande réussite. Tplt a su mettre en avant des artistes que certains considéreraient de niche dans un cadre plus large, les présentant avant tout comme des DJs hors pair qui savent entraîner les foules. C’est loin de tout élitisme mais dans une approche culturelle et festive que le collectif a créé un beau moment estival, où les habitués comme les nouveaux venus (et probablement nouveaux adeptes) ont pu profiter d’une programmation recherchée et groovy. On ne peut qu’avidement attendre la prochaine édition du festival, et en attendant signer présent aux prochains événements du collectif bordelais.

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