Retour sur POLAAR #29, avec Scratcha DVA, Betty et Flore

On revient sur la dernière soirée POLAAR, qui franchit un nouveau cap avec trois sets parfaits, aux confins des genres.

polaar
Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 30 septembre 2016 | 11:38

Une syzygie est, en astronomie, une situation dans laquelle trois astres se trouvent alignés. Derrière ce terme relativement barbare, une impression tenace qui se fait sentir en sortant du Batofar, au terme de cette POLAAR du 29 septembre : celle d’avoir effectivement assisté à cette conjonction de DJs touchant, le temps d’une même soirée, au sommet de leur art. On y ajoutera le plaisir de pouvoir assister à Paris, un jeudi soir de surcroît, à des sets d’une si grande qualité dans des genres allant du grime au UK Funky, confirmant la place que se taillent progressivement ces courants sur la scène de la capitale. POLAAR compte précisément parmi les acteurs essentiels de cette affirmation, à Paris comme à Lyon : on se réjouissait donc par avance de retrouver l’atmosphère des soirées organisées par Flore au Batofar, d’autant que le line-up annoncé laissait augurer du meilleur. Au programme, Scratcha DVA, figure phare de chez Hyperdub, aux sets toujours destructeurs, et que l’on attendait tout particulièrement à l’approche de la sortie de son fabuleux nouvel album, mais aussi Betty, récemment autrice d’un mix fulgurant au Wanderlust, et Flore elle-même, soit deux des meilleures DJs de la scène française à l’heure actuelle.
 

 
Betty a déjà pris place derrière les platines depuis un quart d’heure à notre entrée dans la cale du bateau. Il ne faudra pas plus de quelques minutes pour comprendre que l’on assiste à un set frôlant véritablement la perfection. Plus encore que lors de son set au Wanderlust, qui nous avait déjà retournés, Betty se place aux confins des genres, enchaînant rythmiques fragmentées et breakbeats ravageurs, s’autorisant tous les virages sans jamais nous perdre, chaque nouveau titre apparaissant comme le parfait complément du précédent. Des percussions grime fracassées laissent la place à de sombres basslines subtilement réhaussées de breaks, des titres UK Funky se mêlent à l’ensemble, le tout s’enchaînant de manière fluide, chaque nouveau rythme semblant arriver à l’instant idéal et trouvant immédiatement sa voie vers le dancefloor. Ces transitions toujours salvatrices se succèdent à une vitesse impressionnante, avec une technique toujours irréprochable : dans ce torrent, on reconnaît ici et là, derrière les nombreux titres exclusifs dont dispose la DJ, des formes plus connues, du « Squark » de Roska à l’excellent remix du « De Siegalizer » d’Apple par Logos. Des titres de Lloyd SB ou Lil Silva auront également un effet particulier, de même qu’un improbable remix breakbeat fragmenté du « King of My Castle » de Warmdue Project. Difficile de trouver à redire sur ce nouveau set qui confirme une nouvelle fois l’incroyable qualité des sets de Betty au cours de ces derniers mois – au point de se demander ce qu’allait pouvoir faire Scratcha DVA pour tenir son rang par la suite.

 

 

A vrai dire, nous étions curieux d’entendre un set de DVA en club à l’heure actuelle : si l’Anglais a toujours été l’auteur de sets remarquables, ses productions depuis un peu plus d’un an laissent entrevoir une évolution rapide vers des titres toujours plus déconstruits – évolution qui se confirme sur son album à venir le mois prochain, dont nous aurons l’occasion de reparler –. Les cinq premières minutes du set, enchaînant coup sur coup les classiques « Buss It » de Perempay & Dee et « Work Them » de Ramadanman, laissent entrevoir un mix ravageur mais relativement classique. Il n’en sera rien : sans prévenir, Scratcha DVA envoie subitement le public dans l’espace, avec des titres plus proches de ses productions actuelles. Les rythmes se déstructurent, laissant des basses lunaires s’exprimer pleinement, suscitant l’impression de flotter dans une bulle sonore. Des vocaux grime viennent se greffer sur ces ensembles d’infrabasses et de percussions minimalistes, dans lesquels surnagent par exemple le « King of the Castle » de Lloyd SB ou les propres titres récents de DVA, de son « Take It All » au « DAFUQ » extrait de son nouvel album. Une incursion grime plus tard, faisant notamment la part belle à The Bug, Scratcha DVA atteint la moitié de son set, et en profite pour attaquer son usuelle section footwork. Là encore, l’Anglais fera le choix de la déconstruction, optant pour des titres minimalistes aux vocaux frénétiques, où la section percussive se trouve restreinte au minimum vital. Les fréquentes infiltrations jungle nous préparent à un final se tournant vers les années 1990 : c’est en enchaînant les classiques « Incredible » de M-Beat et surtout « Terrorist » de Renegade & Ray Keith que Scratcha DVA achève, avec les honneurs, un set jusqu’au boutiste et vraiment marquant.
 

 

C’est enfin au tour de Flore de clore la soirée. La fondatrice de POLAAR prend place derrière ses platines, et laisse entendre d’entrée de jeu le flow inimitable de D Double E, suffisant pour remobiliser les survivants du set précédent. Si l’on retrouve par la suite les habituels choix renversants de Flore, faisant toute leur place à des percussions implacables, du UK Funky à la batida, la DJ va, comme ses acolytes d’un soir, faire preuve d’un brio tout particulier. D’un bout à l’autre, Flore tient ainsi son set d’une main de maître, sachant mener son audience de titres plus cassés issus des hybrides club/grime de chez Nervous Horizon par exemple, à des atmosphères plus techno, autour de rythmes plus carrés, de kicks plus intenses, mais sans jamais oublier cette tendance générale à la folie percussive. Les breakbeats sont ainsi toujours prêts à revenir au premier plan, faisant systématiquement monter l’intensité, portant l’ensemble dans des eaux proches du projet RITUAL de Flore, dont on reconnaîtra d’ailleurs l’excellent « Random », extrait du Ritual Part 1. Un nouveau set frôlant la perfection donc, qui confirme une nouvelle fois la capacité de Flore à brasser un large panel d’univers très éloignés, et à les connecter pour les intégrer dans des sets toujours passionnants. Un mix impressionnant donc, qui nous rappelle, si besoin en est, la place essentielle de Flore et de POLAAR dans la scène française. De quoi parfaitement refermer une nouvelle soirée POLAAR à la hauteur de son line-up, portée par des sets brillants. Si l’on ajoute à ce constat l’impeccable liste des artistes récemment conviés par Flore à Lyon, de DJ Earl à Ital Tek, il nous reste donc simplement à préciser que l’on a vraiment hâte d’assister à la prochaine édition.
 

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