Retour sur Wet Hot Teki Latex Summer #2, avec Murlo, Crazy Cousinz, Betty et Teki Latex

Retour sur une soirée impeccable, ponctuée par les excellents sets de Betty, Crazy Cousinz, Teki Latex et Murlo.

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Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 21 août 2016 | 14:36

Il y a des soirées dont on sort avec la ferme impression que quelque chose est en train de se produire. Dans le cas de cette deuxième édition de la résidence estivale parisienne de Teki Latex au Wanderlust, cette impression était perceptible dès l’annonce du line-up, quelques jours plus tôt. Au-delà du plaisir de retrouver Murlo pour une nouvelle session, la présence de Crazy Cousinz au rang des conviés apparaissait déjà comme un événement en soi : véritable institution du UK Funky, le duo londonien apparaît comme un témoin de la récente progression des sons d’outre-Manche sur nos dancefloors. Même constat quant à l’organisation de la soirée, qui, en alternant artistes anglais et français et en laissant le peak time à l’hôte Teki Latex, témoigne de la place croissante de DJs français au sein de ces scènes.

De bon augure, donc : c’est avec l’espoir de voir cette impression initiale confirmée que l’on arrive au Wanderlust, cadre idéal de la soirée – le club parisien a le bon goût de disposer d’une terrasse sur la Seine, dans un quartier de bureaux laissant la place aux soirées en extérieur. Si l’on a malheureusement dû faire l’impasse sur les premiers artistes du jour – Detente et Ahadadream, à charge de revanche –, Betty nous console en offrant d’entrée de jeu un set exemplaire. Traçant avec brillance les ponts entre genres et scènes, la boss des soirées Bonus Stage lie batida et UK Funky, gqom, grime ou dancehall avec une aisance témoignant d’une compréhension des codes de ces musiques et une technique irréprochable. Le résultat est un déluge salutaire de breakbeats qui retournent un public déjà fourni et confirment la place de Betty parmi les meilleurs DJs de la scène actuelle. L’ensemble prend, en fin de set, une inflexion plus franchement UK Funky autour de classiques toujours bienvenus de Funkystepz, Apple ou Lil Silva : de quoi conclure avec classe un set impeccable et impressionnant, qui nous donne hâte de retrouver Betty pour une nouvelle session.

Difficile, en matière de UK Funky, de faire plus haute référence que Crazy Cousinz, duo relativement tombé dans l’oubli pendant quelques années avant d’être récemment remis au goût du jour par un sample de leur fabuleux Do You Mind du côté de chez Drake. On se demandait donc à quoi ressemblerait un set de Crazy Cousinz en 2016, plusieurs années après l’estompage du UK Funky dans le paysage britannique. Le duo est pour l’occasion représenté par Flukes, l’un de ses deux membres ; le ton est donné dès les premières minutes du set : à l’image du « Klambu » de Bassjackers & Apster, Crazy Cousinz fait la part belle aux classiques du genre, qu’ils soient produits par le duo lui-même ou par leurs acolytes Champion ou Altered Natives. Si « Mirror Dance » d’Afefe Iku, le remix de « Gabryelle » par D-Malice et surtout l’imparable « Night Skanker » de Lil Silva font toujours effet, l’Anglais n’hésite pas non plus à opter vers des titres plus connus qui reçoivent l’approbation d’un public réceptif, du « Pon De Floor » de Major Lazer au susmentionné morceau de Drake. Si le set donne l’impression d’une jouissive bulle temporelle nous portant vers l’époque de l’explosion créative du UK Funky, Flukes ne reste pour autant pas bloqué dans le temps, des incursions vers le « Skank » de Brackles montrant par exemple que le DJ prend toujours le pouls de la scène actuelle.

Au terme de ce retour en grâce, c’est l’organisateur Teki Latex qui prend les platines pour 1h30. Il est alors 2h30, et le ton se durcit immédiatement, avec des percussions plus acérées dans la lignée des fusions bass/techno actuelles. A l’instar de Betty, Teki Latex n’en reste cependant pas là, en se livrant à un joyeux exercice de mélange des genres, offrant une vision panoramique des musiques électroniques. Le patron de Sound Pellegrino ouvre et déplie des micro-univers, passant sans complexe de la house au grime, d’inflexions techno au UK Hardcore old skool, faisant se cotoyer en un mix Armand Van Helden, Blawan et Maahlox, dans un ensemble hédoniste parfois déconcertant, souvent réjouissant, toujours stimulant. L’énergie de Teki Latex est communicative, l’ambiance ne retombant jamais sur une terrasse bien remplie. En fin de set, le mix s’oriente vers un déferlement de classiques de la bass music, du « Sicko Cell » de Joy O au « Footcrab » de Addison Groove, en passant par le toujours fabuleux « Night Hunter » de Fis-T, probable morceau de la soirée qui résonne toujours dans nos tympans plusieurs heures après. Un montage improbable du « Naila » d’AJ Tracey et du « Wut » de Girl Unit ouvre la transition vers le dernier invité de la soirée, l’attendu Murlo.

Ce dernier entame la fin de la soirée sur les chapeaux de roue, enchaînant titres de son EP Odyssey et morceaux à la croisée des chemins, entre grime, UK Garage, UK Funky et autres. Comme souvent dans ses sets, les différentes composantes du son de Murlo semblent progressivement se connecter pour former un ensemble de plus en plus cohérent, qui entame son vol alors que le Londonien s’attarde sur quelques classiques UK Garage – au premier rang desquels le remix du « Neighbourhood » de Zed Bias par El-B –, avant de nous achever sur du grime pur jus, aux breaks tranchants. « Sonic » de DJ Q ou « It Ain’t Safe » de Skepta retournent un public se dégarnissant progressivement, de même que les nombreuses incursions du flow incisif de Riko Dan dans le mix. Un bref détour jungle plus loin, Murlo laisse finalement retomber le tempo, pour offrir aux derniers survivants l’une de ses sessions dancehall, nous portant lentement vers le fin de la soirée.

Au total, cette seconde édition de la résidence de Teki Latex apparaît donc comme une franche réussite où tous les éléments se conjuguent : public et lieu impeccables, et surtout sets d’une grande qualité et d’une ouverture remarquable, au carrefour d’innombrables sons et styles placés sous le signe du breakbeat. Si l’on excepte les inévitables pintes à 9€ (histoire de pinailler…), il est difficile de trouver à redire sur une soirée de premier ordre. Rendez-vous pris pour la prochaine et dernière édition de la résidence, donc !

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