revlux – revlux

Signé chez Cosmic Tones, revlux propose un premier EP intrigant, aussi ludique que captivant, entre breakbeats old school et faux jingles commerciaux.

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8.5

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 25 octobre 2017 | 13:56

Sur sa page Soundcloud, revlux se définit comme une entreprise multinationale, spécialisée dans le « lifestyle ». Depuis un an, Oren Ratowsky diffuse sous ce nom et sur cette page de brefs titres mêlant faux jingles commerciaux à l’esthétique 1990s et ébauches puisant dans le breakbeat hardcore ou la techno des mêmes années. Associés à des artworks rétrofuturistes évoquant les codes du monde de l’entreprise (« trickle down branding™ », « innovation is our DNA™ »), et à des titres du même acabit (« have your vision it’s time to determine who your target audience is », « At the time, 80 % of work force consisted of former Lepage Systems employees »), le projet revlux revendique donc cette dimension extra-musicale, avec un apport visuel et contextuel censé compléter l’expérience musicale.

Proche, par cette démarche, d’artistes ou collectifs tels que PC Music ou Oneohtrix Point Never, revlux dispose pour autant de son identité propre, qui fait de son premier EP éponyme, paru sur le label franco-canadien Cosmic Tones, un ensemble véritablement stimulant et enthousiasmant. « Total Recall », qui ouvre l’EP, en résume en quelques secondes la substance : des sons étincelants, qui se veulent attirants, des mélodies qui évoquent simultanément jingles commerciaux et extraits oubliés de old skool hardcore, sur des breakbeats aérés qui ouvrent un vaste espace sonore. Si la formule est en soi relativement simple, elle est ici parfaitement maîtrisée, et s’insère dans le programme tracé par l’artiste.

Surtout, revlux parvient, sans prétention, à donner à cette formule un aspect ludique en la déclinant sous diverses variantes. Sur « Fuck Air Canada », l’artiste établit ainsi un contraste entre le poids des rythmiques et l’atmosphère irréelle créée par des vocaux hallucinés, puis par l’une de ces inimitables mélodies uchroniques. Avec « Catloop7 », revlux se rapproche des logotones du collectif Ghost Box, avec ce qui s’apparente à une bande-son publicitaire déformée, dénaturée et sortie de tout contexte, privant cette musique fonctionnelle de ses objectifs. Revenant aux breakbeats, « Hos Gana » se place pourtant dans la continuité de cet interlude en s’affirmant comme une sorte d’objet parfait, chaque facette du titre semblant conçue pour s’imbriquer parfaitement dans les autres.

Titre après titre, revlux construit ainsi une correspondance entre les sons diffusés sous ce nom et les dimensions extra-musicales du projet, qui informent notre écoute en lui donnant un cadre spécifique. Plus court, « What Unprecedented » semble constituer un renvoi aux nombreux titres diffusés sur Soundcloud, plaçant l’EP dans le sillage de ces extraits, avant un « Catloop50 » final en forme de jingle de clôture. On l’aura compris, revlux réalise avec ce premier EP une œuvre intrigante, qui explore et pose des questions plutôt que d’affirmer des réponses. La présentation du projet agit ici comme un contexte dans lequel peut s’effectuer l’écoute du disque – même s’il est également possible de s’en départir –, donnant un sens à chacun de ses éléments. Un disque aussi réussi que captivant, que l’on espère rapidement suivi de nouveaux produits revlux.

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