Rødhåd – Spomeniks

Cet EP synthétise à merveille l’univers de Rødhåd, celui du béton en friche duquel émergent encore les silhouette des titans d’hier.

SSS - Rodhad - Spomeniks

8.0

10

Label

Genre

Par Alexandre Aelov
Publié le 24 juin 2013 | 19:33

Rødhåd a le vent en poupe. Il y a un peu plus d’un an, le DJ est devenu patron d’un label fort intéressant, Dystopian, sur lequel il a sorti ses deux premiers EP ainsi que le EC10 de Recondite. Dystopian, un nom évocateur, tout comme les titres des sorties (Blindness, 1984), et une musique qui fait sens.
Cependant, après quelques explorations techno granuleuses, offbeat ou constellées de bleeps, tout à fait dans l’air du temps et ne brillant pas par leur originalité, c’est avec surprise que l’on a appris la sortie d’une galette chez les belges de Token. Hyperactif ces derniers temps avec coup sur coup un EP de Xhin, un de Mark Broom et un de Phase qui s’annonce bouillant, le label de Kriz a flairé le bon filon.
Bon filon oui, mais surtout une qualité irréprochable.

Si les EP précédents étaient de bonne facture, on restait néanmoins sur sa faim, se disant qu’on avait d’avantage à faire à des DJ tools qu’à des pièces de techno plus vastes et cohérentes. Ici, tous les éléments épars qui séduisaient individuellement se retrouvent revus, repensés, dans trois fresques intelligemment pesées. Buzludzha ouvre sur une atmosphère en teintes de gris. Point de temps fort, tout est extrêmement progressif, à la limite du fade in/fade out dans le développement rythmique. Ce qui aurait pu être une banale boucle décorée d’un drone sans caractère se mue alors en quelque chose d’assez dérangeant, fantomatique, sans corps mais pas sans âme.
L’âme, c’est celle des murs en béton du centre de congrès de Buzludzha, monstre architectural datant de la Bulgarie soviétique, carcasse vide témoignant d’un autre temps, où l’architecture la plus massive devait exposer aux yeux du monde une vison dure et sans compromis de la nation et de l’Histoire.
Même atmosphère pour Energomash, faisant référence à la compagnie russe et à l’usine de roquettes quasi abandonnée du même nom. Si l’approche se veut monolithique et rugueuse sur le début, une certaine fascination apparaît dans un second temps. Fascination de passionnés d’« urbex » (exploration urbaine) qui affectionnent ces lieux chargés de la mémoire de nos sociétés post-industrielles, nostalgie tendre et amère face à ces démons hantés. En tout cas, un paysage sonore parfaitement dans le ton. Spomeniks, titre éponyme, clôt l’EP en laissant la place à ces fantômes. Faisant référence à l’inquiétant parc de monuments commémorant en ex-Yougoslavie les morts de la Seconde Guerre Mondiale, c’est une track mentale, hypnotique, épaisse.

Dystopique ? Parfaitement Monsieur. Cet EP synthétise à merveille l’univers de Rødhåd, celui du béton en friche duquel émergent encore les silhouette des titans d’hier. S’il n’a rien de révolutionnaire, il a au moins le mérite de justifier amplement une réputation qui monte à vitesse grand V, et de propulser son producteur dans la cour des grands. Une petite perle.

 


 


 

Tracklist:

A1- Buzludzha
A2- Energomash
B- Spomeniks

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