Roly Porter ‎– Life Cycle Of A Massive Star

Techniquement irréprochable et impressionnant, il manquerait juste à ce chef d’œuvre en devenir quelques minutes de plus pour laisser s’étendre la magie.

Seeksicksound - Roly Porter Life Cycle of a Massive Star

7.7

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 16 novembre 2013 | 14:32

Moitié de Vex’d, duo qui aura fait des émules dans les années 2000 avec son dubstep à couper au couteau et contondante comme un coup de marteau, Roly Porter s’aventurait pourtant en solitaire sur des versants noises et postclassiques il y a deux ans. En résultait ‘ »Aftertime », un apocalyptique et fantasmagorique album reprenant les paysages de Dune, le best-seller de Frank Herbert. L’univers sec d’Arrakis ou de Geidi Prime emplissaient alors nos conduits auditifs de leur sable desséché peuplé de monstres rampant à l’instinct carnivore. Une musique qui vous bouffe de l’intérieur.
Publié en octobre dernier sur son propre label Subtext, plateforme qui aura signé tout de même Emptyset et Paul Jebanasam (tous deux apparus dans nos colonnes ici et ici), « Life Cycle Of A Massive » Star, dans un style plus évanescent, s’aventure dans une hypotypose relatant le cycle de la vie d’une étoile (massive qui plus est).

 

A l’instar du commencement de toute chose, le début de cette œuvre est pour le moins énigmatique en s’entichant d’une boucle de synthé New Age plutôt inattendue et assez plombante finalement sur la majeure partie de « Cloud », morceau qui aurait dû initialement exprimer la légèreté hydrogénée des nuages de gaz précédant la formation d’une étoile. La production pâti donc de cet appesantissement alors que le thème est censé être nébuleux et éthéré.
A moins que cette construction « anti-pyramidale » s’effondrant au bout de la sixième minute ne symbolise l’agglutination chaotique des atomes gazeux qui dans ce tumulte parviennent finalement à se coordonner, on est en droit d’être légèrement perplexe quant à la suite.

Rassurante par sa qualité, « Gravity » fait paradoxalement tout pour nous apeurer car le silence de ces espaces infinis est rendu particulièrement effrayant. En effet, l’Homme, égaré dans ce recoin désolé de l’univers en pleine mutation, prend ainsi conscience de sa finitude devant l’immensité cosmique indéchiffrable traduite par l’âpreté cachectique des textures bruitistes tant affectionnées par l’anglais. On entend enfin apparaître les harmonies des instruments à cordes qui se frayent péniblement un chemin parmi les couches industrielles démiurgiques tandis que nos cœurs s’alourdissent devant cette symphonie hiératique.
En effet, dès cet instant « Life Cycle Of A Massive Star » assume son statut gargantuesque avec brio, comme le témoigne si bien « Birth », symbiose apothéotique du disque d’accrétion ayant fini d’attirer méticuleusement chaque particule de matière désordonnée se situant aux alentours. Les ébullitions auditives dosées d’une main de maître évoquent ainsi les éruptions solaires de cette naine jaune tout juste formée tandis que « Giant », en empilant les couches nerveuses et saturées dépeint brillamment la dégénérescence de cette naine en une géante rouge, ayant alors engloutie toutes les planètes en orbite.

Malgré tout, la durée de cet album (trente-six minutes) laisse comme un goût d’inachevé dans la bouche. Pour convaincre réellement il aurait fallu proposer au bas mot une demi-heure supplémentaire de fresques spatialo-soniques afin de consolider la sensation d’immersion indispensable dans un registre tel que celui-ci. Une saveur amère qui laisse l’auditeur un peu sur sa faim bien qu’il faille avouer que trip s’avère authentique et passionnant.

Techniquement irréprochable et impressionnant, « Life Cycle Of A Massive Star », malgré un concept de prime abord grandiloquent mais qui accapare l’attention, semble être fait de tâtonnements incessants de la part de Roly Porter qui cherche à allier bidouillages électroniques avec space-opéra symphonique.
Néanmoins, grâce aux talents de ce dernier, la recette fonctionne plutôt bien sur cette (trop) courte durée, proposant même quelques moments de beauté fulgurante et sidérante. Un album à écouter au moins une fois pour se faire une idée ou tout du moins pour s’émerveiller devant la création d’une étoile s’extirpant miraculeusement du vide absolu.

 

Tracklist:

01. Cloud
02. Gravity
03. Birth
04. Sequence
05. Giant

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