Rotor Plus – Dust

Le chaos tient sa vengeance.

cover (1)

8.4

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 26 mars 2013 | 20:25

Au commencement, tout n’était que poussières. Le règne du Chaos était sans frontière et perdurait sans crainte, l’immortalité lui était acquise et il le savait. A ceci près qu’un beau jour, un évènement totalement inattendu frappa le chaos. Sans crier gare, la Vie le poignarda, il dût alors se retirer et sombrer dans un état de stase à quelques encablures de la Mort, préparant minutieusement sa revanche sur la Vie.
Au commencement, tout n’était que poussières….

Nous ne connaissons absolument rien de Rotor +, pas même un nom, et peut-être est-ce mieux comme cela. Notre imagination peut ainsi vagabonder et élaborer les hypothèses les plus folles sur lui. Une intelligence supérieure ? Un message divin venant nous avertir d’une menace effroyable ? Tout ce dont nous avons à notre disposition, c’est une page bandcamp et trois albums pour contenu. Et cela peut nous suffire amplement, car ce ne sont pas des albums ordinaires. Trois CDs et trois versions digitales pour ces trois longs formats. Pas plus pas moins. Dust sera sans doute la dernière œuvre de ce troglodyte des temps modernes.
La trilogie débutait il y a de cela depuis treize ans, à l’aube du prometteur 3e millénaire avec Aileron, puis Map Key Window en 2004. On flirte avec de l’abstract hip hop de haute volée avec le premier mais l’on commence tout doucement à sombrer dans des musiques aux ambiances plus oppressives avec le second. Depuis, que de chemins parcouru, puisque neuf ans séparent Dust de Map Key Window. Pour cette troisième et ultime sortie sur le label néozélandais RTCNZ (sous-label de Kog Transmissions), le beat nous a définitivement abandonné, nous laissant impitoyablement seul avec l’être dont nous avons le plus peur : nous-même.

 

Chut. On entend un bruit.
Crépitement sans fin ni début, voilà le Chaos sous forme de poussière qui vient de faire sa terrible apparition. Sous le ciel d’un noir d’encre, nous sommes témoins d’un spectacle hallucinant. Un paysage de cauchemar, un paysage de mort, effrayant de désolation se dresse devant nous… Pas un arbre, pas une fleur, pas un brin d’herbe… Pas un oiseau, pas un nuage… Quelques cendres d’un gris profond volettent autour de cette vision d’horreur. Un léger vent souffle, semblable au râle d’un animal meurtri : celui du Chaos. Le temps se fige, tandis que les cendres elles restent en suspension comme si l’apesanteur avait disparue.
Où sommes-nous ? Pas sur Terre visiblement, ni dans l’espace puisqu’un sol d’un gris nacré cette fois-ci vient d’apparaître. Serions-nous sur la lune ? Comment est-ce possible ? Non définitivement pas, serait-ce la Terre alors ? Si oui, à quelle époque sommes-nous ? Tard sans doute, bien après la mort de l’humanité. Ne serait-ce pas la bordure d’un trottoir que nous voyons là-bas ? An Empty Street nous indique Rotor + sur la jacquette. Eurekâ, nous y sommes, dans cette rue désespérément déserte.
Un piano vient soudainement jaillir de nulle part et ses notes profondes résonnent tout autour de cet univers claustrophobique et étonnement aéré. Ah, un violon vient de le rejoindre dans sa solitude. Comme on les envie. Tous deux clament  leur douce mélancolie, trace fossile et persistante de la présence de l’Homme et de la Vie.  Des nappes noises surnaturelles remplacent ensuite ces instruments amoureux dans leur chagrin. Le piano émerge une seconde fois sur The Drape Of The Curtain, plus seul que jamais, comme s’il était très vieux et atteint d’une maladie causé par la solitude, ressemblant en cela trait pour trait aux claviers utilisés par The Caretaker, la répétition en moins. Nous ne le savons pas encore mais lui si, ce sera la dernière fois que l’on entendra ce piano esseulé, seul face à l’inéluctabilité de la Mort.

La poussière est encore là, s’infiltrant de toute part, se mélangeant avec les cendres pour tenter de nous piéger et de nous condamner. L’univers vacille, les faibles fields recordings et bruits blanc restant sont bringuebalants, une maigre guitare tente de résister mais c’est peine perdue, la septicémie est bien là, et se répand, ne nous laissant aucune chance d’échappatoire. Tout n’est plus que vapeurs et fumées sur A Boundary And An Edge, nous nous sommes totalement consumés, totalement transformés en particules infimes par ses drones intenses et glacés. Paradoxalement à l’intitulé du titre, aucune frontière n’est présente devant nous, un espace aussi vaste qu’inexploré nous tend la main pour nous amener plus loin, vers cet éternel recommencement. Car après tout, nous sommes tous issus de poussières d’étoiles non ?

 

Voilà une trilogie dont le dénouement ne saurait-être interprétée unanimement. En un sens, on peut le voir comme un dédale sans fins aux multiples chemins et à l’unique sortie qui n’en est pas une et qui vous ramène au point de départ. La boucle est enfin bouclée, Rotor + n’a plus raison d’être, sa dernière empreinte de poussière s’éloigne avec le vent.
Nul doute que cet album requiert beaucoup de patience et ne plaira pas aux oreilles les moins aguerries. Cependant, il vous faut vite vous décider si vous voulez vous procurer l’objet, disponible désormais en moins de dix exemplaires sur son bandcamp. D’autant plus que le packaging est aussi magnifique et sombre que la musique qu’il contient. Tenez le-vous pour dit, Rotor + ne restera peut-être pas gravé dans vos mémoire mais il agira aussi fallacieusement dans votre inconscient que le chaos qui tient là une certaine forme de vengeance. Captivant.

 

Tracklist :

01. Beginning: An Empty Street
02. Middle: The Drape of the Curtain
03. End: A Boundary And An Edge

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