Rudi Arapahoe – Double Bind

Brainfuck hallucinogène.

Rudi-Arapahoe-Double-Bind

7.7

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 3 juillet 2013 | 17:03

Fais-ceci je te punirais. Ne le fais pas, je te punirais quand même.
Le choix est bien là, mais l’issue reste identique comme l’indique Gregory Bateson, père du principe de double contrainte ou double bind pour les anglo-saxons (dans le domaine de la schizophrénie). Principe qui existe dans la vie de tous les jours, où les individus s’enferment dans une situation inextricable. Voilà donc le thème qu’a choisi Rudi Arapahoe pour son dernier EP, cinq ans après son premier et solide album intitulé Echoes From One To Another qui avait fait des émules (ou presque). Ce brillant ingénieur du son qui s’est occupé de la finalisation de bien des œuvres, porte ainsi Double Bind jusqu’au mastering, même si quelques invités se sont tout de même joints à la réalisation de ces morceaux, à l’instar d’un Danny Norbury, violoniste émérite.

S’il est difficile de concevoir un album techno qui tienne la route, la tâche reste elle aussi ardue pour créer un EP dans un registre néoclassique. Le caractère immersif d’une telle musique met en effet souvent un certain laps de temps à se mettre en place. Cependant, à la fin du premier morceau, In Praise Of Mirrors, l’auditeur est déjà envoûté par la harpe d’Eve Basilides. Il faut largement souligner l’importance des nappes bruitistes créées par le musicien qui happent, à l’instar d’un Bersarin Quartett, Brambles, ou encore d’un Field Rotation, l’auditeur dans une nouvelle dimension, où le noir absolu n’est que le décor de vos fantasmes les plus extravagants.
La musique, après avoir fait résonner nos tympans n’est plus, scientifiquement parlant,  qu’une question de neurones liés les uns aux autres et interagissant entre eux grâce à des signaux électriques. Et en effet tout est question de liaison dans ce Double Bind; et l’impression que grâce à ce court format Rudi Arapahoe s’amuse à faire et défaire ces liens tout en finesse en émane assez rapidement.
La voix alto sur le morceau éponyme ressemble fortement à celle d’un ange venu court-circuiter ce réseau si bien régulé en temps normal. Gregory’s Game ne fait qu’accentuer le sentiment de déperdition étouffé jusque-là dans les circonvolutions de notre esprit. Tout cela s’effectue dans cette brume très sombre, où les échos des quelques notes cristallines n’arrivent décidément pas à nous réconforter durant la douce extinction des flammes de notre volonté. The Book Of Knots avec ce balbutiement des pulsations électroniques où les coups sourds ressemblent étrangement au battement d’un cœur de provenance encore indéterminée trouble d’avantage ce climat pernicieux. Le piano atonal du morceau final est seul rescapé de ce voyage surréaliste mais le clot de manière assez conventionnelle pour ne pas dire banale, sans cette fameuse brume électrique tout autour de nous.

En moins de 20 minutes, Rudi Arapahoe réussit le pari de nous cloîtrer dans son univers légèrement torturé mais toujours avec cette pointe de raffinement que l’on ne retrouve pas forcément chez tous les compositeurs d’aujourd’hui. L’essai est transformé en espérant ne pas avoir à attendre à nouveau cinq années pour pouvoir s’égarer avec délectation dans ce brainfuck hallucinogène.

 


Tracklist :

01. In Praise of Mirrors
02. Double Bind
03. Gregory’s Game
04. The Book of Knots
05. Endgames

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