Saåad / Insiden – Split

Le nirvana.

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7.6

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 26 mai 2013 | 14:21

« Il n’existe rien de constant, si ce n’est le changement. » Bouddha

Préparez-vous, lentement, doucement, imperceptiblement à nous rejoindre aux enfers. Descendez tranquillement parmi ces abysses où toute lumière et tout espoir auront disparu. Mettez le casque (la chaine hifi) à fond, installez-vous confortablement. STOP. Blackout. Plus de bruit. Plus de respiration. Plus de pouls. Plus rien.

Le nirvana.

Coco-Rico. La France, un des plus beaux pays du monde (paraît-il), 5e économie mondiale en terme de PIB, avec une culture riche présente sur les 4 continents reste pourtant plus qu’en retrait lorsqu’il s’agit de musique, « mainstream » ou pas. Les compositeurs français ayant réussi une carrière internationale restent en effet peu nombreux, et surtout lorsqu’il s’agit de musique électronique. Et encore, ceux-ci s’installent le plus souvent à l’étranger pour pouvoir plus facilement rayonner, New-York, Chicago, Berlin étant des centres culturels très attractif, car avouons-le, la scène française était amorphe jusqu’il y a peu.
Saåad fait partie de cette nouvelle génération de producteurs français bien décidés à faire entendre leur voix. Si au début Saåad est le projet d’un seul homme, le toulousain Romain Barbot, ce dernier fait cependant appel par la suite à Greg Buffier pour former un duo aux sonorités opaques voire fantomatiques.
Long format sorti sur le label de Romain, Blwbck, Split est la réunion de Saåad avec un quatuor français, appelé Insiden, provenant de l’écurie In Paradisum. La première piste provient de Saåad, la seconde d’Insiden, et sont tous deux des improvisations dans un genre dark-ambient drone descendant directement de génies comme Lustmord, Atrium Carceri, Mika Vainio… L’édition de cassette de 100 exemplaires est partie comme des petits pains, il vous faudra vous « contenter » de l’édition digitale sur bandcamp (ou alors prier pour retrouver un exemplaire sur discogs)! C’est tout à l’honneur des 2 groupes, surtout que la qualité est au rendez-vous.

 

Si Orbs & Channels était résolument la face sombre de Saåad, The Charnel Ground, s’avère lui légèrement plus céleste. Quoi que… Quel titre étrange d’ailleurs, il fait explicitement référence à certaines pratiques tibétaines ancestrales en perdition car victimes de la modernité. En effet, The Charnel Ground et le nom de la terre sacrée qui accueille encore aujourd’hui dans les reliefs de l’Himalaya les corps de nombreux bouddhistes. Tout cela ressemble très fortement à nos coutumes occidentales me direz-vous. A ceci près que ces corps ne sont non pas enterrés mais laissés à la lumière du jour à la vue des vautours afin qu’ils se repaissent de cette ancienne enveloppe charnelle. Charmant n’est-ce pas ?
The Charnel Ground est le territoire où l’on célèbre l’impermanence de la vie, ce moment où l’on passe de vie à trépas puis inversement, car toujours la conscience dans la mort s’éveille et renaît encore une fois ; encore une infinité de fois. Rien de mieux que le drone nébuleux de Saåad pour rendre justice à ces coutumes séculaires. Les nappes sourdes s’amplifient au fur et à mesure que l’on pénètre dans ce brouillard d’un blanc laiteux, elles nous semblent immobiles, et nous sommes comme emmitouflés dans ce manteau de brume. Progressivement le venin se répand, l’étau se resserre, à tel point que ç’en devient presque irrespirable. Jusqu’au moment où l’on remarque que cette structure éthérée est en perpétuelle évolution et exhale l’odeur de la mort. En effet, une sorte de chant religieux est présent à l’arrière-plan de cette scène gigantesque, rassemblant les monts de l’Himalaya défiant les nuages. A mesure que le temps passe, des ombres apparaissent furtivement au-dessus de nos têtes. Les vautours sont là, prêts à dévorer ces cadavres purifiés.
La piste d’Insiden s’avère être tout aussi introspective que celle de Saåad. Le drone s’avance tout aussi lentement, des grincements (de portes ?) semblent provenir d’un vieux manoir sinistre et rongé aux mites. L’atmosphère devient encore plus lugubre lorsque des percussions résonnent à l’intérieur de cette demeure. Les coups sourds défoncent la bâtisse tandis que notre sang se glace à l’écoute de ce chaos. Chaos pour le moins organisé quand on y repense, c’est suffisamment libre pour laisser notre esprit dériver, mais suffisamment structuré pour apercevoir des schémas de répétitions, aussi fugaces soient-ils. Mais pas de répit pour l’auditeur car après ce carnage, le violoncelle a subi tant de transformations qu’il en devient presque méconnaissable et joue des notes stridentes afin de mettre une dernière fois nos nerf à vif.

 

Ainsi donc il n’existe rien de constant, si ce n’est le changement; ces deux improvisations en sont la preuve. Loin d’être figé ces textures rampent insidieusement dans nos oreilles et occasionnent des dommages assez irréversibles. L’écoute de ce disque n’est certes pas chose aisée mais lorsque l’on parvient enfin à comprendre le sens de ces murmures tempétueux provenant de lieux mystérieux où les lois de la physique semblent nous avoir abandonnées, vous pourrez enfin apprécier ces improvisations à leur juste valeur. Saåad et Insiden sont 2 formations supplémentaires à suivre de très près.

 


Tracklist:

-A1. Saåad – The Charnel Ground
MI – Atmayajna
MII – Body-Breakers
MIII – I See The Callus On Her Soul
-B1. Insiden – 21 XI 12 11H03-11H28 AM

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