Saltillo – Monocyte

Sans se transformer, le monde de Saltillo change de visage.

9 Saltillo-Monocyte cover copy 2

8.0

10

Par David Robert
Publié le 22 février 2012 | 22:31

Initialement publié en 2006 via Suspicious, l’excellent “Ganglion” a fait peau neuve l’année dernière sur Artoffact. La question n’avait pas été évoquée dans les lignes de la chronique de cette re-release, mais il est vrai que cet album n’était pas exactement dans les cordes habituelles du label Canadien qui avait habitué ses auditeurs à son plus calleux. Peut-être n’était ce qu’une ouverture de plus, ce label étant bien loin de se taper la tête contre les arrêtes d’une case stylistique lisse et infranchissable.
Mais le patron avait peut-être aussi en ses mains les prémices d’un album à venir plus dur, plus sombre. Peut-être savait-il que Menton3, alias de Saltillo et dessinateur hors pair, travaillait avec Kasra Ghanbari sur le premier volume d’un comic book en quatre temps nommé “Monocyte”, et peut-être se disait-il que sa ténébreuse ambiance de terre dévastée par la guerre inlassable de deux races immortelles viendrait entacher largement de sa noirceur le son de Saltillo.

Et à partir du premier morceau, on sent que l’homme va insuffler quelque chose de nouveau. Certes, les cordes frottées font toujours office d’instruments centraux, mais l’air est saturé d’une tension presque malsaine plus déconvenue. Des cris d’effroi se font entendre et de puissants drones déchirent sporadiquement l’atmosphère, tandis que des voix robotiques semblent annoncer le jugement dernier.
Cette tension ne restera pas latente bien longtemps. Dès “Proxy”, l’homme troque ses percussions habituelles marinées dans la drills n base contre un pied largement noisy. Quelques secondes suffiront pour armer, viser et tirer : Saltillo tend ses cordes et les déchaine comme celles de la plus destructrice des arbalètes, tandis que la batterie vient se fracasser dans les parois métalliques de l’indus, faisant ainsi jaillir une gerbe de cristaux électriques plus tranchants que des lames de rasoirs. La puissance noire qui s’en dégage est époustouflante, chaque reprise est une nouvelle claque.
Si elle est exprimée à son paroxysme sur ce morceau, cette énergie obscurcie tout l’album. Tous les éléments du premier sont pourtant encore présents, que ce soit dans l’instrumentation tournant autour des cordes (qu’elles soient de violon, cello ou vocales), la fusion de genres multiples, la forte tonalité trip-hop et sa fondation rythmique hip-hop ou encore la construction des morceaux. Des passerelles sont ainsi largement constructibles entre les deux albums. En ce sens ce long format reprend les choses là ou le précédent les avait laissé. Mais la plume de l’homme s’est assombrie dans l’encrier qui a servi à façonner le comic book, donnant à cette oeuvre auditive une profondeur nouvelle.

L’artiste ne s’est pas reconstruit un univers. “Monocyte” pose ses pieds sur des terres que “Ganglion” a déjà foulées. Seulement, entre ces deux opus, la planète a changé de visage. Car du sang et des larmes, ce monde en a pris pleins les dents. Les ténèbres sévissent aujourd’hui là ou la grisailles s’étendait avant. La guerre perdure, transformant peu à peu forets, champs et villes en cendres, poussières et ruines. Si tout cela n’est que le début, la vie sur cette terre qui commence à brûler sera rapidement compromise. Quoi qu’il en soit, Saltillo en sera le seul responsable.
Il en assumera ainsi seul les conséquences.

 


Tracklist:

01 – Abeo
02 – Proxy
03 – If Wishes Were Catholics
04 – The Right Of Action
05 – They All Do It The Same
06 – Gatekeepers
07 – I Hate You
08 – Forced Vision
09 – Hollow
10 – The Locus Priory
11 – Veil
12 – To Kill A King

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