Sam KDC – The Order & The Entity

Marquant le retour d’Auxiliary, Sam KDC nous prépare au chaos avec un EP cohérent s’appuyant sur la variante sombre de son univers sonore.

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8.0

10

Par Thibaud Marty
Publié le 18 novembre 2014 | 12:59

Après de longs mois d’absence, le label Auxiliary marque son retour avec un EP 4 titres d’une obscurité stupéfiante. Sur The Order & The Entity, Sam KDC nous présente une facette sombre de sa vaste palette sonore. Dépositaire d’une musique sophistiquée entre drum’n'bass expérimentale et electronica, le Californien ASC a construit autour de son label Auxiliary une identité sonore audacieuse, mettant à l’honneur une musique électronique immersive et subtile. C’est ce que nous rappelle ce nouvel EP du Britannique Sam KDC, l’un des producteurs phares du label.

 

Pour son précédent EP sur Auxiliary (l’excellent The Lunar Seas, paru en 2013), nous avions eu droit à un registre très aérien. Ici, c’est un nouvel opus beaucoup moins réconfortant que nous livre le producteur anglais. Arborant un talisman rouge sur fond noir, le macaron du disque semble revendiquer un penchant pour l’occulte, que les quatre morceaux vont confirmer avec éloquence. L’ouverture d’ »Immolate » annonce d’emblée la teneur cauchemardesque de cet EP. Ce premier morceau dévoile une atmosphère pesante, transpercée par une rythmique half-step au couple kick/snare nerveux et acéré. La basse impose sa lourde pulsation, tout comme le gong dissonant qui marque le premier temps de chaque mesure. Crissements lointains, bleeps et fragments synthétiques agrémentent un arrière-plan sonore d’une noirceur brumeuse ; et lorsqu’une voix orientale vient invoquer des énergies surnaturelles, ce sont des allures de rituel d’incantation que prend ce morceau.

L’intensité monte d’un cran sur « Navigation To Nowhere ». Véritable tourbillon hypnotique construit autour d’une répétition incessante de trois notes de synthé, l’arrangement du morceau s’étoffe progressivement jusqu’à atteindre une densité suffocante alors qu’une voix masculine éructe son désarroi. Qu’on le veuille ou non, ce morceau oppresse l’esprit avec une redondance corrosive et insoutenable, qui en font à mon sens le point d’orgue de ce disque.

La face B débute sur « Vessel », seul titre au BPM techno de l’EP. Une basse en 3/4 émerge d’outre-tombe et dicte le tempo d’une base rythmique sobre et implacable, soutenue ensuite par un kick à la frappe sèche et un cliquetis instable. En orbite de ce galop continu, évoluent de fantomatiques nappes aux variations délicates, qui nous aspirent dans les recoins obscurs d’une atmosphère désertique. On y croise la répétition cyclique d’un bleep isolé, ou encore des accords dub-techno en flottaison dans ce paysage de désolation, où se côtoient immensité spatiale et angoisse post-industrielle.

Dernière étape de ce voyage, « Purgatory » s’articule en deux phases distinctes. Une voix ténébreuse nous avertit du danger qui guette, alors qu’un court arpège radioactif et un kick binaire, posés sur une ambiance venteuse, constituent l’épine dorsale d’une première phase aérée et pleine de menace. C’est cette même voix qui nous annoncera ensuite la seconde phase impitoyable de ce morceau, véritable bombardement de météorites toxiques où le kick et sa distortion se chargent de désintégrer toute forme d’espoir. Bref mais intense, « Purgatory » est le chaos final auquel Sam KDC nous prépare tout au long de cet EP.

 

Avant de se conclure, le disque nous réserve une dernière piste, un épilogue uniquement constitué d’un court message vocal énigmatique, dicté par-dessus un souffle interstellaire. Éloge de la saturation et du cauchemar, The Order & The Entity est un disque sans concession qui pénètre l’esprit et interroge le subconscient à travers des évocations apocalyptiques. Alliant puissance et finesse avec un brio qui lui est propre, Sam KDC démontre une nouvelle fois son aptitude à créer pour chaque nouvel opus un univers distinct, fouillé et cohérent. Il ajoute avec The Order & The Entity une étoile de plus à sa constellation sonore toujours plus envoutante.

Tracklist :

A1 – Immolate
A2 – Navigation To Nowhere
B1 – Vessel
B2 – Purgatory

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    2 Comments

    1. Elia Tauran 20 novembre 2014 at 2:44

      ** longue vie à Auxiliary et à SAM KDC, à Thibaud aussi. Bravo.

    2. Georges White 9 décembre 2014 at 5:46

      Le raccourci est peut etre un peu rapide mais difficile de ne pas voir ce disque comme une photographie de ce qu'il se passe socialement et politiquement en Angleterre et un peu partout en Europe. Très bien aussi de chroniquer les sorties d'Auxiliary, c'est un label qu'il faut soutenir.

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