Seaworthy + Taylor Deupree – Wood, Winter, Hollow

Un album qui s’avère être un réel tour de force.

cover

7.9

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 10 juin 2013 | 20:23

Label manager, musicien, preneur de son, photographe mais aussi responsable de moult masterings : l’homme derrière le label 12k, Taylor Deupree, est un véritable esclave de l’art. Avec une discographie longue comme le bras, des collaborations en veux-tu en voilà, il n’a cependant jamais déçu son public grâce à des albums introspectifs à vous en faire hérisser les cheveux. Un tel talent force le respect, surtout lorsque l’on sait si bien s’entourer. La maison 12k, SA maison, s’agrandit de jours en jours tout en devenant une réelle famille pour ses membres, comme Seaworthy (Cameron Webb). Coup de tête ou idée mûrement réfléchie, ces deux membres décidèrent l’hiver dernier de se réunir durant trois jours afin de composer un long format dénommé Wood, Winter, Hollow.

Si l’exercice de composer en si peu de temps n’est pas aisé, rien dans cet album ne laisse à croire qu’il a été enregistré à la va-vite. Taylor Deupree a vraisemblablement effectué les prises sonores extérieures et intérieures et a délaissé pour un temps ces nappes de drones vaporeux. Il offre ici un déroutant travail effectué sur les textures qui a du lui demander un acharnement titanesque afin de pouvoir offrir ces paysages sonores. Seaworthy de son côté puise dans la résonance de sa six cordes et déroule des accords fragiles et remplit l’atmosphère d’une chaleur que l’on avait déjà retrouvé quelques semaines auparavant avec Cass. ou avec Melodia. Le résultat est ainsi tout bonnement excellent. On s’imagine assis là, quelque part près d’un feu, à contempler les flammes envoutantes, jusqu’à l’oubli. Dans cette sombre cavité, leur danse lascive nous apaise et nous réconforte.
Si la plupart des morceaux peuvent s’appréhender comme des balades nonchalantes mais non moins dénuées de poésie, les crépitements et autres fields recordings renvoient tout autant à l’hiver d’un blanc immaculé qu’à une sombre nuit d’été.
February 21 et son lendemain sont quasi uniquement constitués de ces matériaux composites, formant un bricolage sonique indescriptible. Les trois autres morceaux constituent quant à eux l’armature de cet album. Les cordes de la guitare prennent discrètement la forme de fils tout aussi fins et tranchants qu’une lame de rasoir. Ces fils vibrent, s’entrecroisent, la toile se tisse et piège l’auditeur dans ces déambulations sans fin. Un métallophone ou tout du moins un instrument s’en rapprochant lisse quelque peu ces lignes de soie acerbe. Mais il faut se rendre à l’évidence, se débattre est désormais chose inenvisageable car le moindre mouvement déchiquèterais nos membres comme si nous n’étions que constitués d’eau.

Sonorités boisés, sonorités hivernales, sonorité alvéolées… bref le minimalisme des deux compères suscite beaucoup de visions. Un album qui s’avère être un réel tour de force, un alliage entre des cordes frappées, un poil tarabiscotée voire distordues et les merveilleux fonds sonores évoquant une nature sereine et éternelle. Son écoute ne peut quant à elle prétendre à cette dernière qualité, mais qu’importe, ces sublimes instants de fraicheurs franchiront, soyez en certains, l’épreuve la plus impitoyable qui existe : le temps.

 

 

Tracklist :

01. Wood
02. February 21, 2013
03. Winter
04. February 22, 2013
05. Hollow

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    1 Comment

    1. […] « Orogenèse », « isostasie », « asthénosphère », voilà un jargon géologique pas forcément connu de tous mais utilisé ici dans la tracklist pour nommer ses fragments musicaux opaques. Pour faire simple, ils représente essentiellement les parties de la croûte terrestre, certaines de leurs propriétés et mouvements. Ces mots sont utilisés dans un but précis, celui de nous rappeler que, malgré notre immobilisme, nous évoluons toujours dans un milieu effervescent grouillant de fluctuations qui ne sont pas appréciables à notre échelle de temps. Avec cela en tête, Continental Drifts prend une dimension difficilement mesurable par son dépouillement sonore. Il est en effet car  sur très peu de samples. C’est du drone que le trio livre ici :  à partir de là il ne faut pas s’attendre à une myriade de couleurs et de textures utilisées. Ce travail est d’ailleurs moins dynamique dans la forme que celui d’un Tim Hecker ou d’un Ben Frost et se rapproche plutôt de celui de Hakobune ou de Taylor Deupree. […]

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