Sebastian Mullaert & Eitan Reiter – Reflections of Nothingness

Eitan Reiter et Sebastian Mullaert nous gratifient ici d’un autre disque qui nous fait oublier sur quel pied danser.

mmcd45_Cover

7.7

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 2 décembre 2014 | 12:06

Des miroirs innombrables se renvoyant des images sans fin ; un vertige prend forme. Peut-être est-ce du fait que rien ne semble entrer ou sortir de cette boucle infernale, car les parois qui laissent entrevoir un espace ne sont finalement qu’un subterfuge pour mieux nous enfermer dans leur miroitement. C’est néanmoins lorsque le vide vient à se refléter dans cette galerie des glaces qu’il efface alors l’horizon, et nous-même par cette occasion.

 

C’est une voie particulièrement nihiliste qu’ont emprunté Sebastian Mullaert & Eitan Reiter pour leur premier album, intitulé Reflections of Nothingness. Le premier est un Suédois bien connu puisqu’il est aussi la moitié du duo Minilogue, dont nous avions chroniqué le dernier album. Le second, Israélien, l’est un peu moins mais évolue à la croisée des genres entre psytrance, dub techno et downtempo. Sorti en octobre sur Mule Music, les fans de Minilogue devraient se réjouir de ce LP car il reste dans le même esprit que Blomma, où la techno mutante, lascive et hypnotique est si bien distillée.

Le relâchement de l’esprit, la dissolution de l’attention sont à pied d’œuvre ici. A travers des compositions très répétitives, faussement électronica et faussement techno, on perd pied sans vraiment s’en rendre compte. Les mélodies sont légères, les rythmes sont joueurs, la basse à peine nerveuse, bref, ce méli-mélo s’avère piégeur en restant accessible tout en alternant d’ambiances plusieurs fois par titre, provoquant ainsi la confusion puis l’abandon de soi.

Il est certes difficile de cerner le style de Reiter et Mullaert mais l’approche se veut sans ambiguïté. Plus précisément le style est le support de cette approche censée nous dérouter. Les titres parlent en cela d’eux-même. Prenons par exemple le 1er morceau, « Enter The Spiral ». La répétition des rythmes fait logiquement penser à un cycle se répétant, nous avons donc une boucle, un cercle ; mais au fur et à mesure que le track avance, les échos des rythmes s’accélèrent, le cercle se rétrécit, formant ainsi une spirale. Une fois que les rythmes s’effacent, les synthés prennent leur relais et gardent une même vitesse tout en se fondant et se détachant alternativement des nappes ambiantes mystérieuses. Et cela reste très logique puisque nous avons atteint le cœur de cette spirale, le tempo n’a plus à bouger. Rien n’est laissé au hasard et nous pourrions continuer cette analyse sur la totalité de l’œuvre.

Encore plus impressionnant : chaque titre lui-même entre en résonnance avec l’intitulé de l’album. « Dissolve », « No Escape », « Falling Apart Into One » … obéissent non seulement à leur propre logique mais aussi à cette ligne conductrice qu’est la réflexion du vide.

 

La cohérence de Reflections of Nothingness est donc tout sauf le fruit du hasard, si bien qu’une impression de sur-contrôle peut exister. Nonobstant cela, Eitan Reiter et Sebastian Mullaert nous gratifient ici d’un autre disque qui nous fait oublier sur quel pied danser. L’ombre de Minilogue n’est pas loin, mais cet album n’a absolument pas les mêmes ambitions. Pouvoir mettre en scène les échos du vide pendant plus d’une heure, cela impose le respect non?

Tracklist :

01. Enter The Spiral
02. Dissolve
03. Water Burns Air
04. Dance Of Roots
05. Ash Layla
06. No Escape
07. You Are The Proof Of Heaven
08. Falling Apart Into ONe
09. Faith

Vous aimerez surement

    Leave a comment

    Articles populaires

    Chargement des articles...
    Le chargement des articles a echoué, une nouvelle tentative va être effectuée automatiquement dans 5 secondes.

    Back to Top