Second Storey – Double Divide

Hommage au passé, forme présente et promesses futures, Second Storey tisse son propre monde sonore sur un Double Divide des plus satisfaisants.

Double Divide Packshot

8.0

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 21 octobre 2014 | 11:22

L’histoire d’Alec Storey est celle d’une perpétuelle réinvention, ou celle d’un producteur ne se situant jamais tout à fait là où on l’attendrait. Sous le pseudonyme d’Al Tourettes, le natif de Bristol a flirté avec les sommets : après trois ans d’EPs donnant aussi bien dans l’electro que dans la techno ou le breakbeat, notre artiste publiait au tournant de la décennie chez Apple Pips et Aus Music, hauts lieux de la musique électronique britannique, mais aussi chez Ostgut Ton pour un fameux remix de Planetary Assault Systems, le tout au moment où la scène dubstep se tournait massivement vers Berlin et sa rigueur techno. Difficile de faire meilleur timing ; pourtant, sa réputation n’a jamais vraiment connu les hauteurs méritées par sa musique, et Al Tourettes est retourné, passé ce bref moment d’effervescence, dans une obscurité plus large.

Les choses pourraient néanmoins changer : dans une forme de deuxième acte, l’Anglais introduisait l’an passait son nouvel alias, Second Storey, relocalisé sur l’un des labels du moment en ce qui est du mélange des genres, Houndstooth. Une nouvelle fois idéalement positionné, ce nouveau nom inaugure également une nouvelle formule : en tant que Second Storey, Alec clame son amour pour les pads synthétiques et autres vieux albums de chez Warp Records. Arpèges plastiques et textures modulaires étaient ainsi déjà au programme des deux précédents EPs, avec notamment un excellent Shaman Champagne dont on retrouvera ici le morceau-titre.

Avec Double Divide, Alec Storey porte pour la première fois son nouveau projet sur la longueur d’un album – confirmant le goût du label Houndstooth pour ce format –, afin de nous plonger plus en détail dans son monde psychédélique. Car si Double Divide porte la marque des disques classiques d’une certaine electronica du milieu des années 1990 – Amber d’Autechre en tête –, son contenu musical se trouve tout aussi informé par les derniers développements de la bass music et des courants liés. Sans jurer au milieu de l’ensemble, un titre tel que « Combustion Hallmark », axé autour d’un breakbeat solide et hypnotique, n’aurait ainsi certainement pas paru incongru s’il avait été publié chez Cold Recordings. Lui succédant immédiatement, le single « Shaman Champagne » porte les stigmates des expérimentations de la nébuleuse autour de laquelle gravitait lointainement le producteur au moment de ses premières expérimentations avec Appleblim, là où « Trope » se rapprocherait finalement des tous premiers EPs d’Al Tourettes.

Il serait possible de multiplier ainsi les exemples, tant on navigue ici d’un code stylistique à un autre. La démarche serait pourtant vaine : ce qui est en jeu, ici, est davantage la construction d’un univers sonore particulier que la référence au passé. D’une tonalité très particulière, les synthétiseurs donnent ainsi sa coloration à l’album, entre science fiction futuriste et échos nostalgiques. Les beats, dont la complexité laissent transpirer le goût d’Alec Storey pour le glitch bien pensé, tissent ainsi un cadre au sein duquel viennent se nicher ces constructions synthétiques pour mieux y suivre leur cours : les patterns mélodiques évoluent, virevoltent, flottent, se recomposent sans fin. L’album se propose de nous faire entrer dans leur vie, sur par exemple un « Devotion Notion » en chute de sons successifs ; à sa suite, « Protozoan Milkshake » donne à voir la précision et la définition des claviers employés par le producteur.

L’intrigue paraît finalement se dénouer sur le fabuleux « The Overview Effects (Parts 1 & 2) », justement placé en fin de parcours : au terme d’une construction progressive laissant monter l’intensité, renforcée par des beats insistants, le titre laisse ainsi éclater dans sa deuxième moitié ses pads dans toute leur splendeur, dénués de toute rythmique. Précipitant le temps, ce final semble connecter vingt ans de musiques électroniques, rapprochant les classiques auxquels il s’agit de rendre hommage du présent. Les nappes de claviers se succèdent, s’empilent, formant un édifice sonore étiré sur plus de neuf minutes. Au terme d’un ultime « Chordelia » ayant la lourde tâche de nous porter vers la conclusion, l’image s’impose ainsi d’un disque parvenant sans difficulté à tisser son propre monde sonore, construit autour d’une palette sonore singulière. Certes, cela commence à devenir une habitude quant aux sorties du label Houndstooth ; le résultat n’en est pas moins satisfaisant, surtout lorsqu’il permet de voir Alec Storey revenir à ses sommets. Et cette fois, les choses pourraient ne pas rester éphémères : l’artiste a déjà annoncé la parution prochaine du premier EP d’ALSO, nouveau projet en compagnie d’Appleblim, chez R&S.

Tracklist :

01. North Facing
02. Reserved
03. Combustion Hallmark
04. Shaman Champagne
05. One Sound
06. Devotion Notion
07. Protozoan Milkshake
08. Trope
09. The Overview Effects (Parts 1 & 2)
10. Chordelia

Vous aimerez surement

    Leave a comment

    Articles populaires

    Chargement des articles...
    Le chargement des articles a echoué, une nouvelle tentative va être effectuée automatiquement dans 5 secondes.

    Back to Top