Sicaa – The Source

Activiste discret mais indispensable de la scène française, Sicaa signe avec The Source une petite perle dont il serait dommage de se passer.

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9.0

10

Par Martin Drazel
Publié le 25 mars 2015 | 8:31

Sicaa est de ces activistes discrets sur qui il faut compter si l’on s’intéresse un minimum à la scène bass et d&b française. Tout d’abord connu sous DB, acteur fiévreux de UNCaudio, Nicolas Sicard s’est progressivement détaché de ses origines de junglist pour se tourner vers un son bien à lui, subtil mélange entre bass music made in L.A. et ambiances manga. Il livre pour Moose Records un LP composé sur deux ans particulièrement riche et immersif.

 

Dès l’ouverture, on reconnaît les paysages arpentés. « From Day One » sautille et rêve les oreilles ouvertes, tel un bambin découvrant le monde. Sous un format généralement court, Sicaa distille une connaissance impressionnante, axant sa musique autour d’harmonies équilibrées et transcendantes, sortes d’élixirs soniques. Cette dimension onirique se retrouve sur chaque morceau, l’artiste prenant soin de nous emmener vers une intensité mélodique qui lui est propre. L’aisance est partout, autant pour le compositeur que pour l’auditeur, provoquant une rare sensation d’intimité. C’est d’autant plus notable puisque Sicaa use de recettes rythmiques loin d’être évidentes, y intégrant des inspirations venues de son amour pour le jazz et consorts. La structure de morceaux comme « Years Like Days » ou encore « Until Tomorrow » témoignent d’un réel goût pour l’évolution, la liberté d’expression et l’émancipation. Ce n’est pas parce qu’une forme fonctionne qu’elle doit tourner en rond, Sicaa l’a bien compris et totalement intégré dans sa musique. Ainsi, ses arrangements évoluent, se métamorphosent, s’articulent et s’additionnent, ne laissant aucune construction s’immobiliser.

C’est peut-être là que réside l’immense nuance entre la musique dite commerciale et celle que l’on peut acquérir via donations : l’une prône la performance et la signature ; alors que l’autre ose le caractère, l’individualité et l’indépendance. Le juste mélange d’hallucinations et de cadences entraînantes qu’on peut trouver sur « Only You » ou « Time Shift » n’auraient peut-être pas attiré un patron de major, préférant se satisfaire des préceptes habituels. Merci donc à Moose records de risquer ce parti-pris couillu, pleinement salvateur pour la musique en général.

On n’oubliera pas pour autant qu’il s’agit d’une musique nocturne, et ainsi Nicolas nous propose sa vision quelque peu anormale de la danse, entre autres sur ce featuring insolite avec Napoleon Maddox pour « Bliss ». Autour d’un kick bondissant, le flow du rappeur de Cincinatti jongle avec des synthés fascinants, poussant au levé de hoodie, même sur la plage. Ce penchant west-coast de la musique de Sicaa, largement influencé par la scène de Los Angeles, confère à ses productions un aspect lourd et puissant qui permet tout autant aux mélodies de s’exprimer qu’aux rythmes de s’imposer, à l’instar de l’éponyme « The Source » ou de l’hypnotisant « @!#@ ! ». Ce n’est pas  simple exercice que de réussir à générer une telle combinaison, mais lorsqu’on s’aperçoit qu’elle est maniée avec brio, on ne peut que s’incliner devant le talent et l’humilité du bonhomme, qui partage volontiers son univers sur sa page.

Le voyage prend fin sur des notes plus douces et relaxantes, les morceaux finaux voguant sur des courants plus fluides et apaisés. On retrouve l’amour de l’artiste pour les sonorités nippones sur « Blue Dreams », qui se joue avec malice des codes de la musique traditionnelle pour les transformer en de longs échos obsédants, agencés au-dessus d’une sombre ambiance électrisante. Ce morceau déploie à nouveau cet art de l’assemblage incongru, tout en gardant l’intelligence de ne pas dévier dans la cacophonie. Puis « Hvar Odissey » conclut l’album sur une note plus joyeuse. L’immense espace confiné développé par cette petite épopée qu’est The Source finit par s’ouvrir intégralement, touchant du doigt une absolution harmonique presque émouvante.

The Source est une petite perle dont il serait bien dommage de se passer. Pour un LP accessible quasi gratuitement, il serait presque insultant de le télécharger pour rien, tant le travail et les risques pris par Moose records comme par Sicaa mériteraient l’abattage d’un grand album. Car c’est un grand album, sans l’ombre d’un doute.

Tracklist :

01. From Day One
02. Years Like Day
03. Only You
04. Time Shift
05. Bliss feat. Napoleon Maddox
06. The Source
07. Until Tomorrow
08. @!#@!
09. Blue Dreams
10. Hvar Odyssey

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