Sigha – Living With Ghosts

Sigha réussit le pari osé d’assembler en un album son savoir faire sans rien changer à l’approche développée dans ses EP, sans pour autant tomber dans l’autocompilation ratée et tardive.

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7.9

10

Par Alexandre Aelov
Publié le 24 janvier 2013 | 11:40

La jeune génération techno européenne est prometteuse, mais ça vous le savez déjà certainement, et il y a ici suffisamment d’exemples qui le prouvent. Sigha, londonien d’origine que nous avions eu l’honneur de faire venir à Bordeaux en septembre dernier, est à l’image de cette nouvelle génération : sans concession, garant d’un héritage sûr, et pourtant enclin à tracer de nouvelles routes, de nouvelles explorations, fournissant au genre des possibilités d’évolution passionnantes. Sigha, c’est depuis plusieurs années un grand nombre d’EP, un label, Our Circula Sound, et une proximité avec des grands noms comme son compatriote Shifted, ou bien Scuba (SCB) sur le label duquel il signe ce premier album : Living With Ghosts.

Le format album n’est clairement pas l’espace de jeu favori de la majorité des artistes techno. Le risque y est grand de n’aboutir qu’à une succession de redites ou bien à un alignement d’expérimentations hasardeuses et sans cohésion. Ce risque, Sigha le prend, et il relève le défi haut la main. On avait pu voir dans ses EP toute la richesse de sa production, et on retrouve ici ce qui fait son monde : violence, atmosphères, subtilité, monolithisme, détail.
Tout laisse à penser que dans ce paradoxe, le concept global tourne autour de la question de l’intime, du souvenir. Passé le drone noisy de Mirror, la tension monte crescendo sur Ascension, Puritan et Scene Couple, selon une même progression : sur une ligne stable de type 4/4, des strates de boucles de plus en plus acides jouent de variations subtiles, s’entremêlant de noise divers, dans une danse hallucinogène et enivrante.
Translate marque un tournant plus haché, peuplé de bleeps plus piquants, rappelant les maîtres du genre comme Xhin. A partir de là, le paradoxe s’étire sur un champ plus large, entre les déconstructions jumelles de Dressing for Pleasure (Ideal) et (Extract), et les moments d’apesanteur absolue de Suspension et Delicate. Sigha avait déjà prouvé dans l’EP Abstractions I-IV sorti un peu plus tôt ce talent de l’ambient ; force est de constater qu’on est loin d’être sur notre faim ici. Et si She Kills in Ecstasy présente une version plus douce de ses capacités de déconstructeur, c’est bien sur un saut dans le vide que se conclut l’album avec l’hallucinant Aokigahara.

Sigha réussit le pari osé d’assembler en un album son savoir faire sans rien changer à l’approche développée dans ses EP, sans pour autant tomber dans l’autocompilation ratée et tardive. Même si le concept paraît flou parfois, on entrevoit ce que vivre avec des fantômes veut dire en écoutant attentivement les détails infimes. Bruits, filtres jouant avec les lames de rasoir d’une palette réduite de boucles qui reviennent d’un morceau à l’autre, le matériau a beau n’être pas immense, Sigha invoque tout ce qui peuple et hante son paysage sonore dans un entrelacement parfait. Douze tableaux d’une même absence, douze souvenirs, douze manières de tutoyer la persistance de la mémoire et de faire de ses démons une danse dans le brouillard. Irréprochable.
 

 

Tracklist :

1) Mirror
2) Ascension
3) Puritan
4) Scene Couple
5) Translate
6) Suspension
7) Dressing for Pleasure (Ideal)
8) Faith and Labour
9) Delicate
10) Dressing for Pleasure (Extract)
11) She Kills in Ecstasy
12) Aokigahara

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    1 Comment

    1. Robin 28 janvier 2013 at 4:18

      Super album…

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