SSS Interview : Âme [FR/EN]

« Notre musique est faite de ce que nous vivons. »

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Par Alexandre Aelov
Publié le 27 mars 2013 | 20:59

Kristian Beyer, la tête mixante du duo Âme, était présent le 15 février dernier à l’iBoat pour un set mémorable. Avant de retourner le bateau, il nous a accordé une très cordiale interview.

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1) Tu as travaillé comme disquaire à Karlsruhe, en quoi cela a-t-il influencé ton travail ?

Je possédais effectivement une boutique, et c’est là que j’ai rencontré Frank, mon partenaire dans Âme, donc je peux dire que ça a vraiment influencé mon travail oui ! Il était client, on a bien sympathisé et rapidement nous avons commencé à travailler ensemble.

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2) Votre discographie peut sembler un peu étonnante, car contrairement à beaucoup de producteurs, vous avez sorti un album très tôt et seulement ensuite de nombreux EP. Pourquoi avoir fonctionné ainsi ?

Ça n’était pas vraiment un album, en fait c’était d’avantage une compilation des morceaux que nous avions faits auparavant, et pour ainsi dire je ne pense pas qu’on ait jamais fait un seul « vrai » album tous les deux. On est encore à la recherche d’une idée construite, du « concept » quoi. Bien sûr, on a sorti un album live et cette compilation, mais personnellement, j’ai besoin d’une idée bien précise de comment cela devrait sonner, de la manière de composer, de tout ça pour me sentir parfaitement prêt. Ça fait maintenant dix ans qu’on travaille ensemble et on est toujours à la recherche du déclic, peut-être qu’on y arrivera à l’avenir, je l’espère en tout cas!

Peut-être… bientôt ?

Je ne sais vraiment pas… mais ce qui compte c’est qu’on continue d’avancer, sur les EP, les remixes, il y a toujours quelque chose à faire, mais pour entreprendre un album je pense qu’il est nécessaire de se poser pour échafauder tout ça calmement, faire une chose à la fois. On verra bien, mais ça nous convient pour l’instant, on ne ressent pas un besoin urgent de faire un album, on laisse faire les choses. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne fera jamais un album juste pour faire un album.

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3) Votre album live est sorti il y a un an, pourquoi avoir choisi de faire un album live huit ans après votre première production ?

Le fait est que, il y a deux ans, Frank a décidé d’arrêter de mixer, il ne voulait plus être DJ et se concentrer bien plus sur le live. C’est comme ça que nous avons séparé les rôles : Frank a commencé à travailler sur le live et pour ma part j’ai continué à mixer. Ensuite nous avons travaillé ensemble sur le live, et finalement le split entre lui et moi était bénéfique. On était très surpris d’entendre à quel point les tracks sonnaient toujours bien, même une fois reconstruites en live.

Comment perçois-tu la rupture entre l’approche live et tes DJ sets ?

Frank aime vraiment la densité de l’approche live, toute cette énergie qui se crée en temps réel. Mais pour ma part je préfère jouer de longues heures en clubs, je n’aimerais pas jouer chaque week end ma propre musique, parce que je me sens vraiment profondément DJ, j’aime collecter de nouveaux morceaux chaque jour, et chercher constamment des tracks de qualité à jouer. C’est un bon équilibre, il aime cette approche live et je me sens à 100% DJ, je dois avouer qu’après deux ans à ce rythme, les choses marchent parfaitement !

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4) Comment fonctionnez vous alors en live, techniquement et conceptuellement parlant ?

Il faudrait demander à Frank, c’est son domaine, mais pour résumer on fonctionne avec Ableton live sur contrôleurs. On a la chance d’être proches de Henrik Schwarz, que je considère personnellement comme un des meilleurs musiciens électroniques actuels, notamment dans sa maîtrise d’Ableton, donc on peut dire que Frank a eu un bon maître. Parfois les gens se disent que le type sur scène appuie simplement sur play et hop le tour est joué, mais Frank fonctionne vraiment dans l’improvisation, d’une manière très créative avec les clips, tout peut évoluer de plein de manières différentes. C’est très difficile de faire ressentir cette énergie en live parce que les gens ne voient pas d’instruments, tout est très abstrait. J’ai vu Frank évoluer radicalement depuis que nous avons commencé à jouer live, et il en est aujourd’hui au point où il peut jouer très spontanément, de manière très libre comme Henrik, et c’est ainsi que j’aime le live.

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5) Vous pensez développer une approche visuelle ou multimédia pour vos live futurs ?

Absolument ! Vous savez, il y a deux ans, on l’a fait sur le film Le Cabinet du Dr Caligari de 1920 (ndr : film de Robert Wiene), c’était au Time Warp Festival de Mannheim. C’était une très bonne expérience et on a remis ça au Roundhouse à Londres. Pour l’occasion on a travaillé avec des types qui ont réalisé une version très abstraite du film, qui collait parfaitement à notre musique. C’est intéressant, parce que nous avons beaucoup d’idées mais trop peu de temps, mais à l’avenir on prendra le temps d’aller plus loin dans ce sens, clairement ! J’aime énormément ces approches mélangeant image et musique, mais ça demande un temps fou. Je pense que notre musique peut très bien s’adapter à ce genre d’approche.

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6) Tu as étudié l’architecture, et il y a tout un tas d’exemples d’artistes qui construisent leur musique autour de réflexions scientifiques (comme Iannis Xenakis en architecture par exemple, ou autour de réflexions plus globales comme nous le confiait Max Cooper récemment). Comment cette formation a influencé ta manière de construire et de ressentir la musique ?

Effectivement, j’ai fais des études de Génie Civil… que je n’ai pas finies ! Oui, Xenakis a travaillé avec Le Corbusier et c’était une collaboration remarquabe. Un bon ami à moi qui est architecte dit toujours que l’arrangement en musique est comme l’architecture, et je suis absolument d’accord avec ça. Quand il s’agit de composer ou même de mixer, je ressens et pense les choses de cette manière.

Tu les penses plus que tu ne les ressens ?

Non, justement, c’est là le point intéressant. Si ça n’est qu’une abstraction mentale, si tu perds la sensation, ça sera une construction parfaite mais sans vie. Il faut toujours un équilibre, même si tu te représentes la chose comme une sorte de construction architecturale.

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7) Au fil de votre parcours, vous avez développé de nombreux genres dans votre production, de la minimale la plus sèche à des tracks house plus soul. Vous vous sentez appartenir à une scène en particulier ?

Je ne me sens pas faire partie de quoi que ce soit. Bien sûr, on est entourés de nombreux musiciens, on a créé quelque chose qui peut être associé à ceci ou cela, mais au final la musique qu’on a créée est d’avantage faite de ce qui nous a fait en tant que personnes. C’est tout autour de nous. On ne veut pas se répéter, notre musique est faite de ce que nous vivons.

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8) Innervisions est à présent un label renommé, comment voyez vous votre label après toutes ces années ? Tu peux nous en dire plus sur les projets en cours ?

On a créé Innervisions avec Dixon parce qu’à l’époque, au sein de Sonar Kollektiv, on se sentait comme une famille au sein même du label, et nous ne nous sentions plus de continuer avec eux, même si on est très reconnaissant de ce qu’ils nous ont apporté. Il y a quatre ans on s’est installés à Berlin, et maintenant les choses se passent bien au sein d’Innervisions. On a de bons bureaux, un studio qu’on partage avec Dixon, c’est une combinaison qu’on veut voir grandir dans les années qui viennent. Nous n’avons pas de projets spéciaux, mais même si un jour on va s’arrêter de faire de la musique, on fera de toute façon quelque chose ensemble, et même, pourquoi pas, un restaurant tiens ! On a décidé d’avancer au jour le jour sans faire de plans sur la comète, on aime en discuter énormément et planifier les choses d’une semaine sur l’autre, on pense que c’est la meilleure façon d’avancer.

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9) Un dernier mot ? Peut-être une track que tu aimerais nous conseiller ?

Hm… il y a ce très bon artiste berlinois, il sort un EP sur le label d’un bon ami à moi. Ca s’appelle Recondite, sur le label Dystopian (ndr : le titre est Recondite – EC 10 EP), c’est un type du Panorama Bar. Le mot de la fin ? Disons… « enjoy your life » !

Merci beaucoup Kristian !

1) You used to work in a record store in Karlsruhe, how did it influenced your early work ?

I used to run a record store, yes, and that’s where I met Frank, my partner, so I can say it really influenced my work ! He was a customer then we quickly started to work together.

2) Your discography may seem quite unusual, because contrary to many electronic producers, you released an album very fast and then released a huge numbers of Eps. Why did you proceed like this ?

It wasn’t a real album, it consisted more in a collection of the tracks we did before, and actually I would say we never did a « real » album together. We are still looking for the right idea to do it, you know. Of course we released a live album and this collection, but speaking for myself, I need to have a precise picture of what it will sound like, how it will be, to feel totally ready for it. It has been ten years since we began to work together and we are still looking for it, maybe in the future we’ll find, I hope so !

Maybe…soon ?

I really don’t know, but the important thing is that we keep on working, on Eps, remixes, we always have things to do, but for an album I think that you have so settle a bit to think properly, to develop one thing at the time, quietly. We’ll see, but we are okay with it, we don’t feel any pressure about releasing an album, we let things be. We’ll never make an album just to make an album.

 

3) Your live album was released a year ago, why did you choose to make a live album eight years after your first release ?

The reason was the fact that two years ago there was a cut, Frank decided to stop djing, because he didn’t want to do this anymore and focus more on live stuff. That’s how we made the split, Frank began to work on the live show, and I kept on playing as a DJ. Then we worked together on all the live stuff, and the split between us playing live and my personal DJ acts was good actually. We were very surprised to hear how good all the tracks still sound, even if it was live.

How do you personnaly perceive the difference between the live approach and your DJ sets ? Frank really likes the density of the live approach, all the energy created. But I personnaly prefer to play for hours in clubs, I wouldn’t like to play every week-end my own stuff, because I really feel like a DJ, gathering new tracks all the time, looking for fine stuff to play. This is a good balance, he is really into it, and I’m really into DJ, and we have done this for two years now and this really works!

 

4) How do you proceed live, technically and conceptually speaking ?

You have to ask Frank, it’s his stuff, but basically he’s doing an Ableton Live act, with controllers. We have the chance to be close in our musical familly to Henrik Schwarz, which I personally consider as one of the best live electronic musician today, especially with Ableton Live, so Frank learned from the best. Sometimes people think, you know, that the guy on stage just presses a button and then it starts, but Frank acts in a real improvisation, in a very creative way with the clips, it can really evolve in a lot of ways. It’s really hard to make feel to the audience the energy when we play live because people don’t see the instrument, it’s quite abstract. I’ve seen Frank evolving a lot since he began doing live, and now he is at the point he can play spontaneously, free stuff like Henrik, and that’s the way I like live.

 

5) Do you want to develop a visual or multimedia approach for your live shows in the near future ?

Definitely ! You know, it was two years ago, we did it with the movie from 1920 called The Cabinet of Dr. Caligari, for the Time Warp Festival in Mannheim. It was really good and we did it again at the Roundhouse in London where we worked with guys who created a very abstract version of the movie fitting with our music. It’s interesting, because we have a lot of ideas, but not that much time, and in the future we will work on this, definitely ! I like very much those ways to mix visual with music, but it requires time. I think that our music can fit perfectly with a visual show.

 

6) You have studied architecture in the past, and there is a lot of examples of artists building their musical concept from scientific reflexions (Iannis Xenakis is the perfect example for architecture, and we recently interviewed Max Cooper who builds the concepts of his Eps around science reflexions). How does it influence the way you build and feel music ?

Yes, I studied it in civil engineering… but didn’t finish! Indeed, Xenakis worked with Le Corbusier and it is a very impressive colaboration. A very good friend of mine who is architect always says that arangement in music is like architecture, and I totally agree. When it comes to composing and also mixing, I feel it and I think it like this.

Do you think it more than you feel it ?

No, that’s the thing, actually if it is only an intelectual abstraction, if you loose the feeling, it will be a good looking building but with no life at all. You always need a balance, even if you figure it as a kind of architecture.

 

7) Throughout your career, you have developped numerous genres in your production, from the dryest minimal techno to soulfull vocal house tracks. Do you feel part of a scene, do you feel like fitting in something in particular ?

I don’t personnaly feel part of something. But yes, of course we are surrounded by our close friends, we did something that can be associated with this and that, but in the end the music we create is made of everything that made us as people, it’s everything around us. We don’t want to repeat ourselves, our music is made of what we live.

 

8) Innervisions is now a renowned label, how do you see this today after all these years ? Can you tell us more about the projects with it ?

With Dixon we created Innervisions because back in the days, among Sonar Kollektiv, we felt like a familly inside of the label, and we didn’t have to do much with them, but we are thankfull for what they did for us. Four years ago we moved in Berlin, and now things are working fine with Dixon in Innervisions. We have a good office, a studio we share together, it’s a combination we want to see growing up for the future years. We have no special plans, but even if one day we stop making music, we will definitely do something together, like, why not a restaurant or whatever ! We decided to think day by day and not to make big plans, we like to discuss a lot and to plan things every week, we think it’s the best way to keep up.

 

9) Any last word ? Maybe a fine track you’d want to share ?

Hm… there is this really good artist from Berlin, he is releasing a new EP on the label of a good friend of mine. His name is Recondite, and it is out on Dystopian (ndr : the title is Recondite – EC10 EP), he’s from the Panorama Bar. Any last word ? Well… Enjoy your life !

Thank you very much Kristian !  

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