SSS Interview de Downliners Sekt [FR/ENG]

Duo auteur de l’un des albums de l’année, Downliners Sekt répond à nos questions sur le projet et son évolution.

interview de Downliners Sekt
Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 8 juillet 2014 | 9:06

Surgissant là où ne les attendait plus, le duo barcelonais Downliners Sekt a publié il y a deux mois sur InFiné l’un de nos albums favoris de ce premier semestre 2014, avec un Silent Ascent de grande qualité, mêlant temps et émotions dans un fourmillement de détails. Actuellement en tournée (vous en trouverez les dates sous l’interview de Downliners Sekt), les deux membres du groupe ont accepté de répondre à nos questions quant au projet, à l’album et leur évolution.

 

1) Même si vous aviez déjà sorti quelques albums il y a plusieurs années, vous affirmez que Silent Ascent vous donne l’impression d’être le premier. Qu’est-ce qui vous donne cette sensation dans l’album ?

La sortie d’un nouvel album signifie pour nous l’aboutissement d’une période, la fin d’une séquence de vie et le début d’une autre.
Notre mode de fonctionnement repose beaucoup sur l’expérimentation, l’improvisation, suivies d’une phase de production saturée d’émotions. C’est très aléatoire comme méthode, mais si tous les paramètres sont réunis, on peut s’approcher d’une sensation de renaissance artistique à chaque nouvel album.

 

2) Vous avez signé sur le label français InFiné l’an dernier. Est-ce que cela a eu un impact sur votre musique ou sur l’album ? La décision de publier un nouvel album était-elle déjà prise avant de signer, ou bien avez-vous été encouragés par le label ?

Nous n’aurions pas composé ni même sorti Silent Ascent sous ce format et dans ces délais sans avoir préalablement signé un deal avec InFiné.

 

3) Votre musique a commencé à faire parler d’elle autour de 2010, avec la parution d’EPs tels qu’Hello Lonely, Hold The Nation, avec un son très particulier, même dans une scène qui étendait largement ses horizons à cette période. Quatre ans plus tard, les morceaux de Silent Ascent me semblent contenir des échos de la musique de l’époque, comme si l’album montrait ce que cette musique aurait pu devenir quelques années plus tard. Est-ce que vous pensez que cette musique – ou n’importe quelle autre – a pu s’infiltrer dans vos propres travaux, ou est-ce de l’ordre de la coïncidence ?

Il n’y a pas de coïncidence dans notre musique et les scènes n’existent plus depuis l’apparition d’Internet. C’est plus une histoire de culture et d’ouverture d’esprit. Dans le fond, nous nous considérons comme un groupe de noise rock projeté dans un dance floor complètement abstrait. Avec le recul, depuis le début, nous voulions créer un lien entre deux tendances qui s’opposent, entre « dance » et musique expérimentale.

 

“Il nous a fallu plus de 10 ans de travail acharné pour avoir un minimum de reconnaissance, c’est cher payé et très frustrant, surtout quand tu sais pertinemment que les tracks que tu produis sont du même niveau que n’importe quelle autre production « from UK »”

 

4) Même si elle peut évoquer des choses de cette époque, votre musique conserve une forme unique, comme si elle respirait selon ses propres envies : vos morceaux ne suivent pas les structures habituelles, peuvent durer une minute comme huit, comme si chaque piste existait dans son propre univers. Est-ce qu’il est important pour vous de conserver cette liberté dans votre musique ? Comment se déroule généralement votre processus de composition ?

Nous recherchons toujours une dynamique à travers les différentes parties qui se succèdent, entre des rythmiques lourdes et précises qui se compliquent et disparaissent pour se fondre avec des séquences ambiantes et plus abstraites. L’équilibre n’est jamais vraiment parfait et le centre de gravité change souvent, il se trouve par moments sur le kick ou sur une percussion, parfois c’est la basse qui prends le relais et qui propulse le track en avant. Rien n’est vraiment figée et chaque son utilisé joue un rôle important et précis dans notre façon de composer.

 

5) En ce sens, votre musique est vraiment adaptée au format album, en lui donnant un espace adéquat. Vous avez publié quelques autres longs formats par le passé : est-ce que vous vous y sentez plus à l’aise ? Préférez-vous pouvoir développer vos idées sur tout un album, plutôt que de devoir les synthétiser sur une ou deux pistes ?

C’est une question d’ajustement émotionnel, car l’implication sera différente dans l’intensité selon le format que tu vas utiliser. Nous percevons l’album vraiment plus comme un challenge que tu t’imposes et qui te pousse à te surpasser. C’est ce qui définit ton style dans le temps, un repère sur lequel tu peux établir une réputation. Le format EP est plus anecdotique, un peu comme un test avant l’album qui marque une période transitionnelle, mais qui garde toute son importance dans le processus de recherche, dans cette quête de cohésion artistique.

 

6) Il y a quelques années, vous étiez décrits comme un collectif un peu mystérieux, sans que personne ne sache combien de personnes étaient dans le groupe, qui vous étiez ou même d’où vous veniez. Les choses ont changé : vos dossiers promo contiennent maintenant vos noms, votre origine barcelonaise. Pourquoi ? Est-ce qu’il y a des raisons précises, par exemple une lassitude par rapport à cette image ? Est-ce que cela correspond à des changements musicaux ou dans la façon dont vous voyez les choses ?

L’idée de brouiller les pistes au début de cette aventure était intentionnelle. L’important pour nous était de tout défoncer, surtout les clichés, ce qui finalement reste le plus difficile à dépasser. Nous voulions avant tout être jugés sur notre travail et pas sur nos origines, car a priori, le fait d’être un Méditerranéen ne fait pas trop rêver, en tout cas, pas dans ce style de son.
Il nous a fallu plus de 10 ans de travail acharné pour avoir un minimum de reconnaissance, c’est cher payé et très frustrant, surtout quand tu sais pertinemment que les tracks que tu produis sont du même niveau que n’importe quelle autre production « from UK ».
Avec beaucoup de recul et de patience, tout cela devient secondaire. De toute façon, on sera toujours perçu comme des outsiders.

 

7) Vous avez récemment enregistré un projet live en son binaural à l’IRCAM (Paris). Comment le projet a-t-il démarré, et comment est-ce que ça s’est passé ? Est-ce que vous avez joué un live set normal, ou tenté de nouvelles choses ? Est-ce que vous pensez publier le résultat ?

C’est InFiné qui a permis cette rencontre avec l’IRCAM et Hervé Dejardin de Radio France, qui ont eu respectivement la gentillesse de nous proposer l’enregistrement puis la spatialisation virtuelle d’un de nos morceaux par procédé Binaural. Le résultat est très impressionnant et nous sommes très motivés pour expérimenter dans cette direction et pourquoi ne pas envisager une sortie prochaine en utilisant ce procédé.

 

Downliners Sekt sont actuellement en tournée :
12/07 – Glazart / Paris
23/07 – Rockstore – Festival Tohu Bohu / Montpellier
25/07 – Le Sucre / Lyon
26/07 – Prison St Anne – Festival Résonance / Avignon

Crédit photo : Luiza Lacava

Barcelona duoDownliners Sekt published one of our favourite albums of this first semester on InFiné two months ago, with a fantastic Silent Ascent that melted time and emotion in a swarm of sound details. Currently on tour (dates can be found below the Interview of Downliners Sekt), the two members of the band answered our questions regarding the project, the album and their evolution.

 

1) Even though you already released a few albums several years ago, you stated that Silent Ascent felt like it was the first one. What is it about it that makes you feel this way?

For us, releasing a new album means the end of a period and life sequence, and the beginning of another one.
Our work lies quite a lot on experimentation and improvisation, followed by a production phase that is filled with emotion. It is a random method, but if all the good parameters are met, you can find yourself near a feeling of artistic rebirth with each album.

 

2) You signed with French label InFiné last year. Did this have any impact on your music, or on the album? Was the decision of releasing a new album already made before you signed, or were you encouraged by the label?

We wouldn’t have written, or even released Silent Ascent under this format and in this time without having signed a deal with InFiné beforehand.

 

3) Your music first gained momentum around 2010, with the releases of great EPs such as Hello Lonely, Hold The Nation, which had a very specific sound, even in a scene that was at the time widely broadening its horizons. Four years later, it seemed to me that the music on Silent Ascent contained clear echoes of the music that was being made at the time, as if it showed what this music could have become a few years later. Do you feel like this music – or any other! – may have permeated on your own works, or is it purely coincidental?

There is no coincidence in our music, and scenes vanished with the Internet. It’s more about culture and open-mindedness. In the end, we really consider ourselves as a noise rock band that finds itself in a completely abstract dancefloor. Thinking about it, we’ve been wanting to link two opposite leanings since the beginning: dance and experimental music.

 

4) Although it evokes some of the music of that time to my ears, your music maintains its unique shape, in that it seems to breathe its own way: tracks do not follow usual structures, may last one or eight minutes, as if each existed in its own universe. Is it important for you to keep that sense of freedom in your music? How does your composition process typically work?

We always search for dynamics through the different successive parts, between heavy and precise rhythms, that get more complex then disappear to melt with patterns that are more ambient and abstract. The balance is always imperfect and the gravity center is subject to frequent changes, it may be on the kick or one piece of percussion, or it may be the bass that pushes the track forward. Nothing is completely static, and each used sound plays an important and precise role in our work process.

 

5) In this sense, your music really fits the album format, giving it its right space. You released a few other full-length releases in the past: is it a format that you are feeling right with? Do you prefer being able to spread your ideas on a whole record rather than having to shorten them to one or two tracks?

It is a question of emotional adjustment, as the format implies differences in the intensity and implication of the work. We see the album as more of a challenge that you put yourself into, and that forces you to go beyond yourself. That’s what defines your style in time, a mark on which you can establish your reputation. The EP format is more anecdotal, a kind of test between the album, making a mark on a transitional time, even though it has relevance in the research process, in this artistic cohesion quest.

 

6) You used to be described in the media as a shadowy collective: no one really knew how many people were in the band, who you were or even where you came from. This seems to have changed: your press releases now mention your names and your location in Barcelona. Why this change? Are there any precise reasons for it: were you for instance bored of it being the image of your band? Or did it go with changes in the music/way things are done?

The idea of shadowing things in the beginning was intentional. It was important for us to break things down, especially clichés, which is the most difficult thing to do. We wanted to be judged on our work, not our origins, as generally, being Mediterranean isn’t really well-seen in this style of music. We needed more than ten years of hard work to get a bit of recognition, which is quite frustrating when you know very-well that the tracks you produce are just as good as « UK productions ».
But with patience and distance, all of that becomes of lesser importance: we will always be perceived as outsiders anyway.

 

7) You recenty recorded a live project with binaural sound at IRCAM in Paris. How did the project start, and how did it go? Did you play a usual live set or did different things for it? Are there any plans to release the result?

It is InFiné who allowed us to meet the people at IRCAM and Hervé Dejardin at Radio France, who kindly offered to record and virtually spatialize one of our tracks through this binaural process. The result is really impressive, and we’re really interested in experimenting in this direction, and why not think about releasing something using this process.

Downliners Sekt are currently on tour:
12/07 – Glazart / Paris
23/07 – Rockstore – Festival Tohu Bohu / Montpellier
25/07 – Le Sucre / Lyon
26/07 – Prison St Anne – Festival Résonance / Avignon

Picture : Luiza Lacava

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