SSS Interview : Drøp (Arboretum) & Dadub [FR/ENG]

A l’occasion de la première sortie physique du label Arboretum par Drøp, nous avons posé quelques questions aux membres du collectif ainsi qu’à Dadub

Seeksicksound Interview Drop Dadub Arboretum
Par Alexandre Aelov
Publié le 30 mai 2014 | 13:35

Arboretum n’est pas vraiment un nouveau label, il s’agit d’un crew actif depuis deux ans déjà et qui focalise son travail sur une synergie audio-visuelle. Fondé par trois compères italiens, la structure berlinoise sortait ce mois-ci sa première release physique, offrant à voir une certaine vision de l’expérimentale. Sensible et immersif, le travail de Drøp s’est vu remixer par le très talentueux duo Dadub qu’on ne présente plus, et pour l’occasion on a voulu en savoir plus sur ce jardin d’acclimatation électronique.

1) Aboretum est un projet collaboratif qui a vu le jour en 2012, comment en êtes-vous venus à rejoindre l’aventure ?

Drøp : Arboretum est né d’une collaboration et d’un travail en commun de longue date entre Andrea Familari (FAX), Marco Berardi (Mogano) et moi-même. A l’époque, en 2012, nous étions encore un peu éparpillés entre Berlin et l’Italie, on fonctionnait d’avantage comme un collectif que comme un vrai label, et on organisait des concerts et des workshops dans l’église abandonnée de Cantiere San Bernardo à Pise.
Bien que je connaissais Daniele depuis le temps où l’on étudiait tous les deux à l’Institute for Music Technology à Rome, la rencontre avec Dadub en ce qui concerne notre collaboration s’est faite lors de leur premier workshop italien en tant qu’Artefacts Mastering.
Leur aide technique et leur expérience qui se retrouve dans le mastering de l’EP Vasundhara ont été très précieuses et enrichissantes. De plus, leur participation en tant que remixeur fait totalement écho à la profonde estime artistique qu’on leur voue.

Dadub : On connait personnellement les membres du crew, et artistiquement parlant on les respecte énormément. Le projet qu’ils ont fait naître est bluffant, ils ont tout notre soutient là-dessus, et l’idée de remixer la track de Drøp est venue très naturellement.

2) La première sortie, l’EP Vasundhara, contient quatre tracks de Drøp qui consistent en un paysage sonore très métallique, abstrait, qui évoque le son typique de Rioji Ikeda par exemple. Le remix de Dadub est quant à lui plus proche d’un son organique qui rappelle vos précédentes sorties. Sans être trop binaire, est-ce que ce contraste est à l’image du concept derrière Arboretum ?

Marco : Cette sortie est au final très représentative de cette dualité qu’on retrouve dans un arboretum. Un arboretum est une structure où les plantes et les arbres sont créés artificiellement ou cultivées selon certaines méthodes par l’homme, et représente de fait pour nous un espace métaphorique qui rappelle à la fois la hiérarchie qui réside dans cette coexistence autant que sa beauté esthétique.
Ça veut dire que musicalement on ne recherche pas seulement un son « organique » comme on pourrait s’y attendre. On préfère se focaliser sur un moment musical où la technologie moderne est capable de transmettre à la fois l’opposition entre le règne naturel et l’humain dans un cadre anthropocentré et également les moments de grâce, de contemplation, d’harmonie entre ces deux mondes au travers d’un son effectivement plus organique.

3) Pouvez-vous nous en dire plus au sujet de ce lien entre l’humain et la nature et son rapport aux différents médias développés dans le projet ?

Andrea : Le lien conceptuel entre l’humain et la nature est justement illustré par le rapport entre les différents médias. D’un côté il y a cet imaginaire alimenté par la nature à laquelle on est exposés chaque jour, et de l’autre il y a la manière d’agir sur elle au travers d’outils technologiques, en l’occurrence ici tout ce qui permet d’influer sur une source sonore.
Par exemple, la photographie utilisée comme artwork pour Vasundhara est un agrandissement d’une coupe végétale et c’est l’objet de base que nous utilisons pour la performance audiovisuelle qui va avec le live de Drøp. Techniquement, l’image passe par un analyseur spectral et un module audiovisuel sur Modul8 pour être déconstruite puis recréée en une infinité de fractales, créant ainsi un paysage visuel très immersif.

Drøp : Pour moi l’inspiration qui a alimenté cet EP vient de mon intérêt pour les arts magiques et ésotériques, et en particulier pour le chamanisme. L’Homme se trouve depuis un certain temps et de plus en plus aujourd’hui étranger à sa nature profonde, essayant de développer un état de culture qui est en rupture avec cette dernière. Les chamans ont toujours été des médiateurs au cœur de cette faille, captant et utilisant ces énergies archaïques au sein de la nature et du monde pour guérir spirituellement et physiquement les maux des sociétés.

4) Doit-on s’attendre à une collaboration directe entre vous ?

Drøp : Qui sait ? Je vois la collaboration comme quelque chose de spontané, non planifié. Bien sûr, ce serait un immense plaisir de travailler avec Dadub mais jusqu’ici on n’a rien prévu de particulier.

Dadub : Ça pourrait arriver à l’avenir oui. On est un peu « artistes », on ne planifie pas les choses, le temps nous le dira !

5) Drøp, y a-t-il une méthode particulière que tu as développée en studio pour préparer cet EP, au vu de son aspect conceptuel, qui différerait de ta manière habituelle de fonctionner ?

Drøp : Je n’ai pas vraiment de méthode particulière, j’essaie toujours de rester le plus libre possible et de m’éloigner des stéréotypes, des schémas préconçus ou de quoi que ce soit qui puisse constituer un cadre établi. J’utilise avant tout un ordinateur, le numérique me permet d’avoir un immense spectre de possibilités. J’utilise aussi plusieurs machines que j’ai trafiquées, j’adore le circuit-bending, j’aime le son comme phénomène physique.
J’ai toujours été fasciné par les phénomènes sensoriels, par la psycho-acoustique, par la manière dont les fréquences interagissent avec l’esprit et la matière. Concrètement, j’essaie d’importer ces recherches, ces expérimentations dans ma création.

6) L’aspect visuel de cette sortie physique tient une place importante, et les prochaines sorties contiendront un sachet avec une graine. Y a-t-il une portée politique que vous tenez à mettre en avant au travers d’Arboretum?

Marco : Au delà d’une vision strictement politique, la série à venir, “Hanami Series” (Object Series) est une invitation à la contemplation, même si effectivement elle porte en elle une part d’éthique.
L’idée est d’introduire dans nos vies quotidiennes un élément, la plante, qui nous pousse à réévaluer l’idée du temps en terme de cycles longs, de croissance, d’énergie naturelle, et à voir d’un oeil nouveau ce miracle esthétique qui nous est donné à voir jour après jour, qui nous fait réfléchir et invite à la méditation.
Hanami signifie exactement ça, l’idée de “contemplation des fleurs” en japonais, c’est également le nom d’un événement qui rassemble la population entre Mai et Juin depuis des siècles au Japon lorsque les cerisiers sont en fleur.

7) Toujours au sujet des visuels, comment vous répartissez-vous les rôles? Prévoyez-vous de jouer lors de showcase à l’avenir, lors de festivals ouverts au multimédia comme le Berlin Atonal par exemple?

Andrea : Jusque là c’est moi qui me suis occupé des visuels. Chaque release est à la fois l’aboutissement d’une recherche musicale et visuelle et tous les éléments sont en interaction.
C’est très perceptible en live lorsque le public est immergé dans un environnement à la fois visuel et sonore.
Pour ces raisons des festivals comme le Berlin Atonal seraient l’idéal pour des performances audiovisuelles, en ce qu’ils se focalisent sur des créations croisées, des correspondances entre les médias et les approches.
Cependant, on veut également inclure le format club pour nos performances futures.

8) Pouvez vous nous en dire plus sur vos projets respectifs à venir?

En plus des “Hanami Series” qui sortiront l’année prochaine à l’occasion de cette période précise de l’année (mai-juin), notre seconde sortie vinyle sortira en septembre prochain et comportera une collaboration majeure.

Dadub: Pour le moment, on travaille sur un nouvel EP, quelques remixes, et on se concentre également sur les dates à venir pour l’été et l’automne.

Crédit photo: Luca Caciagli

Arboretum is a 2 years old crew now, and has focused his work on a symbiosis between sound and image. Founded by three italian friends, the Berlin-based imprint has released his first piece of music this month, signed by Drøp. His personal approach of sound experimentation has been remixed by the talented duo Dadub, and we wanted to know a bit more about this electronic wildlife haven…

1) Arboretum is a collaborative project born in 2012, how did you both come to integrate it?

Drøp: Arboretum is a collaborative project arose from a long time collaboration and mutual artistic growth between me Andrea Familari (aka FAX) and Marco Berardi (aka Mogano). At that time, in 2012, we were still quite splitted between Berlin and Italy and we were acting more as an organization, rather than a label, which organized concerts and workshops into a dismissed Church called “Cantiere San Bernardo” in Pisa.
Although I knew Daniele since we were attending the same Institute for Music Technology in Rome, the encounter with Dadub in collaborative terms started in occasion of their first workshop in Italy as “Artefacts Mastering”.
Working together with their unique technical know-how for the mastering of Vasundhara Ep has been extremely precious and overall stimulating and having them as first remixer for our label somehow did justice to the deep artistic esteem that we have for them.

Dadub: We personally know very well all Arboretum crew, and artistically talking we respect them a lot. The project they’re running it’s just stunning, so they got all our support, and the remix for Drøp is something that happened more than naturally.

2) The first release, the Vasundhara EP, features four tracks by Drøp, focusing on a quite metallic, abstract, Rioji Ikeda-like landscape. The remix by Dadub is closer to the more organic approach your preview releases have developed. Without being too manichean, is this contrast a good definition of the concept beneath Arboretum ?

Marco: Actually this release has come as a very emblematic response about this duality that we found quite well represented into the Arboretum. Essentially an arboretum is a place where plants and trees are artificially created or curated by a certain kind of human intervention and thus for us represent a metaphorical place that recall both the dramatic hierarchical aspect of this coexistence as well as its highest aesthetic and contemplative moments.
This means that musically we are not simply researching a kind of “nature’s sound” as someone can expect, rather than a musical moment where modern tools and artificial technology are able to transmit whether this misfits of human race into its modern “antropo-centered” habitat as well as the instants of full touch and recognition between the two species through more organic compositions.

3) Can you tell us more about the conceptual link between human and natural order and the different media developed throughout the project ?

Andrea: The conceptual link between human and natural order comes by putting different media together.
From one side there is the authentic imaginary of nature everyday exposed under our eyes and on the other its techologic decryption through the use of a digital triggering element which is, in this case, the audio source.
For example the photography used for the artwork of Vasundhara Ep is a macro of a vegetable section and it is the primary and unique object used for generating the visual patch for the A/V live-set of Drøp. What happens technically is that, through a spectrum analysis and an audio-video interaction set on Modul8, this image get deconstructed and rebuilt into a infinite sets of fractals creating immersive visual landscapes.

Drøp: For me the inspiration for Vasundhara Ep rises from a deep attraction for magical and esoteric arts and in particular for shamanism. Human being, since many year until nowadays, lives more and more into a “detached” condition from his real nature,trying to develop a system of knowledge that is somehow at variance with it. Shamans has always operated as a mediator amongst this detachment perceiving and using those archaics energies within the nature and universe to cure societies at their spiritual and material level.

4) Shall we expect a collaboration between both of you ?

Drøp: Who knows? for me a collaboration is something that happens by itself, nothing organized.
Of course it will be a big pleasure to collaborate with Dadub but until now there is nothing planned about it. [

Dadub: Yes, It’s something that could happen in the future. We are kind of artists who don’t scientifically plan our releases and
collabs, so time will tell.

5) Drøp, is there a specific way to work you developed in studio, regarding the conceptual aspect of the Arboretum project, that differs from your usual way of producing ? Can you tell us more about this ?

Drøp: There is not a specific way for me, I always try to stay the more free I can from stereotypes, schemes and whatever could have a predetermined structure. I use laptop as an instrument, which gives me a great scope of possibilities, and many self-builded, circuit-bended hardwares, focusing mostly my research on sound as a physical phenomenon.
I always been fascinated by perceptive-sensorial phenomenon, by psycho-acoustic, by how frequencies interact with mind and materia, so what I do is basically trying to report this research and experiments into the creative process.

6) The visual aspect of the physical edit is highly important, and the package of the future releases will include a seed. Is there a political vision you want to stand for through Arboretum ?

Marco: More than a political vision the forthcoming “Hanami Series” (Object Series) stands as an invite for contemplation, although this carries also kind of ethical issues with it.
The idea is basically to introduce into our domestic habits one element, the plant, that stimulates us to re-consider the idea of time in terms long cycles, growth, natural energy usage, care and its relative aesthetic miracles enhancing this awareness day by day as a certain form of meditation.
The name Hanami, in fact stands exactly for this meaning, it means in japanese “contemplation of the flowers” and it’s the name of a many centuries old practice that involves all the population of Japan between March and May when cherry trees are in bloom.

7) Speaking about the visual aspect, how is the whole teamwork organized ? Do you plan to play as showcases in the future, for mixed arts events like the Berlin Atonal for example ?

Andrea: Until now the visual design of the label is curated by me. Every release is both a musical and visual research and all the elements have an intense interaction with each other.
This is particularly clear at moment of the live when the audience have both auditory and visual environment in front of them.
For these reasons festivals like Berlin Atonal seems to be an ideal situation for a A/V live act as long as they have shown until now a serious interest for this kind of crossed creations amongst music, visual interactions and media-art.
Despite that is also important not to forget the central role of clubs in our future projects.

8) Can you tell us more about both your future projects ?

In addition to the “Hanami Series” that will be released next year in occasion of that precise period of the year (March/May), we are accomplishing our second release in vinyl format will go out next September also with a great collaboration.

Dadub: At the moment we’re working on a new EP plus some remixes and we’re planning some gigs for this summer/autumn.

Picture by: Luca Caciagli

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