SSS Interview : Greg Haines [FR/EN]

Figure clé du label Denovali, Greg Haines nous livre une interview très instructive.

SSS Interview - Greg Haines
Par Raphael Lenoir
Publié le 27 février 2013 | 21:18

Après plusieurs excellents albums en solo et en collaboration (avec The Alvaret Ensemble notamment, chroniqué ici) et un SSS podcast réalisé par ses soins il y a quelques semaines (ici), il nous semblait indispensable de poser quelques petites questions à Greg Haines pour le connaître un peu plus. C’est désormais chose faite avec cette interview très instructive.

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1) The Alvaret Ensemble est constitué d’artistes jouant dans de nombreuses autres formations. Comment et pourquoi avez vous décidé de vous réunir ?

J’ai rencontré pour la première fois Jan et Romke Kleefstra chez un ami et proche collaborateur, Wouter Van Veldhoven. Il organisait une représentation chez lui et les frères Kleefstrat jouaient ce soir là. Nous étions déjà en contact par mail auparavant et nous avons commencé à jouer et tourner ensemble le même soir, au terme d’une improvisation totale en commun lors du rappel. Peu après, j’ai rencontré un de leurs amis, le percussionniste Sytze Pruiksma… en prison. Bon ok, c’était une prison désaffectée reconvertie en salle de concerts, mais c’est tout de suite plus croustillant de dire qu’on s’est rencontrés en prison ! Bref, nous avons continué les concerts, à quatre cette fois, et petit à petit l’idée d’un enregistrement est apparue. Nous voulions faire quelque chose de vraiment spécial, avec une atmosphère très particulière dans des conditions parfaites pour un tel enregistrement. Par conséquent nous avons planifié trois nuits dans la Grunewaldkirche sans trop savoir ce qui allait se passer… vous connaissez la suite !

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2) Pourquoi avez-vous choisi la Grunewaldkirche pour l’enregistrement ? Comment s’est-il déroulé ?

L’église Grunewald est un endroit vraiment parfait pour enregistrer. L’acoustique et large et très limpide, elle dispose d’un Bösendorfer Imperial Grand Piano, et se situe relativement loin du centre de Berlin, dans un quartier calme, un coin isolé et entouré de verdure. Les occupants des lieux sont très sympathiques, et nous confiaient souvent les clés, nous laissant procéder comme on voulait et enregistrer toute la nuit, ce qui bien sûr ajoutait grandement à l’atmosphère. Il faisait très chaud également au moment de l’enregistrement, et bien que beaucoup de personnes imaginent qu’il s’agit d’une musique d’hiver, je nageais dans le lac et mangeais des glaces avant chaque session !

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3) Comment s’est déroulé le travail tous ensemble, y a-t-il besoin d’un leader ? Comment parvient-on à faire travailler une équipe pour un projet aussi exceptionnel ?

S’il méthode il y a, je dirais que c’est de la pure improvisation. Nous n’avions pas vraiment planifié ce que nous allions faire, sauf quelque fois où nous nous basions sur une tonalité de départ, mais à part ça rien de spécial. Toutes nos idées devaient sortir naturellement, tout simplement parce que jusqu’ici tout fonctionnait très bien comme ça entre nous et on ne voyait pas l’intérêt de changer quoi que ce soit. L’une des bases du projet, c’est d’être en constante collaboration, de faire venir de nouveaux musiciens. C’est de cette manière que le projet s’est construit et qu’il fonctionne.

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4) Une ambiance très particulière se dégage de l’album. Aviez vous travaillé tous les paramètres ou y a-t-il eu une part de surprise ? Quels éléments sont entrés en jeu ?

Peut-être que le résultat n’était pas intentionnel… mais il était sans aucun doute inévitable.

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5) Les deux parties de l’album présentent des paysages sonores différents. Est-ce qu’on doit en conclure que vous aviez deux approches différentes du projet ?

L’idée de faire un double album n’est venue que plus tard, quand nous avons écouté l’intégralité du matériau enregistré. Nous avions environ 12h de musique, avec des idées assez différentes, et malgré ça nous avions du écarter beaucoup de très bons passages. L’idée de faire deux longs mouvements était appropriée au final, avec deux visions, comme ça l’album aurait deux débuts, deux fins…

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6) Tu as de nombreux projets en cours, dont un album : Where We Were. Est-ce qu’il sera dans la continuité de Digressions ou doit-on s’attendre à quelque chose de radicalement différent ?

Je pense qu’il n’est pas exagéré de dire que The Whole sera un tournant drastique par rapport à Digressions. Il n’y a pas de cordes, premièrement, et l’album de focalise autour des parties rythmiques et de synthétiseurs vintage, le tout passant par des delays à bande et d’autres joujous bien sympas. Je ne veux pas trop en dire pour le moment, pour ne pas gâcher la surprise, mais je pense que ça va en surprendre plus d’un.

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7) Tu as signé l’album sur Denovali, qui se distingue par des orientations stylistiques assez larges au final. Penses-tu qu’étendre ainsi son horizon musical est une bonne chose pour un label ou même pour des artistes ?

Je pense que ça change d’une personne à une autre, ou d’un label à un autre. Certains font un très bon boulot en se trouvant une niche, et on sait toujours à quoi s’attendre en écoutant leurs nouveautés. Le risque, c’est qu’au bout d’un certain temps ça tourne en rond. D’autres labels ont choisi une approche plus éclectique, au risque de manquer d’une certaine identité musicale. Je pense que Denovali se trouve quelque part entre les deux, du fait qu’ils produisent de nombreux artistes très différents, mais tout en conservant une identité esthétique très forte et ils sont attachés à construire une communauté autour de ça. Ils organisent leur propre festival, le Swingfest, à Essen, Berlin et Londres cette année et je pense que c’est une bonne chose dans la mesure où leurs artistes les moins connus ont ainsi l’opportunité de jouer sur de grandes scènes, en plus du fait que de tels événements font se rencontrer les musiciens.


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8) Quelle fut ta contribution personnelle au projet ? As-tu apporté quelque chose de spécifique ?

The Alvaret Ensemble est la parfaite démocratie, donc ma contribution a été égale à celle des autres. J’ai joué du piano et de l’accordéon également. Le piano est un instrument qui mène, le plus souvent. Mais dans l’idée que je m’en fais, il a joué le même rôle que chacun. Chaque apport est primordial dans ce projet.

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9) Tu sembles très attaché aux collaborations avec d’autres artistes, comme Seeljocht, Three Days Of Fever pour n’en citer que quelques uns. Est-ce parce que tu es constamment à la recherche de nouvelles perspectives  ou bien plutôt pour le plaisir de partager ta vision avec d’autres musiciens ?

J’adore collaborer avec d’autres artistes, c’est finalement très apaisant après de longues périodes à m’enfermer seul en studio. De plus, je pense que travailler avec d’autres personnes renforce la confiance qu’on peut avoir pendant tout le travail de composition, et il y a toujours un autre avis que le sien, un peu de recul ça aide. Parfois les choses s’accélèrent vraiment et fort heureusement à la fin le meilleur de chacun peut avoir sa place. J’ai tendance à douter facilement de mon travail en solo, et à  y consacrer bien plus de temps que nécessaire en définitive, mais lorsqu’il s’agit d’un projet collaboratif, je me permets de laisser les choses suivre leur cours et d’apprécier le chemin parcouru autant que le résultat.

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10) Tu travailles souvent avec Nils Frahm, peux-tu nous dire pourquoi lui en particulier ? Est-ce que tu prévois de faire un album avec lui, comme Erik Skodvin et Otto Totland l’on fait?

Pour autant que je sache, Nils a simplement produit l’album de Erik et Otto, ça n’était pas à proprement parler une collaboration. Il a enregistré mon album, Until the Point of Hushed Support, et a joué un peu sur celui-ci aussi. Nous avons également joué plusieurs fois sur scène ensemble. C’est toujours un bon moment quand nous travaillons Nils et moi, il a une bonne oreille et on se comprend bien. Je pense que si on finissait par travailler ensemble sur un album, ça sonnerait très probablement comme Daft Punk. Donc oui, je pense qu’on devrait acheter des masques de robots et s’y mettre…

1) The Ensemble is formed by artists playing in several other projects.How did you decide to work together and why ?

I first met Jan and Romke Kleefstra at the house of a friend and collaborator of mine, Wouter Van Veldhoven. He was organising a little house show and the Kleefstras were playing. We had been in touch through email before, and we began to tour together and play in the same evening, which usually led to a improvised collaborative set for an encore. A little later on I met a friend of theirs, the percussionist Sytze Pruiksma, in prison. Ok, it was a decommissioned prison that was being used for live concerts, but its sounds more interesting to say we just met in prison! Anyways, this led to more concerts as the four of us, and slowly we began to discuss recording something together. We definitely wanted to make it something special, with the perfect atmosphere and the conditions for a really great recording, so we planned three nights at the Grunewaldkirche without knowing what would occur, and the rest, as they say, is history…

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2) Why did you chose the Grunewaldkirche to record this album ? How was the experience ?

The Grunewald is a really great place to record. It has a very large and bright acoustic, an incredible Bösendorfer Imperial Grand, and a small sense of isolation as its quite far away from the center of Berlin and in a very sleepy and green neighborhood. The staff there are really relaxed, so they basically gave us the keys and let us get on with it, which meant we could record all night – which of course added to the general atmosphere. It was also extremely hot around this time, so although I think most people seem to think of it as winter music, I was swimming in the lake and eating ice-cream just hours before!

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3) How do you work altogether ? Is there a specific method, a way to manage an exceptional project that brings everybody around ?

If there is a specific method, I would say it is pure improvisation. We never really talk about what we are going to do, sometimes we decide on a starting key but thats about it. All the ideas have to flow naturally, primarily as that has worked so well for us up to now that we don’t see a reason to change it. Another idea of the project is constant collaboration, so we always try to invite over musicians to join us.

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4) There is quite a hypnotic ambience that emerges from the album. Was it that intentional or where you surprised by the results ? According to you, wich elements created it ?

Perhaps not intentional, but undoubtably inevitable.

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5) The two parts of the album present different soundscapes, was it because you had two visions of it ?

The idea of releasing the album over two discs came later, when listening back to the material. We had around 12 hours of music, with quite a few different ideas in there, and even so we still had to lose a lot of great moments. I also relished the process of creating two long movements, two statements, so the album can have two beginnings, two ends…

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6) You seem to have several projects these days, including a forthcoming album called « Where We Were ». Will it follow the perspective of Digressions or will it be radically different ?

I think its fair to say “The Whole” will be quite a drastic departure from “Digressions”. There are no strings, and the album focuses around rhythms and old synthesisers, all fed through a whole lot of tape delays and lots of other fun toys. I don’t really want to say much about it now, so I don’t ruin the surprise, but I think it will be a shock to some people.


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7) This album was signed on Denovali. This label is remarkable by its very wide stylistical orientations. Do you think that extending the lines has to be an aim for a label ? According to you, is it necessary for artists and bands too ?

I think it varies from a person-to-person, or label-to-label. Some labels do a great job at finding a niche, so you usually know what to expect when picking up one of their releases. The risk of this is that after time they can begin to feel a little stale. Other labels chose a more varied approach, but then then run the risk of lacking a label identity. I think Denovali is somewhere in the middle, as they are releasing a lot of different music, but have a strong and continuous aesthetic and also seem interested in building a community around all their artists. They are organising their own festival, the Swingfest, in Essen, Berlin and London this year and I think as well as it being a good opportunity for their lesser-known artists to play on bigger stages, its also a good chance for all the artists to meet and to make connections.

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8) Considering what you brought yourself to the project, what was your actual contribution ? Was it specific ? How did you proceed ?

The Alvaret Ensemble is a true democracy, so my contribution was equal to everyone else’s. I played piano, and a little accordion. The piano as an instrument does have a tendency to lead, but the way I see it, everyone involved played an equal and important role in shaping the album.


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9) You seem to be attached to colaborations with other artists, like Seeljocht, Three Days Of Fever for example. Is it in order to draw wider perspectives or is it more for the pleasure to share different visions ?

I love collaborating with other artists – its a great relief after I’ve spent long periods of time locking away alone when I am working on my solo stuff. Also, I think working with others always inspires a greater confidence during the working process, as there is always a second opinion at hand. It can really speed things up and hopefully in the end, the best sides of each collaborator are allowed to shine. I tend to get really stressed about my solo work, and always end up taking much longer over it than I should, but with my collaborative projects I am always much happier to just let things go and to enjoy the process and the result.

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10) You often produce your works with Nils Frahm, can you tell us why especially him ? Do you plan to release an album with him, like Erik Skodvin and Otto Totland did ?

As far as I know, Nils just produced Erik and Otto’s album – it wasn’t really a collaboration. I’ve already worked quite a bit with Nils. He recorded my album, Until the Point of Hushed Support, and played a little on there too. We also played a few live shows together. Its always nice to work with Nils, he has a great ear and we understand each other. I think if we were going to work on a collaborative album it would probably end up sounding like Daft Punk. So maybe we should buy some robot masks and just do it…

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