SSS Interview : Kantyze [FR/ENG]

A quelques jours de sa sortie, le duo Kantyze évoque son nouvel album, « Perspectives ».

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Par Martin Drazel
Publié le 24 mai 2014 | 16:34

Désormais fermement implanté sur la scène française, le duo Kantyze s’apprête à publier son nouvel album, « Perspectives », sur le label IM:Ltd. L’occasion de leur poser quelques questions sur ce disque, mais aussi sur le projet de façon plus large.

 

1) Pouvez-vous vous présenter ? D’où venez-vous, quelles sont vos influences, vos premiers amours musicaux ?

Fred : Bonjour, nous sommes le duo Kantyze. On a créé le projet à Tours en 2005 avec notre premier album. Nos premiers amours musicaux, à l’un comme à l’autre : le hardcore, le métal, le death, le grind, bref toute la musique poétique et petit à petit la techno puis la drum & bass pour Igor, et pour moi le hip-hop, trip-hop puis la drum & bass dès 1996.

Igor : Comme Fred, je viens du hardcore-punk, hip-hop US côte est, la musique de film et tout ce qui se rapproche du deathcore bien énervé avec un côté technique. Je n’ai fait connaissance avec la drum & bass qu’en 2002.Tout ce qui se finit par « core », c’est pas mal en fait !

 

2) Vous avez un back-catalogue impressionnant, avec des sorties sur de nombreux labels. Comment garde-t’on une telle régularité ?

Fred : Déjà faut aimer ça. C’est notre passe temps, l’un comme l’autre, il faut que l’on fasse du son. Je sais pas comment l’expliquer mais moi, par exemple, si j’ai rien à faire, direct c’est studio, donc en presque dix ans, tu produis. Faut dire aussi qu’Igor, de son coté, n’arrête jamais de produire. Nous sommes incapables de faire une discographie, on oublierait forcément des trucs. Pour répondre, je me suis dit que j’allais voir sur Discogs mais il n’y a pas l’intégralité. Sur notre Soundcloud il y a 104 morceaux à écouter : même nous, nous sommes perdus !

Igor : J’ai trié nos disques durs l’an dernier à la Toussaint et je crois qu’on a fait pas loin de 250 morceaux « finis » sortis en release ou bien donnés gratuitement. Nos influences variées ont fait qu’on a toujours quelque chose qui trotte dans la tête, donc les productions viennent de manière assez naturelle. Certains morceaux sont même des miroirs de certaines périodes de notre vie, je pense. Je me rappelle avoir écrit la sortie vinyle du Freak034 (label de Dylan) en cinq heures pour les deux morceaux, mixdown compris ! C’était assez exceptionnel sur ce coup-là ! Puis c’est vrai qu’on travaille assez vite sans sacrifier la qualité pour autant, avec le temps on maîtrise nos outils de travail, donc on a de moins en moins de barrières techniques, même si le matos évolue vite.

 

3) Parlez-nous un peu de cet album. Comment a-t’il été conceptualisé, qu’elle en était l’idée de départ ?

Fred : Au départ c’est une idée de Caine. Avec IM:Ltd, il avait sorti un de nos morceaux dubstep et à force de lui envoyer des morceaux, il a commencé à nous parler d’album il y a deux ans, car à chaque nouveau morceau on avait droit à un « c’est bon ça, je signe. »

Igor : Ça a été un bon challenge de changer de tempo, pour autant je ne voulais pas changer de style, mais garder notre patte dark, mélodique mais toujours groovy ou énergique, seulement en ralentissant. A 140bpm on a plus d’espace pour les sons, donc les compos prennent une autre dimension.

 

4) La couleur sonore et l’ambiance de cet album sont bien plus calmes que dans vos productions précédentes. Vous en avez eu marre du « gros son » ?

Fred : Il n’y a pas le gros son sur l’album ? Non, juste une question de feeling. On a essayé de faire un truc vraiment différent de notre production et cohérent dans l’ensemble.

Igor : Ça dépend de ce qu’on qualifie de gros son… Un track qui a dix pistes qui claquent à mort, même si c’est calme et atmosphérique, va avoir un son énorme… On a fait quelque chose qui est à notre image : un peu inclassable dans le style, comme on est touche à tout. Mais comme je l’ai dit plus haut, avec notre griffe (pour garder un vocabulaire félin !) Après, les tracks de cet album n’ont pas l’agressivité et le côté gros drop de certaines de nos productions drum & bass.

 

5) Le passage de la drum & bass au dubstep s’est produit comment ? Pourquoi vous intéresser au 140bpm ?

Fred : Pour moi ça à débuté tardivement. En 2011, j’étais beaucoup Burial, et on a fait notre premier morceau dubstep. Je me suis intéressé de plus en plus à la scène avec des labels comme Tectonic, Osiris Music, Deep Medi, Tempa… Le premier album de Niveau Zéro à aussi joué un rôle dans cette « éducation musicale », et à force de découvertes je suis tombé fan de ce son. Maintenant, je dois écouter essentiellement du dubstep et Igor un peu moins. Des gars comme Commodo, Gantz, Thelem, Biome, Killawatt, je suis fan. Je ne manque pas un mix de Youngsta sur Rinse FM.

Igor : Moi c’était pas mon truc, jusqu’à ce que j’écoute, ou plutôt que Fred me fasse écouter des trucs cools qui sortaient de l’ordinaire et de la soupe 140 bpm que l’on entendait partout, où les artistes ne faisaient que se copier pour produire des trucs froids et sans âme. Mais si je devais citer quelqu’un pour ma référence, c’est Kryptic Minds, surtout ce qu’ils faisaient il y a deux ans, moins maintenant qu’ils se sont séparés.

 

6) Y avez-vous trouvé votre compte ? Des regrets ? Serait-ce une expérience que vous comptez reproduire, ou était-ce juste un bout d’essai ?

Fred : Non c’est pas un bout d’essai, on va continuer à faire les deux, drum & bass et dubstep, et toujours sans se poser de questions en étant musicalement libres.

Igor : Pareil. Et pourquoi pas autre chose, comme de la folk tourangelle.

 

7) « DMZ » fait sûrement référence aux parrains du genre : Digital Mystikz. Ce vivier dubstep UK vous a t’il beaucoup influencé, ou avez-vous plutôt cherché à vous en démarquer ?

Fred : Perdu, « DMZ » c’est un clin d’œil du comics de Brian Wood. On a découvert après leur existence ! Pour te dire notre culture historique du dubstep… Car, franchement, la première vague dubstep, nous sommes totalement passés a côté. Mais oui, toute la scène UK nous influence, mais pas qu’elle. Comme beaucoup, savoir d’où vient l’artiste, je m’en fous. C’est pas parce que le gars est anglais et qu’il fait du dubstep que je vais aimer. Innamind par exemple sort des artistes de partout et à chaque fois c’est mortel !

Igor : Fred est jamais très bon pour trouver les titres des morceaux. Donc il puise souvent ses influences dans ses lectures (rires).

 

8) On trouve beaucoup de sonorités différentes au sein de l’album. Où cherchez vous vos influences, vos samples ?

Fred : Nos influences, ce sont les samples qui guident notre composition. Ces derniers sont une accumulation, depuis des années.

Igor : On a beaucoup d’inspiration avec les musiques de film un peu noirs et épiques (super original, hein?), voire certains mangas qui ont été mis en animé. Et oui, les samples, avec presque dix ans au compteur, on en a quelques uns…

 

9) Pourquoi cette sortie sur IM:Ltd, et pas un autre label ? Quelle a été la part d’influence de Bastien Caine sur le projet, pour la sélection des titres, etc… ?

Fred : Comme je te disais tout à l’heure, l’idée de l’album est de Bastien. C’est lui qui a fait le choix de ceux qui seraient sur l’album ainsi que la track-list. Pour ce projet, on a dû faire une bonne trentaine de tracks en deux ans. Caine a eu un vrai rôle de directeur artistique. Sur un morceau, il m’a fait faire une dizaine de versions différentes pour finalement ne pas le prendre. Le visuel aussi, c’est de lui.

Igor : C’était une forme de concept aussi, cet album. Bastien nous a un peu guidé sans nous donner de directives strictes. On est pas dans le délire « vous me faites un truc à la Burial ou un autre truc à la Benga »… Surtout que pour ma part, je partais vraiment de zéro sans avoir de vrais « modèles », hormis les trucs que Fred m’avait fait écouter. On a chacun fait une sélection parmi les trente morceaux produits pour en garder douze, qui semblaient les plus cohérents pour un album mais aussi variés et parfois complémentaires.

 

10) Pour conclure, un petit mot pour nos lecteurs ?

Fred : Soyez curieux musicalement.

Igor : Sans imagination, il ne pourrait pas y avoir de création.

Having acquired a seminal place within the French scene, Kantyze is about to publish a new album, « Perspectives », on IM:Ltd. It seemed to be the perfect occasion for us to ask them a few questions regarding the record, as well as their project in general.

1) Could you present your project? Where do you come from, what are your influences, the first things you liked in music?

Fred: Hey, we are Kantyze, a duo. We founded the project in 2005 in Tours with our first album. Musically, we both began with hardcore, metal, death, grind, basically anything poetical. Then with time, techno then drum&bass for Igor, and hip-hop, trip pop and drum&bass from 1996 on in my case.

Igor : Just as Fred, I come from a hardcore punk, East Coast hip hop, movies music background, as well as everything near angry and technical breakcore. I only discovered drum&bass in 2002. I don’t anything ending in « core » can be bad, really.

 

2) Your back-catalogue is quite impressive, with numerous releases on various labels. How do you maintain this regularity?

Fred: First, you need to love it. For both of us, it is the way we spend our time, we need to make sound. I don’t really know how to explain it, but personally, if for instance I do not have nything to do, I’ll go straight to the studio, so in nearly ten years, you get to produce. I have to say as well that Igor doesn’t stop producing on his side. It is impossible for us to make a complete discography, we’d always forget some releases. To answer, I thought I’d check Discogs but there isn’t everything. On our Soundcloud there are 104 tracks up for listening: even us are lost amongst them!

Igor: I put our harddrives into order last year around All Saints’ and I think we roughly made 250 « complete » tracks that were released or given for free download. Our diverse influences made it possible for us to always have something in our heads, thus our productions appear quite naturally. Some tracks even reflect certain periods of our lives, I think. I remember having written the vinyl release for Freak034 (Dylan’s label) in five hours in all, for both tracks mixdown included! That was quite unique. It’s true as well that we work quite quickly without sacrificing quality, with time we get to master our working tools, so we don’t really have technical limits anymore, even though the gear evolves quickly

 

Let’s talk about this album. How was it conceptualised, what was its initial idea?

Fred: In the beginning, it was Caine’s idea. He had released one of our dubstep tracks through IM:Ltd, and as we kept sending him tracks he began mentioning an album two years ago, as with each track his answer was « this one’s good, let’s sign it ».

Igor: Changing tempo was a good challenge, but I did not want to change our style, I wanted to keep our dark, melodic yet groovy or full-of-energy touch, only slowing it down. At 140BPM, you get more space for the sounds, so the tracks enter another dimension.

 

4) The sonic landscape and atmosphere of this album is clearly quieter than in your previous productions. Were you bored of that heavy sound?

Fred: You don’t think the album sounds heavy? It’s only feeling-related: we tried to do something really different, yet cohesive as a whole.

Igor: It all depends on what you call « heavy sound »… A track with ten tracks that all slay, even though it’s quiet and ethereal, will have a heavy sound… We did something that looked like us: not really something that you can classify, as we like a bit of everything. But as I said earlier, with our own twist. Now, indeed, the tracks for this album aren’t really as aggressive and drop-focused as some of our drum&bass productions.

 

5) How did you go from drum&bass to dubstep? Why did you get interested in 140BPM-music?

Fred: In my case, it really began quite late. In 2011, I was listening to a lot of Burial, and we made our first dubstep track. I got interested a lot more in labels such as Tectonic, Osiris Music, Deep Medi, Tempa… The first Niveau Zéro album also played a huge role in this « musical education », and as I was discovering things I began to really enjoy this sound. Now I mostly listen to dubstep, Igor a bit less. I’m a fan of artists such as Commodo, Gantz, Thelem, Biome, Kilawatt. I cannot miss a Youngsta mix on Rinse FM.

Igor: It wasn’t really my thing, until I listened – or rather, until Fred made me listen – to some cool things that seemed different from the boring 140 BPM stuff that you got to hear everywhere, where artists only copied each other to produce cold, soulless tracks. If I could only mention one project, I would say Kryptic Minds, especially what they were doing a couple of years ago, a bit less now that they have split.

 

6) Were you happy with the results? Any regrets? Is that something that you feel like doing again, or were you just trying it out?

Fred: Nope we weren’t only trying it, we will keep doing both, drum&bass and dubstep, without really putting it into question as we want to be musically free.

Igor: Same here. And then why not something else, like Tours-folk music.

 

7) « DMZ » has to be a reference to the godfathers of dubstep, Digital Mystikz. Has the UK dubstep scene really influenced you, or did you try to distance yourself from it?

Fred: Wrong: « DMZ » is a nod to Brian Wood’s comics. In fact, we discovered Digital Mystikz after that! Which says a lot about our knowledge of dubstep’s history… To be fair, we really missed the first dubstep wave. Obviously, the whole UK Scene is an influence, but it isn’t the only one: as a lot of people, I don’t really care about knowing where the artist comes from. Because the artist is English and does dubstep doesn’t mean I will like it. Innamind releases artists that come from all over the world and it always is amazing.

Igor: Fred isn’t really good to find track titles, so he often finds influences in what he reads (laughs).

 

8) There are a lot of different sounds to be found in the album. Where do you find your influences and samples?

Fred: Our influences are the samples that lead our composition process. These were accumulated through the years.

Igor: We are really inspired by scores of dark and epic movies (that’s really original, I know), and even some anime mangas. And yeah, samples, which we’ve got a fair few after ten years…

 

9) Why did you release the album on IM:Ltd rather than another label? What was Bastien Caine’s influence on the project, the track selection, …?

Fred: As I was saying earlier on, the idea of doing an album came from Bastien. He chose the tracks that would be on the album and their order. For this project, we made more than thirty tracks in two years. Caine was like the artistic director: for one track, he made me do ten different versions, before sketching it out of the album. He also did the artwork.

Igor: This album was also a sort of concept. Bastien guided us without giving us strict guidelines. We aren’t really in the idea of « let’s do something that sounds like Burial, something else that sounds like Benga »… Especially as I really was starting from scratch, without clear references, except for the things that I listened through Fred. We all did a selection through the thirdy produced tracks to finally keep twelve of them, that seemed the most cohesive for an album, as well as diverse et sometimes complementary.

 

10) One last word for our readers as a conclusion?

Fred: Always be curious musically.

Igor: Without imagination, there couldn’t be creation.

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