SSS Interview : Laurent Garnier [FR/ENG]

« La nouvelle génération qui s’approprie la techno regarde beaucoup trop dans le passé. Ca va complètement à l’envers de ce qu’on a défendu durant des années. »

Laurent Garnier - Scene
Par Clement Segura
Publié le 18 novembre 2014 | 10:02

À la suite de la sortie de son ouvrage « Electrochoc » et de sa venue à l’iboat, nous avons rencontré Laurent Garnier pour une interview autour de sa vision de la musique actuelle et de son évolution sur les dernières décennies.
Protagoniste majeur de la scène électronique contemporaine depuis ses balbutiements et fondateur du légendaire label Fcom, Laurent Garnier est un artiste qui a mis un point d’honneur à renouveler son art et à s’adapter sans se trahir, traversant les courants musicaux avec une facilité exceptionnelle.

 

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1) Dans ton livre «Electrochoc», tu affirmes que, 25 ans après tes débuts, la techno n’a pas pris une ride et que finalement, rien n’a jamais été aussi novateur musicalement parlant que la musique électronique (vis à vis des sonorités et des techniques de production). On a eu l’occasion de discuter avec Jeff Mills il y a quelques mois et selon lui tout va être bouleversé dans les années à venir.

De ton côté, penses-tu qu’un jour il sera techniquement possible d’inventer une musique qui fera passer la musique électronique pour une musique du passé ?

_ J’espère. Après je ne crois pas que la musique électronique ait rendu le rock n roll obsolète, c’était juste quelque chose de différent. En fait ce n’est pas vraiment que la musique électronique n’a pas pris une ride, c’est juste que ça n’a pas franchement évolué quand tu écoutes les nouvelles productions d’aujourd’hui. Il n’y a pas d’énormes différences par rapport à ce que l’on écoutait il y a 25 ans.
Par exemple quand tu écoutes tout ce qui est produit aujourd’hui et connoté «underground», et encore plus en ce moment car on est sur une espèce de retour à l’analogique et au vinyle, c’est fait avec les mêmes machines qu’il y a 25 ans. C’est certainement parce que l’électronique reste la dernière révolution en date, mais j’espère qu’un jour il y aura quelque chose de nouveau.
Mais, même si je pense que cela ne rendra pas la musique électronique poussiéreuse pour autant, je l’espère sincèrement pour que les jeunes d’aujourd’hui se prennent une gifle comme celle qu’on a prise. Franchement c’était jouissif ! Je pense qu’à l’heure actuelle il n’y a aucun disque qui puisse te mettre une baffe de la même force que celle que j’ai prise à l’époque, parce dans ce contexte, c’était radicalement différent de tout ce que je connaissais.

 

Je trouve ça étrange de ne pas être un père qui ne comprend pas la musique de son fils, tout comme ma mère ne comprenait pas ma musique.

 

Par exemple, je pensais que mon fils n’allait pas écouter la même musique que moi. Pourtant il m’a demandé de passer du Prodigy quand il m’a vu jouer pour la première fois au Canada récemment et cela m’ennuie. Même si d’un côté ça m’a fait super plaisir parce que c’est un groupe que j’aime bien et parce que je n’aurai jamais joué une merde, même pour lui, mais d’un autre côté je me dis qu’à 10 ans ce n’est pas normal qu’il ne me demande pas de jouer un truc dont je n’ai jamais entendu parler. Je trouve ça étrange de ne pas être un père qui ne comprend pas la musique de son fils, tout comme ma mère ne comprenait pas ma musique.
Jusqu’à la fin des années 80 les parents ne comprenaient jamais ce que leurs enfants écoutaient et il y avait toujours une opposition entre les générations. Mais aujourd’hui il n’y a plus d’opposition et je trouve ça bizarre. Donc j’espère que mon fils prendra une gifle à 17/18 ans et qu’il pourra se dire «ça c’est ma musique, c’est mon monde et ça m’appartient».

Laurent Garnier Portrait 1

 

2) La communion avec le public semble être importante pour toi, même essentielle, puisque tu dis dans ton livre que si un jour tu n’as plus cette communion, tu arrêtes ta carrière de DJ. Au début de ta carrière, tout ce que tu jouais était totalement nouveau – autant pour toi que pour le public, mais aujourd’hui les gens ne «découvrent rien» en soit.

Est-ce qu’aujourd’hui cette communion est aussi forte que celle que tu pouvais avoir à tes débuts malgré tout ?

_ La communion avec le public d’aujourd’hui ne peut pas être la même que celle vécue aux débuts de la musique électronique, mais je ne suis pas quelqu’un de nostalgique donc ça ne me fait pas souffrir. Ce n’est absolument pas blasant parce qu’aujourd’hui j’arrive encore à avoir beaucoup d’émotions avec le public.
C’est tout con, mais j’ai joué récemment à Biarritz pour le festival de Jules-Edouard Moustic (ndlr : « le festival Black & Basque ») et ce n’était pas spécialement un public pointu mais ça l’a fait, c’était énorme, il y a un truc qui s’est passé. Il y avait assurément des gens qui ne m’avaient encore jamais vu dans le public, c’est des choses qui se sentent, et il s’est passé quelque chose avec ces gens là, une vraie communion. C’est ça qui me tient en vie.

Alors effectivement ce n’est pas la même chose qu’à l’époque. Mais c’est normal car on découvrait cette musique là, il y avait énormément de tubes dans nos sets et certains disques devenaient très vite des hymnes. Aujourd’hui cela fait très longtemps que l’on a pas trouvé un morceau qu’on a envie de jouer 5 fois par soir et qui rend les gens complètement hystériques.

Maintenant on peut rendre les gens dingues, mais pas de la même façon : c’est plus un état de transe qui s’obtient sur la durée, alors qu’auparavant tu commençais par le truc du moment et tout le monde devenait fou.

 

J’ai d’ailleurs du mal avec les gens blasés, car d’après moi ils ne font pas leur job pour les bonnes raisons

 

3) Du début à la fin de ton livre, on a l’impression qu’en 25 ans tu n’as jamais cessé d’être impressionné par ta vie et tes rencontres, tandis que beaucoup de DJs semblent s’être très vite habitués à tout ça (alors qu’ils ont rarement une carrière aussi longue que la tienne). Comment expliques-tu cela ?

_Je trouve qu’on a énormément de chance et pour moi rien n’est acquis. Aujourd’hui je suis dans une position où je pourrais très facilement dire «Oh ça va, j’ai pas besoin de prendre 5h pour préparer mon set, j’ai une bonne réputation, ça va aller». Mais non, même après 25 ans je me dis toujours qu’il faut que je bosse.
C’est à l’image de ce que j’ai toujours été : je suis quelqu’un de très enthousiaste et je n’oublie pas que rien n’est jamais acquis. J’en ai vu beaucoup devenir blasés très rapidement et au final ces mecs ne sont plus là, et ce parce qu’ils sont devenus très vite aigris et que ce n’est pas sain. J’ai de la chance, je rencontre des gens sympas, des gens dont j’aime la musique, donc c’est toujours agréable de les rencontrer.

Je ne suis évidemment pas autant excité qu’avant parce que forcément je commence à être un peu fatigué avec l’âge, mais je continue à apprécier les belles rencontre et je pense en faire toujours autant qu’avant. J’ai d’ailleurs du mal avec les gens blasés, car d’après moi ils ne font pas leur job pour les bonnes raisons. Ils ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont de pouvoir vivre de leur passion, de ne pas être obligés de se lever pour aller bosser dans un endroit qu’ils n’aiment pas. Et encore plus aujourd’hui, car pour les jeunes c’est encore plus la merde qu’avant…

 

C’est à eux de se poser des limites et de se dire «Est-ce que je vais passer 2 heures dans un club à m’assurer que tous mes amis sachent où je suis, ou bien est-ce que je fous mon portable dans ma poche et je me lâche ?».

 

 

4) Tu évoques également une période où tu as songé à jeter l’éponge, de peur d’être devenu un vieux DJ dépassé, et en voyant les «kids» juger ta musique portable à la main. Plutôt que de te laisser abattre, tu dis avoir trouvé l’envie de les faire voyager et de provoquer leur réaction en jouant des choses qui leur parle.

Tu ne penses pas que finalement, ce que les jeunes attendent de toi, c’est de leur faire vivre l’ambiance d’une époque qu’ils n’ont pas connue ?

_Surtout pas ! Cela voudrait dire que je suis un vieux con poussiéreux qui ne pense qu’au passé. Je pense que la grande difficulté d’aujourd’hui, c’est que les jeunes n’arrivent pas à se déconnecter. Ça fait 15 ans qu’ils ont tous un portable à la main et qu’ils sont connectés tout le temps.
Si à un moment on ne sait pas mettre ces trucs là de côté et danser, se lâcher, s’abandonner sur le dancefloor sans penser à tout ce qui se passe sur ces objets, alors on ne profite pas vraiment du moment présent.

J’aimerai bien pouvoir leur faire lâcher du regard ces objets, mais je ne peux pas, c’est à eux de se poser des limites et de se dire «Est-ce que je vais passer 2 heures dans un club à prendre des photos, shazamer et m’assurer que tous mes amis sachent où je suis, ou bien est-ce que je fous ce truc-là dans ma poche et pendant deux heures je me lâche ?».

Il y a un endroit aujourd’hui qui est intéressant, c’est le Panorama Bar : il y est interdit de prendre des photos. Du coup, c’est le seul endroit que je connaisse où tu oublies complètement l’heure. La notion du temps au Panorama bar n’existe plus, et j’en ai fait plusieurs fois l’expérience. J’y suis récemment allé avec mon régisseur après mon set au Berghain sur les coups de 6 heures du matin en me disant «Faut pas que je tarde car je rejoue demain». Quand on a regardé notre montre pour la seconde fois, il était 14 heures. C’est unique au monde.
Ailleurs, on sait tout le temps quelle heure il est, où sont les autres, ce qu’il se passe dehors, et c’est représentatif de la nouvelle génération.

 

je trouve que la nouvelle génération qui s’approprie la techno regarde beaucoup trop dans le passé. Ca va complètement à l’envers de ce qu’on a défendu durant des années.

 

Cela étant dit, je ne suis pas nostalgique et j’utilise aussi ces objets que je trouve géniaux. En tout cas une chose est sûre : ce n’est pas mon rôle de passer que des vieux sons, surtout que je suis persuadé qu’il y a un paquet de jeunes qui font ça mieux que moi. D’autant plus que ce qu’on a toujours défendu depuis les débuts de la techno, c’est son côté futuriste.
On pourrait en parler pendant des heures, mais malheureusement je trouve que la nouvelle génération qui s’approprie la techno regarde beaucoup trop dans le passé. Ca va complètement à l’envers de ce qu’on a défendu durant des années. L’image même de la techno était de faire accepter aux gens qu’il pouvait y avoir des ordinateurs dans la musique, qu’il fallait être innovant et s’ouvrir au futur.
Alors quand je vois aujourd’hui des mecs de 20 ans qui ne défendent que le vinyle et n’utilisent que les outils analogiques, ça me plait parce que je comprends d’où ça vient, mais d’un autre côté je me dis «Merde, c’est tellement passéiste».

 

Quand j’entends que des mecs ne peuvent pas jouer plus d’une heure et demandent une blindasse, ça me rend dingue.

 

5) Plusieurs fois tu parles de manière assez tranchée sur le rapport entre l’argent et la musique (je fais référence notamment aux épisodes sur le changement de discours sur Radio Nova, et sur les pages où tu parles de l’époque où tu étais disquaire).
À qui en veux-tu le plus quand tu parles de tout ça ? À la réalité de la vie ou bien aux gens qui se laissent influencer par l’argent ?

_Je suis en colère contre les deux à la fois. Pour moi la musique et le fait d’être DJ est une histoire de passion, et je n’arrive toujours pas à comprendre comment des gens peuvent en faire un business. Peut-être que je suis super naïf.
Tu vois moi j’ai choisi ce métier car j’ai une famille à nourrir, et je gagne très bien ma vie, mais je ne pense pas que j’exagère. Quand j’entends que des mecs ne peuvent pas jouer plus d’une heure et demandent une blindasse, ça ne me fait vraiment pas rire, ça m’énerve, ça me rend dingue. Je ne le comprends pas parce que pour moi c’est une histoire de passion.

Pendant 20 ans Jean-François Bizot a mis toute sa thune dans radio Nova pour qu’on ait pas de pubs, qu’on ne soit pas emmerdés avec toutes ces choses qui nous polluent la vie, donc je garde une vraie passion pour ce mec là. Je ne reproche pas à Nova d’avoir mis de la pub, c’est normal après tout il faut bien faire rentrer de l’argent, mais je n’ai pas compris la manière dont ils ont lissé le discours qui allait derrière.
Le jour où je n’ai plus eu le droit de me foutre de la pub qui venait juste de passer à l’antenne, je ne me suis plus reconnu dans cette radio. Ils étaient obligés de faire de la pub, mais ils auraient dû choisir la pub afin de rester différents des autres stations.

 

Tu écoutes toujours un peu Radio Nova quand même ?

_Oui bien sûr ! La journée non car ça ne m’a jamais vraiment plu, mais la nuit bien sûr, j’adore, c’est d’ailleurs toujours mes super potes. Malheureusement je ne capte pas Nova là où j’habite, mais j’ai Radio Grenouille à 15km de chez moi, qui est un peu l’équivalent de Nova à Marseille. Mais d’une manière générale, j’écoute de moins en moins la radio car il y a de moins en moins de stations pertinentes selon moi.

 

6) Tu as produit et exploré durant ta carrière un peu tous les styles de musiques électroniques (dubstep, drum & bass, techno, house…), mais au final lorsqu’on regarde ta discographie (et même tes dernières sorties), on se rend compte que tu reviens toujours à la techno et à la house.
Comment expliques-tu cela ? Il y a quelque chose en plus dans ces styles selon toi ?

_En fait il y a eu un moment dans ma carrière où j’ai eu une certaine lassitude. J’avais l’impression de tourner en rond en faisant que de la techno ou de la house, et que tout le monde voulait que je refasse un Crispy Bacon ou un The Man With The Red Face, alors que je déteste me répéter. J’avais l’impression de ne plus avancer, et parallèlement je m’intéressais à plein d’autres choses comme la danse contemporaine ou le cinéma.
Donc j’ai un peu arrêté d’en faire, et j’ai démarré d’autres projets comme la musique de quatre ballets de danse contemporaine ou bien la bande son de deux films. J’ai continué à faire de la musique, sans avoir cette pression de faire danser des gens en club qui ne parlent que de Crispy Bacon.

Les danseurs contemporains n’ont pas besoin d’avoir une rythmique structurée ou de cheminement logique, donc cela allait parfaitement à contresens du club et me laissait beaucoup de libertés. Mais après 5/6 ans la musique club a commencé à me manquer et la mouvance techno du moment me plaisait, les sons qui sortaient me parlaient.
Alors j’ai ressorti mes machines, j’ai recommencé à faire danser des gens, et au final je me rends comptes que cette année je me suis éclaté à faire de la techno. C’est ma musique de coeur, donc forcément à un moment j’ai envie d’en refaire.

 

7) Que penses-tu du véritable regain d’intérêt que l’on peut observer pour la techno à l’heure actuelle et de ses nouveaux acteurs, notamment en France (Weather, Concrete, etc) ?  

_J’apprécie ce retour en force parce qu’effectivement, je me reconnais dans ce mouvement. Après comme je le dis souvent : pour combien de temps ? Tout va très vite maintenant, donc combien de temps cela va rester frais et excitant ?

 

Tu penses que ce «retour à la source» vient du fait que le public cherche à retrouver une virginité perdue au cours de ces 10-15 dernières années ?

_Absolument, et je pense même que ces 10 dernières années il n’y avait plus de combat à mener. Nous, on a mené beaucoup de combats pour que cette musique soit acceptée et qu’on ait la chance de pouvoir l’entendre partout comme c’est le cas aujourd’hui.
Mais maintenant que c’est quelque chose d’acquis, il n’y a fondamentalement plus de combat, même si depuis quelques temps il y en a un autre qui est arrivé : je pense que les jeunes d’aujourd’hui s’opposent à ce qu’il se passait il y a dix ans, à savoir le «tout gratuit», et je trouve ça très bien. Mais rien ne nous dit que dans dix ans d’autres personnes diront que ces gens sont trop passéistes.

 

il faut toujours se battre, il y a toujours un combat et il ne faut rien lâcher.

 

C’est aussi une réaction contre tous ces DJs superstars de l’EDM non ?

_Bien sûr, tout comme les DJs superstars étaient une opposition à ce que nous on défendait aussi, à savoir «l’underground» et le refus d’avoir notre nom avec un gros logo au-dessus. C’est pour cela que je le répète : c’est super ce qu’il se passe aujourd’hui, mais pour combien de temps ? Faites gaffe, ça fait super mal…
Donc protégez bien ce que vous avez, c’est hyper précieux, et rien ne nous dit qu’un jour des mecs n’arriveront pas en disant «vous faites chier, on est redescendu dans des caves à danser sur des trucs incompréhensibles» et lanceront un truc encore plus commercial que quand l’EDM est arrivée il y a 10 ou 12 ans. C’est exactement à ce moment-là que plein de DJs de ma génération ont dit «bon allez moi je me casse, je me reconnais plus là-dedans».

Donc pour moi, il faut toujours se battre, il y a toujours un combat et il ne faut rien lâcher.

 

 

Laurent Garnier Portrait 2

Interview de Laurent Garnier : propos recueillis par Clément Ségura et Robin Larroze. Photos par Nicolas Pulcrano.

On the occasion of his book’s release and his venue to the iboat club, we met Laurent Garnier for a discussion about his vision of modern music and its evolution over the last decades.
As a major actor of the electronic scene since the early stage and as founder of Fcom, Laurent Garnier is an artist who attached a great importance to regulary renew his art without betraying himself. And he is continuing to go through the different musical waves with an exceptionnal facility.

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1) In your book, « Electrochoc », you state that 25 years after the beginning of your own career, techno didn’t grow old and that actually nothing has been more innovative than electronic music (sound, production and technically speaking). We discussed this with Jeff Mills a couple months ago and he thought that some day, it would be possible to create a new type of music that would change everything.

Do you think it will be possible to create something that will make electronic music seem out-dated? 

_I hope so. I don’t think electronic music turned rock n’ roll into something old fashioned. It’s just different. In fact, electronic music didn’t grow old; when you listen to today’s tracks it didn’t really evolve with the time. There is no huge difference between what we were listening 25 years ago and today.

For instance, when you are listening to everything produced recently under the label  “underground”, it’s made with the same machines as 25 years ago. We are in a sort of come back to analog and vinyl stuff. It is certainly bound to the fact that electronic remains the last major evolution. I’m hoping for a new one to come. It won’t necessarily turn electronic music into something old-fashioned.
But I sincerely wish a change came for today’s youth. They need to take the same slap in the face, we once received with techno because it was something delightful, and currently no release is able to reproduce that. At the time, electronic music was completely different from everything else we knew that’s why it struck so hard.

I never expected that my son would listen to the same kind of music as I do and it is somewhat disturbing. Recently he saw me play for the first time while touring in Canada and he asked me to play some Prodigy.
In a way I was really happy because it’s a band I love and I would never have played a bad tune, even for him. But it’s somewhat weird, him not asking about something I have never heard before. I guess it’s strange for me not to be in the situation of the father unable to understand his son’s music just like my mum didn’t understand mine.

Until end of the 80’s, parents never understood what their children were listening to. And there was a musical conflict between generations. But today there are no more oppositions and I find it disturbing. I just hope that when my son turns 17 or 18 years old he will receive that slap and say “this is my music, this is my world and it belongs to me ».

 

2) The harmony with the people seems very important to you, in your book you say that if one day you lose this harmony, you could give up deejaying. At the beginning of your career, everything you were playing was completely new to you and to the audience, but today people aren’t discovering new stuff. Is the harmony with your public as strong as it was in your youth?

_The harmony with the public of today isn’t the same as the one we knew at the beginning of electronic music. But I’m not a nostalgic guy and it doesn’t affect me. I am not bored; I can still experience a lot of emotions with the audience.

This is stupid but I’ve recently played in Biarritz for Jules-Edouard Moustic’s festival (ndlr: “Black & Basque festival”) and although the crowd was not specially cutting edge it worked amazingly well! Something huge happened. Most of the people didn’t know me and this is the kind of things you can actually feel. But we experienced a unique feeling of communion, and this is what keeps me going.
Sure it’s different from what it used to be, at the time we were discovering everything, so we had a lot of hits in our sets and a lot of them became anthem we replayed again and again.

These days, it’s hard to find a track that you could play 5 times and make the crowd completely hysterical to it. Now, as a dj you can make people crazy but not in the same way. You’re getting more a sort of trance state of mind whereas before you started of with the hits and everyone went crazy instantly.

 

I feel uncomfortable with embittered guys. They don’t do the job for the right reasons

 

3) Throughout your book, it feels like you never stopped to be impressed by your life and the people you met in 25 years, while other djs seem to get used to it really fast (although they rarely have a career as long as yours). How can you explain that? 

_I think we are very fortunate and for me nothing is earned in advance. I’m in a position where as of today I could easily say, “It’s okay, I don’t need to take 5 hours to prepare my set, I have a good reputation, it should be fine.” No, even after 25 years I always say to myself that I have to work. I’m an enthusiastic and I know nothing is acquired in advance. I saw a lot of people get tired very quickly and at the end, those kinds of guys are not here anymore, they became bitter.

I’m very lucky; I still get to know nice people, whose music I love. It’s always amazing to meet more of them. I’m obviously not as excited as I used to be but getting older doesn’t change the fact that I can really match with someone, and connect with him or her. I feel uncomfortable with embittered guys. They don’t do the job for the right reasons. They don’t realise the chance they have to live of their passion and not to have to wake up to go working in a place they don’t like.

Even more today because the youth is in a tougher situation than what we were a few years ago …

 

They have to set rules for themselves and consider this “Am I going to spend the next 2 hours in the club making sure all my friends know where I am. Or will I put my phone in my pocket and enjoy”

 

Laurent Garnier Portrait 1

 

4) You also talk about a period where you wanted to stop, with the fear of becomming an old and outdated dj, kids judging your music on their cell phone.
Instead of giving up, you said that you found the ambition to make them travel and make them react in playing stuff they could relate to. Don’t you think that the younger crowd might just be expecting from you to revive an era they didn’t experience first handed?

_Certainly not! That would mean I’m an old dusty asshole only thinking about the past. I think the greatest difficulty today is that young people are unable to concentrate. For 15 years they all had a phone in their hand and they’re used to small gadgets making them connected at any time. If you can’t put those things aside when dancing in clubs, it is impossible to let go on the dancefloor without thinking about what is happening in all the connected objects.

I wish I could make them let go but I can’t. They have to set rules for themselves and consider this “Am I going to spend the next 2 hours in the club taking pictures, shazaming and making sure all my friends know where I am. Or will I put this shit in my pocket and enjoy for the next 2 hours?”

 

the new generation appropriating techno is way too obsessed with the past.

 

What happens in the Panorama Bar is really interesting: it is forbidden to take pictures and it’s one of the only places where you completely lose track of time. I experienced it myself a couple times. I went there recently with my stage manager, we arrived around 6 am after my set in the Berghain and I thought “We should not stay too long because I’m doing another set somewhere else tomorrow”. The next time we looked at our watches, it was 2am.
It’s a unique feeling. Everywhere else you always know what time it is and this is representative of this new generation.
But I’m not nostalgic and I use connected objects myself.

One thing is certain; it’s not up to me to play old tracks especially when there are plenty of younger djs better than me. From the beginning on we defended techno’s futuristic aspect.  We could discuss this for hours but it seems like unfortunately, the new generation appropriating techno is way too obsessed with the past.

It’s the opposite of what we’ve been defending for years. The essence of techno was to make people accept the use of computers in music, and turning them to the future. So when I see guys using only vinyl and old analog gear, I enjoy it, I can understand where it comes from, but on the other hand, it’s awfully stuck in the past.

 

When I hear about guys refusing to play more than one hour and still asking for outrageous sums, it drives me mad!

 

5) In your book, you often speak about the relation between money and music and you state your opinion quite clearly (cf: the episodes on the change of mindset at Nova Radio, and the part where you mention your experience as a record dealer)
Who do you blame for all of this? The way we are living or the people influenced by money? 

_I’m angry with both. For me, music and being a dj is about passion and I can’t understand how some turn it into a business. Maybe I’m still too naïve. I chose this job because I need to sustain my family and I earn well enough to live a confortable life, but I don’t think I’m exagerating.

When I hear about guys refusing to play more than one hour and still asking for outrageous sums, it drives me mad! This job is supposed to be about passion. During 20 years Jean-Francois Bizot put all his money into Radio Nova so we could listen to it without any ads and all that shit polluting our lives. I have a lot of respect for this guy and I can’t blame Nova for the advertising.
They have to earn money, but I just don’t understand the way they sleeked the talk behind this. The day I was no more allowed to joke about the advertising that just came on air, I couldn’t identified myself to this radio anymore. They had to advertise but they should have chosen their ads and remained different from other radios.

 

Do you still listen to Nova Radio nowadays? 

_Yes of course ! Not during the day because I never really enjoyed it but during the night yes, I love it and those guys are still my buddies. However unfortunately I cannot receive it from my home but I have “Radio Grenouille” 15km away, which is the equivalent of Nova in Marseille. Overall I just listen to less radio because there are less and less relevant ones out there.

 

6) You produced and explored a lot of different styles during your career. From dubstep and drum&bass to techno and house but in the end when we look at your discography (even your latest releases) you always come back to techno and house. How do you explain it? What makes those genres special to you?

_ There was a moment in my career where I got tired. I was running in circles doing only house and techno and everyone was expecting a new “Crispy Bacon” or “The Man With The Red Face” but I hate reproducing what I’ve done before.

I felt like I couldn’t go further and started picking up interest in a lot of other things, especially contemporary dance and cinema. So I put techno to rest for a while and started other projects like music for four different contemporary dance ballets and the soundtracks of two movies. I kept producing music but without this pressure of having to make the guys who were only interested in Crispy Bacon dance in clubs.

Dancers don’t need a structural rhythm or a logical pattern so it was going perfectly against the club logic and allowed me more freedom.  But after 5/6 years, I really missed club music and my interested in the techno movement renewed itself. Recent tracks were attractive again. So I took my gear out and went back to making people dance, I realize that all this years I had so much fun doing techno. It’s my favorite music so of course there is a time when I just wanted to go back it.

 

7) What do you think of the renewed interest for techno and its new actors today? More specifically in France with the Weather Festival, Concrete … 

_I appreciate this resurgence because I affiliate myself with this movement. But then again, for how long?” Everything is going really fast now, so how long is it going to stay fresh and exciting?

 

Do you think that this back to the basics comes from the fact that people are trying to recover something lost in the last 10/15 years?

_Absolutely, and I even think that in the 10 last past years, there was no more fight to lead. We led a lot of fight to make this music accepted, allowed and so we could have the chance to hear it everywhere as it is the case today. But now this is something acquired and there is no real fight even if something else came out lately.
I think young peoples from today are in opposition to what was happening ten years ago, the “all free” and I think it makes sense. However, nothing is telling us that in ten years some will think: “those guys are so old fashioned”.

 

You always have to be prepared, there is probably a new battle ahead and one shouldn’t give up.

 

It is also a reaction against all the EDM djs superstars?

_Of course, like the djs superstar were an opposition to what we defend as well. I mean the “underground” and the refusal to have our name branded with a big logo. This is why I’ll repeat it again “What’s happening today is great, but how long can it last?”
Be careful it can hurt a lot… so be prepared for it, the music we have is very precious. And nothing can prevent someone in ten years from complaining and arguing, “techno is a pain in the ass, making people dance to incomprehensible music in basements”. They will run something worse than the first wave of EDM 10-12 years ago.

That was the time when plenty of djs from my generation said “I’m getting out of this movement, I don’t recognize myself in this anymore” You always have to be prepared, there is probably a new battle ahead and one shouldn’t give up.

Laurent Garnier Portrait 2

 

Words by Clément Ségura & Robin Larroze, pictures by Nicolas Pulcrano.

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    14 Comments

    1. Thierry Nrds 18 novembre 2014 at 2:17

      bravo

    2. Nicolas Salengh 19 novembre 2014 at 8:02

      un de mes maîtres ! bravo Laurent !

    3. Kévin Jäger 20 novembre 2014 at 12:56

      Merci !
      le set de laurent au black n basque était le meilleur set sur les terres basques depuis 10 ans … gros voyage grosse claque comme dab' !

    4. Kévin Jäger 20 novembre 2014 at 12:56

      Merci !
      le set de laurent au black n basque était le meilleur set sur les terres basques depuis 10 ans … gros voyage grosse claque comme dab' !

    5. Kévin Jäger 20 novembre 2014 at 12:56

      Merci !
      le set de laurent au black n basque était le meilleur set sur les terres basques depuis 10 ans … gros voyage grosse claque comme dab' !

    6. Florian Estar 20 novembre 2014 at 7:21

      Cet article prouve bien que tu es un artiste authentique ! Face à une telle sincérité je m'incline! Je suis aussi artiste techno et house depuis 1994 et je retrouve des similitudes dans ma manière de percevoir cette noble et fantastique passion qu'est le djing ..
      C est chouette de voir qu'un gars de ton calibre et background reste dans le bon cap!

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