SSS Interview : Legowelt [FR/ENG]

Lors de son passage à l’IBoat pour la première édition des Basement Tales, Legowelt nous a parlé de son dernier album, de son défunt label, d’Internet et aussi un peu de ta mère (véridique).

Interview : Legowelt
Par Alexandre Aelov
Publié le 9 juillet 2014 | 19:13

Il y a un peu plus d’un mois se tenait la première résidence Basement Tales, initiée par Jann et Theorama. Les deux compères y invitaient l’exceptionnel Legowelt, cyber apôtre venu d’une dimension parallèle et boulimique de production, pour un live qui restera dans les annales de l’I.Boat. L’occasion pour nous de faire notre 39ème interview : Legowelt.

 

Tu as déclaré que Crystal Cult 2080 représentait un voyage plus introspectif que ne l’était The Paranormal Soul. Pourrais-tu décrire ce voyage ?

- Les morceaux sont plus personnels, disons. Moins de mélodies accrocheuses. J’ai fait moi-même la compilation des morceaux cette fois-ci, et ils étaient plus étranges du coup, plus complexes dans l’agencement mélodique. Il est assez difficile aujourd’hui de sortir un album, et je pense que le prochain sera volontairement plus abstrait encore. Tu vois, au final, Crystal Cult 2080 est une compilation de tracks dance, comme l’était The Paranormal Soul. En tant que tout, cette compilation ne fait pas sens. J’ai fait des disques conceptuels, comme l’EP Klaus Kinski par exemple, mais après une vingtaines de sorties de ce genre je me suis peu à peu lassé de ce type d’approche. En conclusion, je dirais que cet album est un voyage dans plusieurs paysages, chaque track en est un, mais il n’est pas question d’un seul monde unifié ou d’un seul paysage.

 

Depuis ta toute première sortie sur Bunker jusqu’à tes dernières sur Clone et Creme Organization, lequels de tes disques considères-tu comme des pierres angulaires de ton œuvre ?

- Comme des pierres angulaires… Difficile à dire, il peut y avoir plusieurs angles… Je suppose que mon premier disque sorti sur Bunker, Pimpshifter, signifie quelque chose de spécial pour moi. En soi, je ne l’aime pas tant que ça, il est si peu mature, trop facile, mais il représente vraiment quelque chose de personnel. Il y a aussi l’album sous Squadra Blanco (Night of the Illuminati), sorti sur Holosynthesis, parce que selon moi c’est l’album le plus cohérent que j’aie jamais fait. Il n’est pas si conceptuel que ça, mais chaque track s’accorde parfaitement aux autres. Dans un autre angle, je mettrais l’EP Journey To A Land, que j’avais sorti sous Polarius, sur Creme, car ses tracks ne sont pas totalement terminées. Apollo Park, par exemple, hé bien j’ai du la faire en… 5 minutes, pas plus. Vraiment. Il y a quelque chose dans ce morceau, je ne pourrais pas le refaire. Quelque chose a pris possession de moi à ce moment là.

 

Il faut dire que ta discographie est immense et s’étend sur de très nombreux labels… Qu’est ce qui t’a amené à signer chez autant de structures ?

- Je produis énormément de musique, donc quand un label s’y intéresse, je lui donne quelque chose à sortir. C’est intéressant de toucher des publics très différents en voyageant comme ça d’un label à l’autre. Ça crée au final une communauté faite de personnes très différentes. Pour les labels de La Haye, comme Creme, Bunker ou Clone, c’est très simple je connais les personnes qui les gèrent et j’aime travailler avec tout ce monde, c’est une question d’amitié.

 

En 2009 je me suis dis que le temps était venu de stopper la machine, avant que ça ne devienne un réel problème, avant que je ne commence à sortir de la deep-house progressive merdique !

 

Et concernant ton propre label, Strange Life Records, que tu as cessé de faire fonctionner en 2010, quel était le projet initial ?

- En fait, je ne voulais pas fonder un label. En 2004, j’avais sous la main cette musique ambient assez étrange que je gravais sur des CD et donnais aux gens qui la voulaient, puis j’ai sorti tout ça sous le nom Strange Life. Plus tard, ce nom est apparu sur Discogs en tant que label, et tout le monde a pensé qu’il s’agissait d’un véritable label. Certains ont commencé à m’envoyer des démos, et je les ai sorties parce que, hé bien, je ne sais pas dire non… et la musique que je recevais était vraiment bonne et méritait de sortir. Puis j’ai commencé à faire presser des vinyles. Mais au final j’ai eu trop de responsabilités à gérer. Quand tu sors tes propres trucs tu peux y consacrer le temps que tu veux, laisser traîner les choses, mais lorsque tu dois promouvoir d’autres artistes, ils ont des attentes, il y a des délais etc… je ne pouvais plus y m’y dédier à fond. En 2009 je me suis dis que le temps était venu de stopper la machine, avant que ça ne devienne un réel problème, avant que je ne commence à sortir de la deep-house progressive merdique !

 

 

Regis nous a confié un jour qu’avoir un grand nombre d’alias était nécessaire pour décentraliser son ego. Tu valides ce point de vue ?

- Absolument, il a raison. Dans les années 80 et 90 les producteurs avaient fréquemment recours à de nombreux alias. Aujourd’hui les gens trouvent normal qu’un artiste n’ait qu’un seul nom, qu’un seul projet, qu’un seul son. C’est étrange, car avec Internet ils pourraient très bien faire le lien entre chaque alias. Pour moi c’est tout à fait naturel, car je produis des genres de musique très différents.

 

Récemment, tu as fait une visite de ton studio en vidéo qui montre la grande variété de machines que tu utilises. Penses-tu que le type de machine que tu utilises en premier pour créer une track détermine tout l’imaginaire et la créativité qui vient ensuite ?

- Mon imaginaire est créé par les machines. Différents types de machines créent différents types d’imaginations. Si tu as un Juno ce sera quelque chose de cru, simple, alors que si tu commences avec une Korg Wavestation, un Triton, une Microstation ou un X5, tu auras quelque chose de plus exotique. Chacune a une palette très précise de couleurs. La machine que je choisis pour commencer me guide alors vers une image de la musique que je vais créer.

 

Tu as vu se développer la scène de La Haye au fil des ans. Quel regard portes-tu sur elle aujourd’hui ?

- Je pense que les choses ont bien évolué. Beaucoup de jeunes apportent du sang neuf en ce moment, il y a un renouveau, avec de nouveaux labels, beaucoup de soirées. C’est une renaissance qui est à l’œuvre aujourd’hui.

 

Tout est devenu un peu trop facile, quand tu es un jeune aujourd’hui même ta mère est sur Internet.

 

Tu as créé le cyberzine Shadow Wolf à l’esthétique très old school. Comment la cyberculture a influencé ton travail musical ?

- Je dirais que c’est les nineties ! Nous étions tous passionnés d’ordinateurs, avant même qu’Internet n’apparaisse, et pour les jeunes comme moi le cyberespace, c’était le futur. C’était une réelle aventure et je pense que j’ai gardé une certaine nostalgie de tout ça. Je pense sincèrement que tout le mouvement cyberpunk n’a jamais vraiment existé. L’Internet aujourd’hui n’a rien à voir avec ce qu’on pouvait imaginer à l’époque… tout est devenu un peu trop facile, quand tu es un jeune aujourd’hui même ta mère est sur Internet. Dans ma musique j’ai essayé de recréer cet aspect, j’ai essayé de construire une culture où les gens peuvent s’échapper loin de leur quotidien, quelque chose à part au beau milieu de tout. C’est pour ça que j’ai également créé Shadow Wolf, pour apporter un peu plus que de la musique.

 

Un dernier mot : quand tu es allé faire de l’enregistrement sur bande magnétique avec Xosar sur la tombe de Frédéric Chopin à Cracovie… tu as capté quelque chose ?

- Oui… de la musique. Peut-être que ça venait des escaliers, à l’étage, je ne sais pas. Il faut que j’enquête un peu plus là dessus…

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You’ve said that Crystal Cult 2080 was a more introspective travel than was The Paranormal Soul. Could you describe this travel ?

- The tracks were more personal. Less gimmicks. I’ve done the selection by myself, the tracks were a bit freakier, more advanced in the melody structures. It’s kind of difficult nowadays to make an album, I guess I’ll do the next album even more abstract. Because, you see, Crystal Cult 2080 is still a collection of dance tracks, like was The Paranormal Soul. As a whole, it doesn’t make sense as an album. I’ve done concept records, like the Klaus Kinski EP for example, but I was fed up with doing such conceptual records, I’ve made like 20 releases like this. To sum up, I’d say that this album contains landscapes, each track is one landscape, but there is not anything like a whole world, a whole landscape in it.

 

Among your huge discography, from your first releases on Bunker to your latest one on Clone and Creme Organization, which records do you consider as a corner stone in your creation ?

- A corner stone… well that’s tricky, a room has different corners you know… I guess, for me, the first EP on Bunker, Pimpshifter, means something special. I don’t really like the record, it’s very immature, cheasy, but it still means something. Then, there would be the Squadra Blanco album (Night of the Illuminati), on Holosynthesis, because it’s, in my opinion, the most coherent album I have ever made. It’s not that much conceptual, but every different track fits perfectly to the other. In another corner it would be the Journey To A Land EP, under Polarius, released on Creme, because the tracks aren’t really finished. The track Apollo Park has been made in like… 5 minutes, really. There is something in it, I couldn’t redo it. Something took over me.

 

You have a huge discography, and it spreads on a ton of labels. What led you to sign on all of these ?

- I produce a lot of music, so when a label is interested by my music, I give it to them. It’s interesting to reach different audiences by travelling through different imprints. It creates a weird fanbase built out of very different people. For the labels from La Haye, like Creme or Bunker, or Clone, I know these people very well and I like to work with them, it’s a friendship stuff.

 

And about your own label, Strange Life Records, that you’ve stopped running it around 2010, what was the original project ?

- I actually didn’t want to start a label. I had this strange ambient music in 2004 that I used to burn on Cds and give to people who wanted it, and I released them under Strange Life. But then it appeared on Discogs as a label, everybody began to think that it was a serious label. People started to send me demos, and I released it because, well, I can’t say no… and the music I received was good and deserved to be published ,you know. Then I started to release vinyl too. But it became too much responsibilities. When you release your own stuff it’s ok to work on it when you can, but when you have other artists to promote, there are expectations, deadlines etc, this I couldn’t do anymore. In 2009 I thought that it might be the time to stop this as it was, before it becomes a problem, before I start to release some crappy progressive deep-house music !

 

Today people find it normal for an artist to have only one name, one project, one sound.

 

Regis told us once that having a lot of aliases is necessary to decentralize your ego. Do you agree with this ?

- Definitely, he said it perfectly right. In the 90′s and 80′s producers did this a lot. Today people find it normal for an artist to have only one name, one project, one sound. It’s strange, because with the Internet today people can easily join the dots between the aliases. Well it’s natural for me to have a lot of them, because I produce a lot of different music.

 

You recently made a extended studio tour on video, showing the great diversity of machines you’re using. Do you think that the kind of machine you start a track with determines your whole imagination and creativity that comes after ?

- The imagination is created by the machines. Different kind of machines create different kinds of imaginations. If you have a Juno it’ll be something raw, simple, or if you have a Korg Wavestation, or a Triton, or a Microstation, or a X5, you’re into something more exotic. Each one have a precise palette of colours. The machine I chose will force me into some picture of the music I’ll create.

 

You’ve seen the whole scene in La Haye developping through the years. How do you see this right now ?

- It grew old kinda good, it’s interesting because there are a lot of kids doing very creative things right now. There is a renewal, with new labels and parties. There is a renaissance going on.

 

I think that the whole cyberpunk movement didn’t really exist in the end.

 

You’ve created the old school Shadow Wolf cyberzine. How did this cyberculture influenced your musical work ?

- Well, I’d say that these are the 90′s ! We were really into computers, before the Internet was there, the whole cyberspace was the future. It was really an adventure, so I guess it’s some kind of nostalgia. I think that the whole cyberpunk movement didn’t really exist in the end. The Internet today isn’t as we could imagine back in the days… it has become a bit cheesy, when you’re a kid even your mother is on the Internet today. In my music I tried to recreate this aspect, to build a culture where people can escape from their everyday’s life, something apart in the middle of everything. That’s why I wanted to create this Shadow Wolf thing, to bring a bit more than music.

 

Last word : while you where tape recording with Xosar above the grave of Frederic Chopin in Krakow… did you ear something afterwards ?

- Yes… music. This might have come from upstairs, I’m not sure. I still have to investigate…

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