SSS Interview : Mace. [FR/ENG]

A l’occasion de la sortie sur Lux de son nouvel EP, Mace. nous accorde une brève plongée dans son esthétique hantée par le spectre financier mondial.

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Par Alexandre Aelov
Publié le 31 octobre 2016 | 0:12

Mace. est de ces artistes dont l’art prend des formes multiples. Naviguant sur des horizons oniriques au fil de sorties sur Eclipsemusic, Attic ou Further Records, son imaginaire n’a cessé de varier pour atteindre des tréfonds particulièrement amers. Sa dernière sortie sur Veleno Viola affirme dans un style nouveau ce regard lucide et ironique porté sur un monde actuel déchiré par le spectre de la globalisation et les conséquences qu’on connait. Plongée dans un rêve éveillé fait de chiffres et de fureur.

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Alors que tes précédents travaux développaient une esthétique très aérienne et industrielle, ton EP Splendore Finanziario sur Veleno Viola, le label de Violet Poison, prend un tournant clairement plus EBM. Comment as-tu signé sur ce label ? Est-ce que cela a influé sur ton choix esthétique ?

Je n’ai jamais d’idée très claire de ce que sera quelconque sortie qui voit le jour, ou plutôt de l’étiquette sous laquelle elle sera identifiée a posteriori. Je reconnais que Splendore Finanziario est une release différente des autres qui l’ont précédée, notamment parce qu’elle s’inscrit dans un style plus identifiable et qu’elle est plus homogène, mais au final ça n’a pas beaucoup d’importance pour moi. Je suis entré en contact avec Francesco, l’homme derrière Veleno Viola, son nouveau projet de label m’intéressait et je me sentais en adéquation d’un point de vue artistique. Cependant je n’ai jamais voulu m’inclure dans un genre spécifique, et j’aime l’idée de sortir des travaux très variés sur des labels différents, qui parfois même n’ont aucun lien entre eux. D’une façon plus générale, je pense que j’ai de la chance d’assister à cette prolifération de labels et de pouvoir faire ce que j’aime et travailler avec qui bon me semble.
Bien sûr, mes morceaux sont le reflet dans une certaine mesure de mes racines musicales (post-punk, no wave) et je suis tout à fait conscient que l’industrie a besoin de classifications déjà existantes ou d’en créer de nouvelles pour identifier la musique, mais être rangé dans la catégorie EBM me fait un peu peur, d’une part parce que je ne vois pas Splendore Finanziario comme un disque d’EBM pur jus, de l’autre parce que l’EBM est un genre parfois synonyme pour moi d’ennui.
Je n’ai pas commencé à faire de la musique pour m’implanter dans un genre précis défini par le marché de la musique électronique, mais plutôt pour créer une approche spécifique sur un autre plan.

Cet EP déroule également une thématique liée au système financier. Si on regarde les titres de ta précédente sortie, Non Succede Niente, et peut être même dans le mini album The Wealth Of Nations, c’est une thématique qui semble être en germe depuis un moment déjà dans ton oeuvre. Qu’est-ce qui t’inspire dans cette sphère ? Est-ce que cette approche conceptuelle a directement inspiré tes choix esthétiques pour cet EP ?

C’est en effet un sujet qui me suit depuis un bon moment.
Je suis principalement intéressé par la corrélation entre les hommes et la finance, et ce qui se développe à partir de ça. Pour clarifier les choses, par « finance » je n’entend pas le milieu financier au sens strict, mais plutôt tout notre rapport aux institutions financières, et la façon dont nous intégrons les informations qui nous parviennent de ce milieu. Plus précisément, ce qui m’intéresse c’est la manière dont les gens perçoivent la finance, la façon dont ils pensent que le système fait partie de leur vie et ce degré de proximité. J’y vois quelque chose comme une relation très subjective, quelque chose qui existe bel et bien mais qui reste souvent imperceptible.
D’une manière générale, mon inspiration vient plus directement des grandes théories économiques, de titres de presse ou d’une photo prise dans un article. Pour The Wealth of Nations je me suis inspiré de la « main invisible » d’Adam Smith, une théorie qui reste encore très d’actualité dans la phase actuelle du capitalisme que nous vivons ; Non Succede Niente a pour sa part été créé pendant une période où je lisais beaucoup de choses au sujet de Bretton Woods, de la naissance du FMI et de la Banque Mondiale.

Ces derniers temps je suis inspiré en bien comme en mal par la vitesse à laquelle nous assistons au développement des services financiers et la technologisation de la finance, qui coïncident entre autres avec le développement des technologies de blockchain et du trading algorithmique. J’ai d’ailleurs discuté de ces thèmes avec mon amie Alice Cannava d’Occulto Magazine il y a quelques mois, et il en sera question dans la prochaine cassette que je sors chez Angoisse dans quelques mois.

Est-ce que l’aspect mathématique de la sphère financière t’inspire également ? Est-ce qu’il y a corrélation entre cet aspect et tes choix techniques par exemple ?

Non pas vraiment, c’est d’avantage une question d’imaginaire.
Pendant un certain temps j’étais curieux d’essayer une approche musicale en utilisant des séries de données, je voulais combiner des valeurs avec certains paramètres sonores. J’ai d’ailleurs une idée assez précise de comment faire, c’est quelque chose que j’essaierai très probablement dans un futur proche.

Est-ce que ta dernière sortie a des liens avec d’autres arts ? Plus globalement, es-tu de ces musiciens qui ont besoin d’un background extra-musical pour créer ?

D’une certaine manière mes travaux sont toujours liés à une source visuelle. Il m’arrive souvent que l’inspiration vienne d’une image qui se transforme en son. Par exemple, pour Splendore Finanziario tout a commencé avec une photo figurant dans un article au sujet des difficultés économiques actuelles du Japon dues à l’essoufflement de sa croissance d’après-guerre. Depuis ce moment j’ai été totalement absorbé par cette vision d’un flot d’images et de sons. Splendore Finanziario est un voyage dans ce qu’on appelle la « Décennie Perdue » dans l’histoire économique du Japon, avec des figures caractéristiques de cette période des années 90 comme le sarakin (personne ou organisme qui propose des prêts risqués, dits « toxiques », ndt) et les concepts de saving face et de loan shark hell. Le titre reflète aussi ironiquement la corrélation entre la prospérité des marchés financiers et un certain déclin économique et social.
Je passe beaucoup de temps à lire des articles, blogs, médias alternatifs (ici ou ici), plutôt que de m’acharner des heures et des heures en studio à créer le morceau ou le son absolument parfait. J’ai également étudié le piano pendant 7 ans, ce qui a été très utile pour une partie de mon travail, mais qui n’a plus beaucoup d’intérêt pour ce que je fais actuellement.

 

Tes précédentes sorties avaient un fort background industriel. Penses-tu que les musiques dites industrielles dans les formes d’aujourd’hui peuvent toujours incarner cet esprit critique envers les systèmes et cultures établis ?

En effet il y a un fort background industriel dans The Wealth of Nations et d’une certaine manière dans The Heavens Are Already Theirs.
Pour le reste, je ne suis pas sûr. Je pense personnellement que le genre ne fait pas vraiment de différence, dans la mesure où de nouvelles mouvances sont essentielles pour l’émergence d’autres par la suite mais au final elles ont aussi les enfants de leurs époques. Je pense qu’aujourd’hui la capacité à déstabiliser que tu évoques pourrait résider, si on s’en tient à la musique, dans de nouveaux moyens de distribution physiques et digitaux, une expérimentation de nouveaux modèles économiques. Prends les technologies de blockchain par exemple, nombreux sont les projets à les utiliser pour créer de nouveaux moyens de distribution, ou une meilleure organisation et transparence dans les transactions,  ou pourquoi pas une crypto-monnaie alternative.
Que ces idées soient bonnes ou mauvaises, elle représentent autant de tentatives de déstabiliser/renouveler le système actuel.

Quels sont tes projets dans un futur proche ? Peux-tu nous en dire plus au sujet de tes releases à venir ?

J’ai pas mal réfléchi à de nouveaux projets, comme je l’évoquais plus haut, mais j’ai besoin de beaucoup de temps et de me focaliser dessus pour vraiment les mener à bout de manière satisfaisante.
Concernant mes prochaines sorties, j’ai un disque qui sort ce 7 novembre sur Lux Records.  Things Everyone Will Be Talking About Today est constitué de 3 tracks de moi et d’une collaboration avec Diana Beti (aka Violet Poison). Les précommandes sont disponibles sur Bordello a Parigi.

Le titre vient d’un titre similaire sur une colonne dans bloomberg.com , dans laquelle les grands titres politico-financiers du jour sont présentés. Au-delà d’un attrait particulier pour cette stratégie d’organisation des informations, j’ai toujours été fasciné par l’esthétique de ce genre de publication. J’ai voulu incorporer ces deux aspects dans cet EP, afin de donner un impact particulier aux titres des morceaux tout en construisant une esthétique proche du pamphlet.

Je suis en train de terminer une cassette qui sortira bientôt sur Angoisse. Il s’agira d’une combinaison un peu étrange de différents éléments à des rythmes différents et de vocaux hip hop ; ces derniers temps, j’ai voulu prendre du recul par rapport à un certain type de musique que j’ai créée moi-même et beaucoup écouté bien sûr, je ressentais une certaine « intoxication » sur laquelle j’ai voulu travailler pour la dépasser.
Je suis également en contact avec le responsable de la marque Sixpack France pour une collaboration à venir.

Mace. is an artist whose art can take many shapes. Sailing from dreamscapes throughout releases on Eclipsemusic, Attic or Further Records, his imaginary never ceased to vary, reaching bitter abysses. His last release on Veleno Viola explores a new style, allowing an aware yet ironic look  upon a world torn by the ghost of globalisation and its consequences.

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Whilst your previous works develop an atmospheric and industrial perspective, your release Splendore Finanziario on Violet Poison‘s Veleno Viola takes a clear EBM-like orientation. How did you come to release on this label ? Did it guide your stylistic orientation?

First of all I need to specify that it’s never really clear on my mind what is going to be the output, or rather, how is going to be named or labeled. I recognize Splendore Finanziario is different from my previous works, meaning that it can be probably defined in an easier way and the tracks are more homogeneous, but this is not really important to me. I got in contact with Francesco, the man behind Veleno Viola, cause I was curious about his new label project and I felt his artistic inclination was coming towards mine, in a stylistic and expressive way. However, I never felt to be fully represented by a specific genre or label, and I like the idea of releasing discrepant works on different, sometimes even unrelated labels. Moreover, I think I am lucky enough to witness this proliferation of record labels, and to have the possibility to do whatever I like and work with whom I want.

With no doubts my tracks reflect someway my music roots (post-punk, no wave,..) and I am aware of the market’s need to use pre-existing (hybrid) appellatives or create new ones to identify new music scenarios but I am bit scared to be classified as EBM producer for mainly two reasons: the first is that I don’t see Splendore Finanziario as a pure EBM record, the second is that sometimes EBM to me means boredom.

I didn’t start making music to take a precise position in the genre-oriented market of electronic music, but rather a specific approach in another sphere.

Furthermore, it develops on the thematic of the worldwide financial system. Considering the titles, it was also in germ in your previous release Non Succede Niente which was out the same year, and perhaps even in your last mini album The Wealth of Nations. What is it that inspires you in this sphere ? Did this conceptual orientation determine your stylistic choices ?

This subject and I have been companions since the beginning.

I am mostly interested in the correlation between humans and finance, and its developments. To be clear, with “finance” I don’t mean only the high bottom of the financial system, but rather any operations that involve our relationships with financial institutions, and how we process the informations and the news about this topic that come to us. In particular, I am interested in the way people perceive financial facts, in which measure they think the system is inside their lives and how close. Personally, I see it as a sort of subjective relationship, something that undoubtely exists but is often imperceptible.

In general, inspirations come more directly from classic economics theories, white papers’ sentences or from a picture featured in an article. For The Wealth of Nations I chose Adam Smith’s theory of the invisible hand, which is still hot in the last phase of capitalism we’re living, while Non Succede Niente has been created in a period in which I was reading a lot about the facts of Bretton Woods, the birth of FMI and the World Bank Group.

Currently I am inspired both in positive and negative terms by the speed we’re witnessing in the proposition of financial services and the intensiveness of fintech improvements, coincident for instance with the use of blockchain technologies and algorithmic trading; we’ve talked about these themes with my friend Alice Cannava from Occulto Magazine some months ago while also being featured in my next tape for Angoisse coming out in few months.

Do the mathematical aspect of the financial sphere inspire you, in the way that it creates a correspondance to technical aspects of your studio process?

No, I mean, not really. It’s more about imagination.

For a certain period I have been quite interested in approaching music using data series, I wanted to combine someway trends of specific data with certain sound parameters. I have a precise idea of how to do it, I will probably try it in the next future.

Does your latest release have a link with other arts, cinema maybe? More generally, are you this kind of musician who needs a non-musical background as a root of creation when composing? 

Someway my works are always linked to a visual source. It happens often that the creation process starts from a specific image or aesthetic which then converts into sound. For instance, with Splendore Finanziario it all started from a picture featured in an article about Japan’s actual economic issues due to the collapse of its postwar growth. Since that moment I have been completely captured by that vision and a flow of particular images and sounds began to spurt inside my head. Splendore Finanziario is a journey into the so-called “Lost Decade” of Japan economics and some relevant traits of Japanese culture such as the phenomenon of “sarakin” and the concepts of “saving face” and “loan shark hell.” The title wants also to reflect ironically on the correlation between the financial markets prosperity and the economy as well as social upheaval.

I spend most part of my spare time in reading articles, blogs, new initiatives like this or that, rather than pass a lot of hours in the studio trying to create the perfect track or sound. I studied piano for almost 7 years; this has been useful for some of the stuff I’ve worked on, but it has been quite irrelevant for what I made more recently.

There was a strong industrial background in your previous releases. Do you think that industrial music in its modern forms can still empower this spirit of criticism against established system and culture it had in its early days ? 

Yes, there was an industrial background especially in The Wealth of Nations and part of The Heavens Are Already Theirs.

Well, I am not sure. I personally think that the genre doesn’t really make the difference in a way that new movements are essential for the birth of following ones but in the end they are also children of their time. I feel that nowadays the power to destabilize you’re talking about could lie (if we’re talking about music) within new ways of physical and digital distribution in terms of experimentation of new business models. Take blockchains technologies for instance; more and more are the projects using them to create new ways of distribution, or a better organization and transparency of the transactions, or even a type of sub-cryptocurrency, the valuation of which directly reflects the appeal of an artist.

Could these ideas be good or bad, in any case they are attempts to destabilize/renew/ the actual system.

What should we expect from you in the near future ? Can you tell us more about your next release ? Do you have in mind other projects ?

Well, I have been thinking about new projects, as I introduced you in the third question, but I need time and hard work to develop them in a way I feel satisfied.

Regarding my next releases, I have a record coming out the 7th of November on Lux Records. The title is 4 Things Everyone Will Be Talking About Today and it is made up of 3 tracks of mine plus a collaboration with Diana Berti, aka Violet Poison. You can preorder it at Bordello a Parigi.

The title of this work comes from the homonym title of a column featured on bloomberg.com, in which the political-financial highlights of a particular day are summed up. Besides an attraction for this particular strategy of news organization, I’ve always been fascinated by the aesthetics of this kind of journals. I wanted to incorporate both aspects in the EP, giving strong impact to track titles while creating a record aesthetically closer to a pamphlet.

I am finishing to work on another tape which is coming out quite soon on Angoisse. This one is gonna be a weird combination of different elements, as different rhythms and hip hop voices; in recent times I felt it was challenging to free myself from a certain type of music I’ve been making and listening to and to work on this sort of “intoxication” to exceed it.

At the moment I am also in contact with the guy behind french clothing brand Sixpack France for a forthcoming collaboration.

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