SSS Interview: Marcel Dettmann [FR/EN]

Entretien avec un titan.

SSS Interview -- Marcel Dettmann

Label

Genre

Par Alexandre Aelov
Publié le 8 mars 2013 | 18:59

Marcel Dettmann, titan mondialement reconnu de la techno berlinoise, était notre invité le 04 janvier dernier à l‘iBoat et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a retourné allègrement le bateau pendant 4 heures devant un public aussi nombreux que passionné. A cette occasion, il nous a gracieusement accordé une interview qui vaut le détour.

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1) Tu as créé ton propre label afin de sortir ton premier EP. Aujourd’hui, alors que tu es signé sur Osgut Ton, le label du Berghain, tu continues de sortir des EP sur Marcel Dettman Records. Est-ce un moyen de garder une certaine indépendance ?

Non, c’est simplement que j’ai des amis qui produisent de la très bonne musique, et je tenais à les signer. J’ai créé mon label dans ce but.


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2) Les dix sorties de ton label sont pour plus de la moitié tes propres productions. Il n’y a que trois autres noms : Norman Nodge, Wincent Kunth et Answer Code Request. Les artistes que tu veux signer sont si rares que ça ? Qui aimerais tu promouvoir via ton label aujourd’hui ?

Il y aura de nouveaux noms pour l’année prochaine, par exemple Anthony Parasole, qui dirige le label Deconstruct avec Levon Vincent, et aussi d’autres artistes. Mais il est trop tôt pour en dire plus.

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3) 50 Weapons semble assez loin de ta ligne habituelle. Ton EP Deluge/Duel peut donc sembler un peu à part dans ta production. Pourquoi as-tu décidé de signer chez eux ? Qu’est ce que proposait le label de Modeselektor que tu ne trouvais pas ailleurs ?

Les deux membres de Modeselektor sont des amis proches depuis plus de dix ans et ils me demandaient constamment de signer telle ou telle track. J’en avais quelques unes de côté, jamais publiées, et ils voulaient absolument sortir « Deluge » sur leur label. C’est une histoire d’amitié avant tout.


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4) Tu as signé sur Ostgut Ton l’année de ton premier EP sur ton label, on peut dire que les choses sont allées vite pour toi ! Quelles en sont les raison à ton avis ?

Depuis le début il y a toujours eu cette symbiose avec le club. A l’époque où j’ai signé sur Ostgut Ton j’étais déjà proche des patrons du Berghain, parce que j’avais été résident de l’Ostgut pendant 6 ans. L’année où Ben Klock est devenu résident du Berghain, nous avons commencé à faire de la musique, comme ça pour le fun, puis nous l’avons envoyée au patron du club, et il a décidé de sortir la release. C’est comme ça que tout s’est accéléré.

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5) Cette première sortie sur OT était donc un split avec ton partenaire de résidence Ben Klock. Comment vous êtes vous rencontré ? Quand avez-vous décidé de travailler ensemble ?

En fait, je ne le connaissais pas avant. Nous nous sommes rencontrés en 2005 au Berghain quand il y jouait pour la première fois. On s’est vus une ou deux fois, on est rapidement devenus amis et naturellement la musique est venue. Tout s’est fait très spontanément, on traînait pas mal, on écoutait de la musique… on jouait à Fifa! Au final, une très bonne première expérience.


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6) Ben Klock a commencé à produire en 1998. Est-ce que son expérience plus ancienne t’a convaincu de collaborer avec lui ?

Non, vraiment la raison principale de notre collaboration était notre amitié, depuis le début !

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7) Tu dirais que le Berghain est le meilleur club d’Europe ? Du monde ?

Pour moi, le Berghain, c’est Berlin. J’ai grandi dans l’esprit techno berlinois qui est resté intact au Berghain au fil du temps. C’est vraiment une question d’esprit. C’est un club très particulier, effectivement, car se sont les gens qui le fréquentent qui font et entretiennent cet esprit.

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8) Comme tu le dis toi même, tu aimes les longs sets (on ne va pas s’en plaindre ce soir!), tandis que d’autres artistes s’en tiennent à un format assez court, 1h30, voire même 1h. Penses-tu qu’il soit possible de construire quelque chose en seulement 60 minutes ? D’un autre côté, comment fais-tu pour tenir en haleine une foule pendant 4h et plus ?

60 minutes, c’est un challenge. Il faut faire tenir toutes ces choses différentes dans un tout petit format. Tout dépend de la situation, je peux aussi apprécier les sets courts. Mais je préfère largement les longs sets. Comment je fais ? Disons que c’est un va et vient constant entre l’artiste et le public, qui se construit par vagues. C’est très courant à Berlin, avant les DJ mixaient toute la nuit, deux fois par semaine! C’est heureusement resté dans l’esprit berlinois.


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9) Tu mixes exclusivement sur vinyles. Pour la majorité des gens, le vinyle est considéré comme le seul format noble, et aujourd’hui les ventes décollent même si beaucoup ne cessent de prédire la mort des formats physiques face au numérique. Que penses tu de tout ça ?

Le vinyle est très important pour moi, dans sa dimension tactile, ce contact avec l’objet. Cette relation digitale à la musique m’énerve, comme du PQ qu’on jette. Quand tu as un disque, tu t’attaches à la musique d’une manière très particulière. C’est une très bonne chose que le vinyle soit encore produit et bien diffusé, mais je pense que ça restera toujours quelque chose d’underground.

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10) On voit aujourd’hui un engouement renouvelé pour la techno, du moins en France, y compris dans ses franges les plus deep. Est-ce juste un phénomène français ou observes-tu ça aussi dans d’autres pays ? En Allemagne ?

Je pense que la techno est toujours aussi présente, ensuite son audience fluctue, c’est un fait. Disons qu’on est aujourd’hui sur le haut de la vague.

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11) Ton album est sorti quatre ans après ton premier EP. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le format album n’est pas le plus facile à adopter pour les artistes techno. Quand as-tu su que tu étais prêt à relever le challenge ? Il y a sur cet album de très nombreuses explorations très expérimentales, et il ne se répète jamais tout en restant cohérent. Comment l’as-tu construit ?

J’ai décidé de me lancer dans un album quand j’ai eu assez de tracks pour faire quelque chose de cohérent. L’idée était un peu étrange parce que je suis un artiste techno, et le format album n’est pas ce qui vient en premier à l’esprit. Mais finalement les tracks faisaient sens, et j’en avais suffisamment pour construire quelque chose de satisfaisant.


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12) La raison principale pour laquelle le format album s’impose peu dans la scène techno vient du fait que beaucoup d’artistes se ferment parfois à l’expérimentation et à explorer de nouveaux horizons, donnant l’impression d’être un peu autistes et repliés sur leurs acquis. Dans ces conditions, construire un album peut être à la fois une bonne expérience, mais risquée tu ne penses pas ? Que penses-tu que ce format puisse apporter à la techno ?

Tout dépend de qui se lance dans l’album, toutes les approches peuvent être passionnantes en techno. Vraiment, je ne pense pas que le genre soit un problème en soi, je vois plus ça comme un challenge, et c’est ce qui rend la chose intéressante.

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13) Quels sont les artistes ou labels les plus intéressants aujourd’hui sur la scène techno ?

Je ne peux pas vraiment nommer untel ou untel, il y en a tellement ! Il y a des quantités d’artistes intéressants et de bons labels dans la scène actuelle, à chacun de faire ses préférences.

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14) Prévois tu de sortir un second album ?

Oui, absolument.

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15) Peux-tu nous en dire plus sur tes projets à venir ?

Pour le moment, je travaille sur un projet passionnant pour le Berlin Staatsballett avec Frank Wiedemann. A côté de ça, plusieurs de mes remixes vont sortir bientôt.

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1) You created your own label in order to publish your first EP. Today, as you signed on Berghain’s label, Ostgut Ton, you still publish Eps on MDR. Is it because you like to keep a certain independance ?

No, it’s mostly because I have some friends who are producing some very interesting music and I just like to release it. This was the main goal of founding my own label.

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2) The 10 releases signed on MDR are for quite half part your own releases. There are only three other names  (Norman Nodge, Wincent Kunth and Answer Code Request). Are there so few artists you want to sign ? Who would you like to sign on your label ?

There are some artists coming out next year, for example Anthony Parasole who owns the label Deconstruct with Levon Vincent, and other guys but it’s too early to say more, you will see.

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3) 50 Weapons seems a little bit far from your stylistic line. The fact that your Deluge/Duel EP was out on this label can appear appart from the music you usually do. What was your point ? What were you looking for by signing on Modeselektor’s label that you didn’t find somewhere else ?

Both of the Modeselektor guys are close friends of mine for more than ten years now. There were some great old tunes of mine, which were never released and they really liked the track « Deluge », so they released it on their label. This is more than anything a friendship thing.

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4) You signed on Ostgut Ton the same year your first EP was out, things went fast ! How can you explain that ?

It was some kind of a symbioses from the very beginning on …. At the time I signed with Ostgut Ton I was already very close with the owners of Berghain, `cause I used to be a resident at the Ostgut (the predecessor club of Berghain) since 6 years. The year Ben Klock became resident at the Berghain, we made some music together, just for fun, and we sent it to the boss of the club, then he released it. That’s how things accelerated a bit, yes.

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5) This first publishing on OT was a split with your residence partner Ben Klock. How did this firt colaboration happen? How was the experience ?

The fact is I didn’t know him before, I just met him the first time in 2005 when he was playing his first gig at Berghain. I met him a couple of times, we quickly became friends and started working on music. This was all very natural, just kind of hanging around, having fun, listening to music… playing some Fifa! Yearh, a very good experience.

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6) Ben Klock began producing in 1998. Was his longer experience the thing that convinced you to collab ?

No, the reason for our collab was first of all just fun!

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7) According to you, is Berghain the best club in Europe ? In the world ?

For me, Berghain is Berlin. When I grew up, the techno feeling was the same as it is in Berghain now. It’s a question of spirit. It is quite special, yes, because the people who go there make this spirit.

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8) As you say yourself, you like long sets (be sure that the pleasure is ours tonight!), whereas other artists only mix for 1h30, or even 1h. Do you think it is possible to really build something in 60minutes only ? On the other hand, how do you manage to keep the tension on a crowd for 4 hours or more ?

60 minutes is a challenge as it´s difficult to put everything you would like to bring across in such a short format. This being said, in the end it really depends on the situation and I can do short mixes too. But yes, I like long sets. If it works it’s like an interaction with the crowd, a back and forth, a feeling of waves. It’s really common in Berlin, Djs used to mix all night long, two times a week! This still remains some kind of a local spirit.

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9) You do your mixes on vinyl. For most of the people, it is considered as the only noble format, and nowadays it’s increasing in sales even if everybody said that physical formats would disappear with the spread of digital. What do you think about that and what are the reasons from your point of view ?

For me the physical feeling you get from a record is a really important thing. The digital relation to music almost seems to be similar to the one to toilet paper, and sometimes that really annoys me. When you have a physical record, you get attached to the music in a special way. It’s good that vinyl is still being produced, but of course it’s an underground thing.

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10) We can see today a strong comeback of techno music, at least in France, even among deeper sides of techno. Is it just a french phenomenon or do you observe it in other countries ? How is it in Germany ?

I think that techno is there all the time, but the overall spreading is subject to fluctuation. Today techno is on some kind of an upper wave of this continuous evolution again.

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11) Your album was out 4 years after your first EP. The album format isn’t the easiest to approach for techno artists. When did you knew you were ready for this challenge ? It features a lot of experimental techno exploration and has the great aspect never to be redundant yet still very coherant. How did you built it ?

I decided to make an album when I had enough tracks making sense together. The idea was a little bit odd because I am a techno artist, the album format wasn’t the most obvious, but the tracks made sense and I had enough to bluid something up.

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12) The main reason why this album format can be uneasy may be that techno artists may sometimes close their inspiration to experiments and new explorations, being a little « autistic ». Building an album in such a context can be a very interesting but risky challenge don’t you think ? What do you think the album format can bring to techno ?

It depends on the person making the thing, all kinds of approaches can be awesome around techno. Really, I don’t think the genre itself is a problem, it’s way more a challenge, and that what makes the thing interesting.

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13) According to you, what are the most interesting artists/labels in the techno scene today ?

There are so many names, I can´t really just point out a few names here. I can only say that there is a huge amount of interesting artists and labels in the current scene and it is up to each and everyone to find out who are the people or which are the labels one wants to pay closer attention to.

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14) Do you plan a second opus ?

Yes, definitely.

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15) Can you tell us more about your upcoming projects ?

Right now I’m working on a very interesting project for the Berlin Staatsballett together with Frank Wiedemann. Other than that, some of my new remixes will be released soon.

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