SSS Interview : Oliver Huntemann [FR/EN]

« Disons que je fais un certain genre de techno. »

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Par David Robert
Publié le 20 janvier 2013 | 22:28

Avant d’entamer un set qui sera haut en couleurs à la soirée SSS de Novembre (I.Boat), Oliver Huntemann nous a offert une petite entrevue :

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1) Tu as parfois été associé au mouvement minimal des années 2000 à Berlin. Es-tu d’accord avec cette “étiquette” ? Comment perçois-tu ce mouvement ?

Je ne suis pas vraiment d’accord avec cette étiquette. Je pense que les gens ont besoin de mettre des noms sur les choses, mais à la base je fais de la musique électronique, proche de la techno. Il y a dix ans on appelait ça « electro », puis il a été question de « minimal », et ainsi de suite. J’ai simplement suivi mon propre son et tenté de le développer à ma manière.
C’est amusant, je me souviens, il y a une dizaine d’années toutes les soirées se nommaient « techno ceci, techno cela », puis il fallait parler de « minimal », et tout s’appelait comme ça. Je ne sais pas ce que sera la prochaine vague, et pour ainsi dire je m’en fiche. Disons que je fais un certain genre de techno.

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2) On a un peu l’impression que la scène techno allemande est divisée en plusieurs micro-scènes. D’un côté des artistes comme toi, Dubfire, Romboy, Stephan Bodzin d’un autre ceux du Berghain, etc, et que ces scènes ne se croisent que très rarement. Qu’en est-il en réalité ? Est-ce un problème d’avantage berlinois ? Pourquoi ces clivages existent-ils à ton avis ?

D’une certaine manière tous les genres et toutes les scènes parviennent à interagir d’une façon ou d’une autre, elles cohabitent et ont chacune leur originalité. La seule scène qui m’apparaît comme vraiment à part est la scène psytrance, parce qu’elle concerne d’autres publics. La techno et la house sont bien évidemment connectées. Il peut y avoir beaucoup de concurrence, c’est un fait, mais selon moi les collaborations contrebalancent les effets négatifs. Il y a aussi des artistes plus solitaires qui préfèrent rester dans une approche très personnelle.
En résumé, il s’agit d’avantage d’une question de personnes que d’une question de scènes et de genres. J’aime énormément les collaborations moi-même, avec Stefan Bodzin il y a quelques années, puis maintenant avec Dubfire, mais je ne veux pas en faire trop, une à la fois me semble suffisante. Romboy par exemple aime mener plusieurs collaborations à la fois, c’est une approche différente, et c’est ce qui fait la richesse des interactions entre les scènes je pense. Personnellement je préfère m’exprimer de manière plus individuelle.

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3) Tes playlists sont d’ailleurs pour le moins désenclavés (de Sandwell District à Extrawelt ou Dubfire, en passant par Maetrik et Simian Mobile Disco). Les compilations Play! sont-elles une sorte de manifeste pour l’ouverture des carcans musicaux ?

Je dois avouer, je suis un peu old school et j’ai grandi avec beaucoup d’influences différentes, il était donc normal pour moi de jouer de l’electro-funk, de la house, de la techno, de l’industrielle, de la drum n bass, de tout. Je pense vraiment que tout DJ se doit de voyager d’un genre à un autre, et de ne pas rester focalisé sur une seule voie. Le DJ qui m’a le plus influencé reste Laurent Garnier, car il savait combiner tout un tas de styles et c’est ce que j’essaie encore aujourd’hui de faire.
C’est aussi la raison pour laquelle j’aime jouer de longs sets, car j’ai besoin de mener un véritable voyage à chaque fois, qui dépendra toujours de la foule, pour entrer profondément dans la musique. Il m’est difficile de faire un set d’une heure seulement. J’aime aussi les surprises, même s’il ne faut pas en abuser, mais parfois c’est agréable de voir la foule se demander ce qu’il se passe puis entrer à fond dans le jeu ! (rires)

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4) Lors de tes sets, tu mixes sur vinyles encodés presque exclusivement. Comment as-tu perçu il y a quelques années la grosse vague de digitalisation et par conséquent la dématérialisation de la musique ? Comment la perçois-tu maintenant ?

Nous, musiciens électroniques, avons la chance de faire une musique étroitement liée à la technologie, à son développement, et je ne vois pas ce qui m’obligerait à jouer sur d’anciens supports. Je veux dire, c’est agréable oui, mais un DJ professionnel doit reconsidérer régulièrement toutes les manières de faire évoluer sa musique. J’aime les voitures anciennes, mais si j’étais un pilote professionnel, je me tournerai vers quelque chose d’adapté. J’aime la synthèse que permet Traktor Scratch, je me sens à l’aise avec le toucher physique du vinyle et la souplesse du support digital. Je ne jugerai jamais quelqu’un utilisant la synchronisation ou autre, ça n’a aucun sens, pour moi il est question du résultat avant tout.
Etre un bon « mixeur » ne demande que de la technique. En revanche, être un vrai DJ demande bien plus. Il m’a fallu du temps pour aborder toutes les possibilités offertes par Traktor Scratch, mais ça m’a toujours fasciné. Je sais qu’il y a énormément de DsJ qui ne mixent que sur vrais vinyles, à l’ancienne, et la plupart d’entre eux sont ennuyants, et ils s’autoproclament de « vrais DJs », c’est n’importe quoi. Sven Väth est un bon DJ, oldschool, tout ce qu’on voudra, mais croyez moi ils ne sont pas si nombreux. Soit dit en passant, je ne mixe que des fichiers de qualité intacte, pas de mp3 !

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5) Quelle expérience tires-tu de tes live avec la Reactable ?

Ce fut un vrai bonheur, très différent de ce que je fais en tant que DJ, du live pur et dur. C’était vraiment pour moi le meilleur outil pour du live. Bien sûr, il y avait des problèmes, c’est encore un prototype, parfois les vibrations faisaient tomber les cubes, ça m’est arrivé plusieurs fois (rires) ! Il est impossible de faire quoi que ce soit qui se rapproche d’un DJ mix sur ce genre de choses, c’était vraiment un challenge.

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6) Comment peux-tu expliquer le retour en force du vinyle ?

Je ne pense pas qu’il y ait un retour en force comme vous dites. C’est de pire en pire, chez Ideal Audio nous n’en vendons que peu. Tout le monde parle d’un soi-disant retour du vinyle parce que les Rolling Stones ont fait un super coffret spécial de leur dernier repressage mais non, c’est un marché très confidentiel qui ne concerne au final que peu de personnes. Ceci dit, chez Ideal Audio, nous tenons à conserver ce format, c’est une question d’image, un héritage à perpétuer, et il est normal pour nous de presser des disques pour des gens passionnés qui y sont profondément attachés.

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7) Tu aimes dire que tu es DJ et producteur, là ou un certain nombre de producteur affirment qu’il sont surtout des producteurs avant tout, tout en effectuant de nombreux sets. Être DJ serait-il donc un moyen de gagner sa vie, et ainsi pouvoir continuer sa carrière de producteur ?

Je me vois avant tout comme un DJ. La production est arrivée bien après dans mon parcours. Pour d’autres, qui viennent tardivement au DJing après la production c’est une autre histoire. Je veux amener l’énergie que je connais en tant que DJ dans mes productions studios et moins comme un « musicien ».

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8) Quels sont les projets à venir pour Oliver Huntemann ? Un Play!5 peut-être ?

Je peux vous assurer qu’il y aura un PLAY!5. Mais pour le moment je me focalise sur la tournée, ce qui est déjà assez prenant (rires). Je travaille également avec Dubfire sur Elements, nous avons pour le moment « Fuego », « Aqua » et les autres viendront dans le courant de l’année normalement. Je peux aussi vous annoncer qu’il y aura quelque chose de gros en 2013 pour fêter les 5 ans de mon label, Ideal Audio. Vous pouvez vous attendre à quelque chose d’assez énorme oui !

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9) Le mot de la fin : ta sélection du moment ?

Hm… J’ai toujours besoin de regarder dans mes playlists, je n’ai aucune mémoire des noms c’est embêtant, mais le dernier titre de Kasper Bjørke (proche de Trentemoller) est vraiment très bon. (ndr : il s’agit de Bohemian Soul  feat. Laid Back, sur HFN Music).

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 1) You have sometimes been linked to the Berlin minimal wave of the last ten years. Do you think it’s relevant ? How do you consider this « wave »?

No I don’t think so, I think that people always need to name things. I think I do basically electronic music, not so far from techno. 10 years ago it was called « electro », then it became « minimal » ; I just follow my sound and try to develop it my way.  It’s funny because I remember 10 years ago all parties were « techno this and that », and then « minimalism » came, and everything was called like this, I don’t know what the next thing will be and I don’t actually care. Let’s say I do some kind of techno.

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2) The german techno scene may appear as fragmented into several micro-scenes. On one side, artists like you, Dubfire, Romboy, Stephan Bodzin and on an other hand those related to the Berghain club, and so on, each one minding it’s own business without trying to interract with others. Is it quite the actual situation? Is it more a problem among the Berlin scene ? What is the reason of such cleavages?

In a way, all genres are interacting in some way, they belong together and they have their originalities. The only scene that may appear completely apart from the others is the psytrance scene, because it’s totally different people and habits. But techno and house are of course connected. Yes, there is a lot of competition, but I think that collaborations help to balance it. There are also some kind of « solo fighters », who prefer to work in their personal approach but it’s a question of people, much more than a question of genres I think. I love collaborations myself, with Stefan (Bodzin) a couple of years ago, then now with Dubfire, but I don’t wanna do too much, one at the time is enough. For example Romboy does a lot of colaborations all the time, it’s a different approach, and that is what makes differences in the interactions. I prefer to express myself in a single way.

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3) Your playlist may appear quite eclectic as well, featuring tracks by Sandwell District, Extrawelt or Dubfire, as also Maetrik or Simian Mobile Disco. Are your « Play ! » compilations some kind of manifesto for more open-mindness between musical genres?

I’ve to tell you, I’m a little bit old school and I grew up with a lot of different genres, so I played electro-funk, house and techno music, industrial, drum n bass, everything. I really think that a DJ has to go from musical genres to others, and not to stay focused on one thing. My best influence as a DJ was Laurent Garnier because he was combining a lot of styles and I still try this today. That’s why I like to play long sets because I need this time to make a real journey, that will always depend on the crowd, to get into the music deeply and it’s actually very hard for me to do 1h-long sets. I like to surprise sometimes, not too much, but sometimes it’s good to see the crown being like « oh, what’s going on ? This is good ! » (laugh)

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4) You do your mixes quite exclusively on digital vinyl. How have you seen a few years ago the massive spread of digital DJing and somehow the abstraction of the habbits in musical approach? What is your point of view now?

Whe have the chance to play music that is bound to the newest technologies, the newest stuff, and I don’t know why I should be playing on the oldest stuff. I mean, that’s nice but if you are a professional DJ you have to consider new ways to make your performances evolve. I like old cars, but if I was a professional driver I would buy a proper stuff. Plus there is always a problem with turntables when you are on tour. I really like the synthesis made with Traktor Scratch, I feel comfy with the touch and the digital possibilities. I won’t judge anyone using the sync or whatever, that doesn’t make sense for me, because it’s way more about the music you make. Being a good mixer is just a question of technique, being a real DJ demands more. It took me some time to discover the possibilities of Traktor Scratch, but I’ve always been curious. I know there are so many DJs playing only Vinyl, old school style, and they are sooo boring for a lot of them, and they proclaim themselves « real Djs », that’s bullshit. Sven Väth is a good DJ, kind of oldschool, but they are not so numerous. But be sure that I play only pure quality files, not MP3 of course.

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5) About the reactable?

I liked it, it was so different for my DJ work, pure live performance. This was the perfect stuff for this. It has of course some issues, it’s a prototype, sometimes the vibration makes the cube falls, it happened sometimes (laugh). You can’t play something like a DJ set on this, this was a real challenge, much fun.

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6) Furthermore, what is your opinion about the odd come back of the vinyl support?

I don’t think there is a comeback of Vinyl. It’s getting worse, we don’t sell much. Everybody is talking about that because the Rolling Stones make a special edition of their latest reedit or whatever but no. This is a very minor industry that concerns a few people. At my label Ideal Audio, we want to preserve this format because it’s a question of image, kind of old school and it’s fair to provide vinyl records to passionate people who are attached to this.

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7) You like to describe yourself both as a DJ and a producer, whereas a lot of producers prefer to insist on their production above all, doing in the same time a lot of DJ sets. Is it to say that being a DJ would only be for a living, in order to cope with financial problems and be able to keep on producing?

I think I’m a DJ. The production activity came later on my work. For some producers, who go later on DJing, it’s a different vibe. I want to bring my DJ energy to the studio, not like a « musician », but more as a DJ.

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8) Can you tell us about forthcoming projects as Oliver Huntemann? Maybe a Play 5 from this tour?

Not for the moment, but for sure PLAY! 5 will come. The main thing is to finish the tour, good thing to focus on (laugh). I’m working with Dubfire for the moment on Elements, we have « fuego », « aqua », and maybe later on this year we’ll be soon able to finish this. Another great thing that will happen in 2013 is that we celebrate my label Ideal Audio’s 5th birthday. Be sure that we’ll come up with something huge for this ;-)

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9) Your today quality chart?

Herm.. I always have to see on my playlist I have a terrible memory of the names, but the last upcoming Kasper Bjorke (close to Trentemoller) kicks very well : ’Bohemian Soul’ featuring Laid Back out on hfn music.

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