SSS Interview: Seven [FR/ENG]

Vétéran drum&bass reconverti dans le dubstep, Seven nous parle de sa scène et de son label Uprise Audio.

SSS Interview- Seven [FR-ENG]
Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 4 décembre 2013 | 21:16

S’il gravite depuis quelques années dans les sphères dubstep, Eddy Berry, plus connu sous le pseudonyme de Seven, est pourtant loin d’être un débutant en matière de musiques électroniques. Sous le nom de DJ Reflex, c’est en effet au milieu des années 1990 qu’il a publié ses premiers titres, alors fermement jungle. Ayant ensuite pris le tournant drum&bass, c’est vers 2009 qu’il change d’alias pour s’orienter vers un dubstep des plus sombres et minimalistes.

Impossible pour autant de le taxer d’opportunisme, tant Seven a immédiatement su renvoyer tous les marqueurs d’une conversion réussie : sorties chez Wheel & Deal ou Black Box (dont un album dont nos subwoofers ne se sont pas vraiment remis), avant de créer son propre label, Uprise Audio. C’est sur ce dernier que Seven nous proposait récemment une compilation qui ouvrait bien des promesses, Live From The Future ; c’est aussi suite à la parution de celle-ci que nous lui avons posé quelques questions sur son projet et la scène actuelle.

__________________________________

1) A l’instar d’Uprise Audio jusqu’à présent, Live From The Future contient à la fois des morceaux de producteurs reconnus et de jeunes artistes prometteurs. En y ajoutant le titre du disque, on peut avoir l’impression que tu cherches à donner une image de ce que le dubstep pourrait être dans quelques années. Est-ce que c’était un projet conscient en montant Uprise Audio ? Tu avais des intentions spécifiques en créant le label ?

- Le concept de l’album est né du morceau titre. Joe Raygun m’a donné des pistes vocales pour composer, dont cette ligne, « Live From The Future ». Elle a créé une sorte d’image dans mon esprit de ce qui pourrait être au centre du thème de l’album, et cette image d’une ville à la Bladerunner s’est tout de suite manifestée dans mon esprit. J’ai donné cette idée à Seth Grym et il m’a renvoyé l’excellent artwork qu’il a fait pour le projet. Cela dit, le contenu musical a aussi une approche futuriste, j’avais envie de constituer une compilation de morceaux qui pourraient être joués dans plusieurs années et continuer d’aller avec les titres produits à ce moment-là, faire quelque chose d’intemporel.

__________________________________

2) Ancien producteur D&B, tu t’es reconverti au dubstep à un moment où il connaissait une explosion créative, en élargissant le spectre de ses influences et de ses formes. Quel est ton avis sur la scène drum&bass actuelle, alors qu’elle semble connaître les mêmes processus, au point qu’il est parfois difficile d’expliquer en quoi quelque chose est drum&bass hormis son tempo autour de 170 BPM ?

- La scène drum&bass repousse ses limites, et les repoussera toujours. Sur la question de l’identité, je pense qu’on peut dire la même chose de toutes les scènes à l’heure actuelle : comment définir la house, le drum&bass, le dubstep, le hip hop aujourd’hui ? Il y a tellement de sous-genres qui semblent sortir de nulle part et devenir des scènes à part entière. La scène drum&bass a connu ça de nombreuses fois au fil des années, avec les courants jungle, liquid, jump up, etc. Mais c’est quelque chose de positif : les gens n’écoutent pas tous la même chose, mais chaque sous-genre vient porter l’étendard de l’ensemble du style.

__________________________________

3) Cette compilation était une étape importante pour le label, à peine un an après ses débuts : sa première compilation, publiée en trois formats et précédée d’un white label, qui donne maintenant lieu à une tournée mondiale. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur ce qui est à venir pour le label ? Tu prévois d’autres sorties long-format, ou bien c’était une exception ?

- J’ai beaucoup de choses prévues pour le label, le meilleur est à venir. Cette première année visait vraiment à bien installer le label, les artistes et le son. Je pense que ça s’est plutôt bien passé. La compilation a permis de mettre en avant chaque artiste, de présenter leur musique et de nous donner une plateforme pour leur donner plus de visibilité dans la presse et les médias.
Maintenant, chacun d’entre eux va sortir un EP en solo en 2014, en commençant par un EP de Wayfarer, Afterlight. Tous ces maxis seront disponibles à la fois en vinyle et en digital. Concernant les albums.. je prévois de publier un album sur le label en 2014, mais c’est tout ce que je peux dévoiler là-dessus pour le moment.

__________________________________

4) Au sujet du white label cet été, est-ce que c’était en un sens un moyen de continuer de faire les choses de manière « old school », pour s’inscrire dans la « dubplate culture », en laissant certains Djs jouer les morceaux avant leur sortie officielle ? Comment est-ce que ça a marché ?

- Je voulais publier les white labels comme une forme d’hommage. Je me rappelle que quand j’allais chez un disquaire, j’avais parfois la chance de trouver un white label de quelque chose qui ne sortait pas avant un moment. C’était vraiment une sensation géniale. Donc on a décidé de faire une édition limitée de Reflections : un white-label sur une face, avec un logo Uprise Audio appliqué à la main, et numéroté de 1 à 100. Ils sont tous partis en 54 minutes sur Internet. Donc ça a vraiment bien marché, et ça a créé un buzz, un enthousiasme parmi les amateurs de vinyle qui achètent notre musique. C’est clairement quelque chose qu’on refera à l’avenir.

__________________________________

5) Une immense tournée mondiale est prévue pour promouvoir la compilation, passant par le Royaume-Uni, les Etats-Unis, et même l’Allemagne ou l’Australie (pas la France, malheureusement). Qu’est-ce que l’on peut en attendre ?

- Vous pouvez en attendre un haut niveau de la part de tous les artistes et de moi-même. On adore vraiment ce qu’on fait, et la passion qu’on a est visible et même perceptible par les gens devant qui on joue.
Pour le moment, la tournée a vraiment été géniale, divers membres de l’équipe représentent Uprise Audio dans différentes parties du monde. J’ai essayé de faire les choses de la manière la plus juste quand j’ai décidé qui allait jouer à tel endroit et à tel moment : je veux que tous soient aussi visibles et jouent autant. C’est vraiment dommage qu’on n’ait pas pu venir en France, faire passer la tournée de ce côté aurait été super aussi.

__________________________________

6) Tes premières sorties remontent au milieu des années 1990, ce qui implique que tu as connu les nombreux changements que la scène britannique a traversé depuis. Et ton label a une identité stylistique très distincte, ce qui n’est pas si fréquent dans la scène actuelle : beaucoup de labels mélangent les sons et les genres, au point qu’il devient difficile de dire précisément ce qui appartient à un courant ou à un autre. Quel est ton point de vue là-dessus ? Est-ce que c’était important pour toi de définir Uprise Audio comme un label dubstep dans ce contexte, ou est-ce que tu prévois de publier des maxis dans d’autres genres à l’avenir ?

- Je pense que le son Uprise Audio vient de ce qui me touche vraiment en tant que DJ et qu’auditeur. Je suis très difficile quand je choisis ce que j’ai envie de jouer dans mes sets, et ça se sent aussi dans la sélection de ce que je publie sur le label. Je demande souvent aux artistes de changer quelque chose, d’ajouter un élément dans un morceau, pour que ça corresponde plus à ce que j’ai envie de publier sur le label. Ils produisent tous plein de choses, ils sont très éclectiques, mais il y a vraiment un son particulier que je recherche quand je choisis ce que je vais publier. Il y a quelques uns de mes morceaux qui correspondraient vraiment au label mais qui ne sont pas dubstep ; mais ils ont ce son, ce thème du label, donc je pense les publier sur Uprise Audio. On reste et restera un label dubstep avant tout, mais si notre son peut se projeter tel quel sur d’autres tempos, alors ça ne me pose aucun problème, parce que je sais que ça continuera de plaire à nos auditeurs.

__________________________________

7) Live From The Future contient la version VIP de Masai Mara, ta collaboration avec Youngsta. La version originale était un morceau important pour le dubstep, ne serait-ce que parce que c’était la première production de Youngsta, qui n’était que DJ jusqu’alors – sans compter que le morceau était excellent. Est-ce que ta décision de l’inclure sur la compilation était une sorte de symbole ? Comment est-ce que vous avez décidé de produire ensemble ?

- Non, ce n’était pas du tout symbolique : on a fini le morceau au moment où j’étais en train de faire la tracklist de la compilation, et il marchait vraiment bien à cette place sur l’album. Un grand merci à N-Type qui nous a laissé mettre le titre sur Live From The Future, alors que la version originale était sortie sur son label Wheel & Deal.
Je suis ami avec Youngsta depuis des années, on s’est connu bien avant que je commence à produire du dubstep. Donc c’était vraiment une progression logique. On passait beaucoup de temps ensemble dans mon studio, quasiment cinq jours par semaine, donc le fait d’écrire des choses ensemble est vraiment venu naturellement.

__________________________________

8) Il y a aussi une collaboration avec Dubtek sur la compilation : qu’est-ce que le fait de collaborer apporte à ton travail ? Est-ce que ça te permet de mettre en avant d’autres parties de ton univers musical ? Est-ce que d’autres de tes collaborations vont sortir ?

- J’adore collaborer. Ca permet de changer un peu – parfois, c’est trop simple d’avancer dans un morceau et de se plonger dans la production, alors que travailler avec quelqu’un te pousse hors de ta zone de confort, et te permet de penser hors de tes cadres habituels. Après, ça peut aussi être flippant, surtout quand tu travailles avec quelqu’un de super talentueux (Chewie, par exemple), parce que tu es épaté parce qu’il fait. J’ai une collaboration avec Youngsta qui est sur le point de paraître en décembre sur Tempa – War Cry et The Architects. On est vraiment dans une bonne période.

__________________________________

9) Dans ses notes sur le mix Rinse 14 de Youngsta, Blackdown disait que Youngsta travaillait avec une « élite de producteurs » pour façonner son son. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’Uprise Audio est élitiste – au vu de votre description de la compilation, c’est impossible –, mais il y a vraiment un sentiment de communauté dans vos sorties : certains artistes publient leurs premiers titres, travaillent ensemble. Il y a même certains morceaux de la compilation qui semblent fonctionner ensemble, notamment l’enchaînement Spray Can – Link to The Past. Est-ce que c’était quelque chose que tu essayais délibérément de créer avec ce label ?

- Il y a clairement ce sentiment de communauté dans mon équipe, tout le monde fait un certain son commun mais en même temps, chacun fait son propre truc. Les morceaux que je choisis pour le label sont des morceaux que j’aime mixer ou écouter personnellement. Et j’ai compilé la tracklist comme si je faisais un DJ Set, ce qui explique pourquoi il y a des liens entre les titres. C’était quelque chose d’important pour moi dans cette compilation, je voulais faire voyager les auditeurs dans notre son.

__________________________________

10) En dehors de ce groupe « Uprise Audio », quels sont les artistes que tu considères comme prometteurs à l’heure actuelle, que ce soit dans le dubstep ou dans la scène électronique en général ?

- En dubstep, Proxima déchire vraiment en ce moment, j’adore ce qu’il fait. Sinon, Animai et sa superbe voix.

1) Much like Uprise Audio itself so far, the Live From The Future LP contains tracks from both established artists and promising newcomers. This coupled with the title of the record gives the impression that you intend to give an image of what dubstep could be like in a few years – was that a conscious project when building Uprise Audio? Did you have specific intentions starting the label?

- The concept of the album was born from the title track. Joe Raygun gave me some vocals to work with and the  »Live from the future » vocal was one of them. It kinda set the vision in my mind for what we could base the theme of the album around and instantly thoughts of a Blade runner type city formed in my thoughts. I translated this idea to Seth Grym and he delivered the amazing artwork he created for the project. The musical content does have a futuristic approach though, I wanted to put together a compilation of tracks which could be played in years to come and still sit well with current track of those times. Something timeless.

___

2) You made the move from D&B towards dubstep at a time when the latter was knowing a phase of intense creativity, broadening its expressions and influences. What is your feeling on the drum&bass scene nowadays, when it seems faced with the same processes (to the point that it is sometimes hard to explain why something is d&b besides it being around 170BPM)?

- DNB is and will always be pushing the boundaries. I think in relation to identity, you could say that about pretty much every music scene now. What is house, DNB, Dubstep, Hip Hop anymore? So many sub genres seem to come out of nowhere nowadays and become a scene of their own. DNB has been effected that way many times over the past few years, jungle, Liquid, Jump Up etc. It can only be a positive thing though – not everyone is into the same things but all sub genres fly the flag for the bigger picture.

___

3) Live From The Future was a massive step forward for the label, one year only after it started operating – its first compilation, released in all three formats with a white label release prior to it and a world tour to follow it up -. Is there anything you can tell us regarding your future plans with the label? Are there more long-players forthcoming or was that more of a one-off king of thing?

- I have much planned for the label, the best is yet to come. This first year of operation has been all about establishing the label, artists and sound. I think we have executed the plan pretty well. The compilation have allowed to bring each artist forward and present their music and give us a platform to gain them exposure through press and social media.
The next phase is for each of them to release a solo EP each throughout 2014 starting off with Wayfarer‘s Afterlight EP. All of the releases will be available in both vinyl and digital formats.

In relation to LPs… I am planning on releasing an LP on the label in 2014, that’s all the info I can give you about that right now though.

___

4) Regarding the white label release this summer – was it in a sense meant to keep things done in an « old-school »/ »dubplate culture » way, allowing certain DJs to play the tunes before they were officially out? How well did it go? 

- I wanted to release the white labels as a testament to the old days. I remember going to record stores and being lucky enough to grab a white label of something not coming out for at while. It was such a great feeling. So we decided to do a limited run of Reflections. A one sided white label, hand stamped UA logo and numbered from 1 to 100. They sold out online in 54 mins. It was a massively successful venture and it created a buzz and excitement among vinyl enthusiasts buying our music. It’s definitely something we will do in the future.

___

5) There is a huge world tour planned to promote the release of the album, reaching the UK, the US as well as Germany or Australia (not France unfortunately). Who and what can we expect?

- You can expect a high level of performance from all of my artists and myself. We really love what we do and the passion we have can be seen and felt by the crowds we play to.
The tour has been amazing so far, reaching far and wide with multiple members of the team representing UA playing all over the world right now. I’ve tried to be as fair as I can with the gigs and who’s going where and playing when. I want everyone to get their fair share of performance and exposure. It’s a shame we didn’t get to come to France though. It would have been amazing to come and bring the tour over there too.

___

6) You published your first releases in the mid-1990s, so you’ve obviously been able to witness the many changes the British scene has known since. Besides, your label has a distinct stylistic identity, which isn’t that common these days, as many seem to melt genres and sounds, to the point that it is difficult to clearly state what pertains to a genre or another. What is your view on this? Was it important for you to make Uprise Audio a dubstep label in this context, or do you plan on releasing records in different styles in the future?

- I think the sound style of Uprise Audio is built upon what really reaches out to me as a dj and listener. I am very picky in what I like myself personally to play out to people and that extends into my track selection for the label. I quite often ask the guys to change or add more elements to their track to suit my taste of what I want to put out on the label. The guys write all kinds of stuff, they are all very versatile artists, but there is a certain sound I look for when I choose the tracks for release. There are a couple of tracks I have made which really suit the label but they are not dubstep. They still have the sound and theme of the label though and I plan to release them on UA in the future. We are still and will always primarily be a dubstep label but if the sound of our label can project itself in the manner it already does and without restriction in tempo, then I will definitely accommodate that as I know it will still appeal to our listeners.

___

7) Live From The Future contains the VIP version of Masai Mara, your collaboration with Youngsta. The original version was an essential dubstep release, if only because it was the first time Youngsta released a tune on which he’d produced after years of DJing-only – not to mention the track was fantastic. Was the decision to include the track on the compilation kind of a symbol? Besides, how did you first came to work on production with him? 

- No, it wasn’t a symbol at all. We finished the track and at the time I was compiling the track list for the album and in the place it is on the album it really worked well. God bless N-Type for giving us the all clear to include it on the Live from the future compilation LP as the original was released on his own imprint Wheel and Deal.
Youngsta and I have been friends for many years now, way before I even started to produce dubstep my self. It was a logical progression though really. We used to hang out together at my studio pretty much 5 days a week anyway, so making tracks together was a natural occurring process.

___

8) The compilation also includes a collaboration with Dubtek - what do you feel the collaboration process brings to your works? Does it allow you to showcase different sides of your musical world? Do you plan on releasing more collaborative tracks in the future?

- I enjoy collaborating. It’s refreshing. It’s all too easy to plow into a tune sometimes and be submerged in production, working with someone keep you on your toes and out of your usual comfort zone which can make you think more outside of the box than usual. But then sometimes it can be daunting, especially if the producer you are working with is highly skilled (Chewie for example) and you are in awe of what they are doing. I have a collaboration with Youngsta about to drop on Tempa in December – War Cry and The Architects. Very exciting times.

___

9) In its liner notes for Youngsta’s Rinse: 14 mix, Blackdown noted that Youngsta worked with an « elite pool of producers » to create his sound. Now I certainly wouldn’t say that Uprise Audio is « elitist » – not with that grand joyous press release description! -, but there is definitely a sense of community at work – artists publishing their first release, working together, (some of the tracks of the compilation even seem composed to work together, the Spray Can - Link To The Past sequence is especially stunning) … Was it something you were consciously trying to foster with the label?

- There is definitely a sense of community amongst my team, they all make a certain sound but at the same time they are all doing their own thing production wise. The tracks I pick for the label are tracks I like to play out or personally listen to. I literally compiled the album like I would a DJ set, which is why it feels like its composed. That was an important thing for me to get right too. I wanted it to take listeners on a journey through our sound.

___

10) Outside of that « Uprise Audio » circle, what artists are you looking at as showing great promise for the future, both in dubstep and in the electronic scene in general?

Proxima is killing it right now in dubstep, really feeling his stuff. Animai and her beautiful vocal talent.

Vous aimerez surement

    Leave a comment

    Articles populaires

    Chargement des articles...
    Le chargement des articles a echoué, une nouvelle tentative va être effectuée automatiquement dans 5 secondes.

    Back to Top