SSS Interview: Speedy J [FR/ENG]

A l’occasion de notre soirée Reconstruction, nous avons la chance d’interviewer une légende.

SSS Interview - Speedy J
Par Alexandre Aelov
Publié le 30 octobre 2013 | 18:43

Jochem Paap fait partie de ces rares titans dont on peut dire qu’ils ont vu naître la techno. En Europe, il fut l’un des premiers à recevoir le vent frais de Detroit et à tracer les contours de ce que sera la techno européenne. Depuis son premier EP en 1990, c’est un chemin sinueux qu’il a pris, s’aventurant pendant dix ans dans les méandres oniriques de l’IDM warpesque avant de virer dans une approche plus industrielle. On lui doit aussi deux décennies d’énergie dancefloor (son nom de scène n’est pas Speedy J pour rien), ces dix dernières années ayant été marquées par la création de son label Electric Deluxe et par une production techno surpuissante.

C’est donc une légende que nous avons eu l’honneur d’accueillir lors de notre soirée Reconstruction en septembre dernier, et à laquelle nous avons humblement recueilli les propos.

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1) Ton récent projet avec Lucy, Zeitgeber, nous ramène directement à l’époque de ton album G-Spot, stylistiquement parlant. As-tu ressenti le besoin avec ce projet de revenir à une facette moins techno de ta création ?

- En fait, rien n’était pensé à l’avance pour ce projet. J’organise pas mal de soirées aux Pays-Bas avec Electric Deluxe, et parfois je propose aux artistes qui jouent de rester quelques jours, je les invite dans mon studio et on jam un peu. Tout a commencé comme ça avec Lucy, et c’était vraiment une bonne surprise, on ne parlait presque pas, au final on a joué trois jours d’affilé.
En seulement trois jours on tenait déjà quatre morceaux, tout est allé très vite. On avait aucune idée de la direction à prendre, on se fiait aux techniques de chacun. On était très complémentaires, vraiment. Je pense qu’on avait tous les deux besoin d’un projet comme ça sur le moment, un projet qui nous donne une liberté absolue, du fait qu’à l’époque il avait fini son album solo et je travaillais pour ma part sur un nouveau.

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2) Il est clair qu’il y a une forte orientation expérimentale dans cet album, mais le résultat est plus sombre que Public Energy n°1 ou G-Spot. On se rapproche un peu de l’esprit de A Shocking Hobby d’une certaine manière. Penses-tu qu’aujourd’hui, les deux facettes de ta création (l’une plus IDM/ industrielle et l’autre plus techno) tendent à se rapprocher d’avantage que par le passé ?

- Depuis vingt ans que je fais de la musique, j’ai toujours pensé que tout ce champ d’exploration musicale était un tout unique, et ces deux faces, l’une plus libre dans la forme et l’autre plus orientée dancefloor, sont parfaitement similaire, que ce soit dans le processus de création que dans l’inspiration. Par conséquent, je ne peux pas dire que je me suis investi dans Zeitgeber dans l’intention de réunir ces deux faces puisqu’au final elles ne sont pas séparées pour moi. C’était un très grand moment de liberté, au final.

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3) Après vingt ans de création, tu restes toujours aussi innovant et une référence actuelle en matière de techno. Quelles perspectives te motivent aujourd’hui ?

- Hé bien, ces dernières années, j’ai rassemblé pas mal de matériaux pour mon projet solo, et disons que c’est encore plus « expérimental » que Zeitgeber. D’une certaine manière, ça peut sembler plus simple dans la forme que A Shocking Hobby (qui avait un background sonore très riche, avec un son massif), mais au final on peut le voir comme une tentative d’aller à l’essence du son, d’une manière assez décharnée. Dans le temps, quand je sortais des disques pour Warp ou Nova Mute, l’industrie de la musique était complètement différente. Les artistes pouvaient vendre beaucoup de disques, le retour financier était bon et on pouvait en vivre.
Aujourd’hui, seule une poignée de personnes est passionnée, va s’intéresser en profondeur à un artiste, à sa discographie et son actualité, et pour moi c’est une sorte de libération, tu vois, parce que je peux faire ce que j’aime, ce qui me plaît, sans me soucier du contexte, de ce qui va marcher ou non, se vendre ou non. En terme de liberté de création, c’est vraiment un bonheur !

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4) Depuis que tu as fondé Electric Deluxe, tu sembles te concentrer sur quelques rares collaborations. Quels étaient les objectifs du label quand tu l’as créé ?

- J’ai fondé ce label comme une plateforme. La chose la plus importante pour moi c’est que les artistes soient complètement libres de faire ce qu’ils veulent. Il y a certains labels qui se concentrent sur un certain son, sur une ligne directrice dans laquelle ils souhaient que les artistes s’orientent. Dans Electric Deluxe, nous voulons l’inverse. Je veux mettre en valeur l’originalité, la vision personnelle de chaque artiste. C’est la même chose pour nos soirées. C’est comme ça depuis le début et ça restera notre esprit.

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5) Tu peux nous en dire plus sur les projets à venir du label ?

- Les prochaines releases vont être vraiment super : il y a deux EP de Subjected qui sortiront fin novembre. On prévoit aussi des sorties de AnD, et bien sûr mon prochain album, plus précisément deux albums en un, l’an prochain.

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6) Lucy nous a dit que ton studio était un musée du hardware ! Ceci dit, tu as également été un pionnier du DJing digital, en recherchant des hybridations entre machines et software. Est-ce que tu as une méthode particulière en studio ?

- Pas du tout ! La seule chose dont j’ai besoin, c’est de temps ! Chaque fois que je vais en studio, je m’assure que j’ai au moins deux ou trois semaines d’affilée devant moi, sans être interrompu par des dates ou autres. Je disparais. Même si j’ai toujours des idées qui fusent, j’aime avant tout bidouiller mes machines et voir ce qu’il en sort. Je n’aime pas trop planifier les choses, tout vient sur le coup.
Évidemment, je jette beaucoup de choses, mais parfois il y a ce moment magique, où tu sais que tu tiens le bon bout, et alors tu lâches plus cette idée et tu la mènes à maturité. Je ne suis pas un fétichiste du hardware ou du software tu sais, j’essaie d’utiliser le meilleur des deux. Tout est une partie d’un tout, mon studio est une seule grande machine, un laboratoire du son.

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7) Depuis Loudboxer en 2001 ton son est resté associé aux franges les plus sombres de la techno, et ce jusqu’à aujourd’hui. Tu te sens proche de ça ?

- Pas vraiment, en fait. Je ne me sens proche d’aucun mouvement. Ca n’est pas vraiment mon problème au final, de savoir où je me situe. Ce n’est pas quelque chose que j’ai en tête lorsque je compose. Je fais ce en quoi je crois, par dessus tout.

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8) Pour finir, comment décrirais-tu ton univers musical ?

- Oh la question piège !… Hé bien, disons, je pense que ces dernières années ont été marquées par tout un aspect techno assez dancefloor, mais je garde toujours à l’esprit un espace sonore plus vaste, à chaque instant. Je veux d’avantage explorer cet espace aujourd’hui, c’est vraiment ce vers quoi je m’oriente, vers cette immense horizon au loin, sans considérations de formes ou de genres.

1) Your recent projet Zeitgeber with Lucy brought us back to the G-Spot era, stylistically speaking. Did you feel the need to come back to the less techno side of your creation ? What was your purpose ?

- Well actually the project with Lucy was done without any plan. I do a lot of parties in Holland with Electric Deluxe, and sometimes I propose to the people who play to stay a couple of days, I invite them to my studio and we jam together. It began like this with Lucy, and it was really surprising, we almost didn’t talk, we just played music for 3 days in a row. In just 3 days we had four tracks of something, this was really fast. We didn’t have any idea of where we would go, we both used our studio techniques. We were really complementary, everything went really fast. Whatever came out, came out. I think we both needed a project like this, giving us absolute freedom , because at the time he had finished his solo album, and I was working on a new one.

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2) It is actually experimental, but in a darker way, less dreamy than Public Energy n°1 and G-Spot; closer to A Shocking Hobby, in a way. Do you think that today, the two sides of your work (the IDM/industrial one and the techno one) tend to re-unite more than before ?

- To be honest, I’ve been doing music for 20 years now, and for me the whole spectrum is one single thing you know, and the two sides, one more free in the form and the other one more DJ-oriented, are similar in the process and in the inspiration. So, well, Zeitgeber wasn’t done in order to re-unite these two sides as they are not actually split for me. This was really a moment of freedom though.

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3) After more than 20 years making music, you still remain innovative and a reference in techno. What do you want to create now, what perspectives do you want to explore ?

- Well, for the last years I have built new material for my solo project, and in a way it’s even more « experimental » than Zeitgeber, if you want to categorize it. It can appear as more simple than works like A Shocking Hobby (which had a lot of layers with massive sound), but what I really want is to reach the essence of the sound, in a more stripped way.
Back in the days, when I released discs on Warp and Nova Mute, the music industry was completelly different, you know, artists could sell a lot of records, the income was good and you could make a living. Now, just a few people really care about what you do, listen to your music, and for me it’s kind of a liberation, because I can do whatever I want, what I prefer, I don’t care about the context, what’s gonna work or not, sell or not. It’s really enjoyable, in terms of creation.

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4) Since you founded Electric Deluxe, you seem to develop and focus on a few collaborations. What were the goals of the label when you created it ?

- I founded it as a platform, not only as a label. For me the most important thing is to let the artists completelly free to do what they want to do. There are some labels which focus on a certain sound, they have a guideline, for artists to fit in, but in Electric Deluxe I want the opposite. I want to highlight the originality, the personal vision of each artist. We do the same for our parties. It has always been and will always be our spirit.

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5) What are the forthcoming projects for Electric Deluxe ?

- The next couple of releases are by very interesting artists. There is a couple of EPs from the guy of Subjected, coming out at the end of november. There is also releases by AnD, and of course my next album, actually 2 albums in one, will be out next year.

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6) As Lucy told us that your studio was a synth museum, we assume that you are a hardware man ! But in the other hand, you’ve been a pioneer in digital DJing, making hybridations between machines and software. Do you have a particular method while working in the studio ?

- Not at all. The only requirement I have is time ! Each time I go to the studio, I make sure that I have 2 or 3 weeks in a row, without being interupted, without gigs or whatever. I disapear for a while. Even if I have ideas all the time, I really like to jam with my machines and see what comes out, I don’t like to plan things, it’s all improvised. I throw away a lot of things, but sometimes, there is this magic moment when the thing is good, then I take time to work on it. I’m not a fetichist of hardware or software you know, I try to use the best of both. Everything is part of a big thing, my studio is like a big machine, an audio lab.

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7) Since Loudboxer in 2001 your sound as remained associated with the darkest sides of techno, until today. Do you feel part of it ?

- Not really, I don’t feel connected to any movement. It’s not my problem, it goes where it goes… It’s not something that I keep in mind when I work. I do what I believe in, above all.

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8) In the end, how would you describe your musical landscape ?

Oh, that’s a tricky one !… Well, I think that in the last couple of years I’ve been dealing with mainly dancefloor techno, but I keep my mind in a broader space, all the time. I want to explore more of that space today, that’s what I really focus on, this wide area outside of any consideration of forms and genres.

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