SSS Interview : A Winged Victory For The Sullen [FR/ENG]

Lors de leur seule et unique date en France à La Flèche d’or pour leur album tour, le duo d’A Winged Victory For The Sullen a bien voulu répondre à nos quelques questions.

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Par Raphael Lenoir
Publié le 16 mars 2015 | 15:48

Lors de leur seule et unique date en France à La Flèche d’or pour leur album tour, le duo d’A Winged Victory For The Sullen a bien voulu répondre à nos quelques questions. Adam Wiltzie et Dustin O’Halloran ont en effet publié leur album Atomos en fin d’année 2014 : aussi profond que gracieux, il avait été par ailleurs chroniqué ici. Conçu originellement pour une pièce de danse, Atomos a dépassé ce cadre pour s’écouter tout simplement, sans support visuel. Il nous avait tapé dans l’oeil et il nous semblait logique d’aller interroger Adam et Dustin à ce propos.

 

Atomos semble être votre premier enregistrement pour une pièce de danse. Manquiez-vous de libertés ou de temps pour faire cela, ou Wayne Mc Gregor était flexible ?

Dustin : Oui, il était arrangeant même si nous avions une deadline spécifique pour la remise de la bande son. Avant même de composer notre musique, ils avaient déjà booké la première date. Donc nous avions une timeline précise et on se devait de n’avoir aucun retard. Cela reste un collaborateur génial car il nous a laissé notre créativité et beaucoup de liberté pour ce projet ce qui est vraiment important pour un artiste.

 

Pourquoi avez-vous adhéré au projet de Mc Gregor ? Comment vous a-t-il convaincu ?

Adam : Deux choses essentiellement. La première étant que nous n’avions jamais composé pour une pièce de danse. Je crois que nous étions tout les deux curieux et nous voulions essayer car c’est un art noble et que nous ne connaissions pas ce milieu.  La deuxième étant que nous sommes allés le voir et il était très sympa et calme, quelqu’un avec qui on pouvait bien s’entendre. Il n’était pas prétentieux, même si l’idée derrière Atomos était un peu prétentieuse. Mais c’était un gars avec qui on aimerait bien trainer.

De plus, malgré le fait qu’il nous laisse beaucoup de liberté, le plus important est qu’il a passé beaucoup de temps sur son travail avant de nous contacter, il a vraiment fait des recherches en amont, et il avait un concept clair et précis. Il n’y avait pas d’hésitation dans la mesure où il avait une vision de ce qu’il voulait faire. J’aime ce genre de personnalités car beaucoup de gens ne savent pas ce qu’ils veulent, et cela nous a poussé à le suivre.

 

- Atomos se voulait être une danse de la matière, montrer l’harmonie existant à l’intérieur de l’univers. Etiez-vous inspirés par ce sujet ?

Dustin : Oui, pour moi le sujet était sympa à traiter, car la plupart du temps on travaille avec des collaborateurs qui vous donnent des références musicales et qui parlent de la musique. Mais Wayne n’a jamais discuté de cela, tout ce qui l’intéressait était le concept, donc c’était vraiment un sujet inspirant car si tu trouves de la place dans ta musique propre, on doit te pousser pour l’étendre. Le concept dont il parlait nous a naturellement poussés à l’explorer. Il était vraiment ouvert et libre de pensées, nous pouvions explorer cela en musique et cela nous a permis d’étendre notre palette musicale.

 

-Croyez vous que composer pour un film et pour une pièce de danse soit une et même chose ?

Dustin : Non, avec la danse la musique est au premier plan, la danse suit le mouvement de la musique. Pour le film, c’est l’image en priorité et la musique se cale sur l’image. C’est exactement l’inverse.

Adam : Peut-être que dans les années 60 sur quelques films la musique était centrale, mais aujourd’hui ces choses-là n’existent presque plus.

 

- Dustin a un gros background en tant que pianiste, tandis qu’Adam se concentre plus sur les nappes ambientes. Interférez-vous parfois dans le travail de l’autre ?

Dustin: Nous interférons tous les deux dans le travail de l’autre…

Adam : Nous nous donnons toujours des conseils, du matériel sonore… Nous mixons tous les deux notre travail et nous l’avons encore plus fait sur ce dernier album.


-Continuerez-vous de produire en tant que duo ou laisserez-vous entrer d’autres artistes à A Winged Victory For The Sullen?

Adam : Question intéressante. Oui, je pense que tout est possible, on ne devrait pas être fermé d’esprit.

 

-Il y  a beaucoup de mélancolie dans votre musique, savez-vous d’où cela vient ?

Dustin: Je ne pourrais pas le dire, nous avions de la mélancolie bien avant de commencer en duo. Nous continuons toujours à composer avec cette mélancolie.

-Votre musique exprime des sentiments autres que la mélancolie ?

Dustin : Oui tout à fait.

Adam : Non, pour moi c’est juste de la mélancolie. (rires)

 

- Vous êtes maintenant des producteurs connus, pensez-vous que vous faites parti d’un renouveau de la musique ambiante ? Ou est-ce toujours pour vous une culture underground qui ne fera jamais de percée.

Dustin : Voyons voir combien de personnes viennent à notre concert ce soir.

Adam : Je ne sais pas, personne ne viendra nous voir ce soir.

Paris n’est-elle pas la capitale de la culture moderne ?

Dustin : Peut-être, mais ils ne nous connaissent pas.

Adam : Je crois qu’on devrait conseiller aux Parisiens de sortir de cette ville et de voir le monde. Ils vivent dans une bulle ici.

Dustin : Notre relation à la France a toujours été spéciale. Je ne suis pas venu ici en 20 ans, j’avais un groupe de musique pendant 12 ans, un projet solo et je n’ai presque jamais joué en France. C’est marrant car nous avons fait salle comble partout en Europe, mais en France, c’est comme si tout le monde s’en foutait. (rires)

Adam: A mon avis  Bruxelles est une ville plus intéressante, bien que j’adore Paris la ville. Je trouve que la mentalité parisienne est plus attachée au passé d’un point de vue culturel. Je trouve qu’ils sont plus intéressés par le passé que par le présent. Il est indéniable qu’il y a une culture Parisienne pour ce qui était, mais pas pour ce qui est.

Je crois qu’on devrait conseiller aux Parisiens de sortir de cette ville et de voir le monde. Ils vivent dans une bulle ici.

 

-Quelle facette de votre métier préférez-vous le plus : enregistrer au studio, jouer en live, ou faire des interviews ?

Adam : Je suis bien plus à l’aise dans un studio. Jouer en live a toujours été difficile pour moi mais je m’améliore là-dessus.

Dustin : La performance live est toujours en évolution, c’est une situation incontrôlable que l’on ne peut jamais contrôler à 100%, ce qui la rend relativement intéressante. Mais je crois que je suis aussi heureux dans le studio car c’est là que l’on peut en fait travailler pour avoir le résultat que tu souhaites. De plus tu n’as pas besoin d’exposer ton travail tant que tu sens qu’il n’est pas encore achevé. Mais je trouve que nous avons trouvé un bon moyen de traduire le dernier album dans un live et nous sommes fiers du résultat et c’était sympa.

- Dans ces nouvelles tracks, les mélodies sont plus lentes tandis que les nappes ambiantes sont plus éthérées. Y a-t-il une signification à tout ceci ?

Adam : Je n’ai jamais été un grand musicien et l’ambient était le seul moyen que je connaissais pour faire de la musique. Je prenais cette voie par intuition, ce n’était pas forcément un sentiment spirituel, mais je voulais juste faire de la musique qui me donnait envie de m’endormir. C’est pour cette raison que j’ai commencé la musique. Je n’ai jamais été vraiment intéressé par un art conceptuel ou des attitudes conceptuelles, cat c’est plus compliqué dans la mesure où parfois cela n’a de sens que pour l’artiste en question. Par exemple avec McGregor, je comprenais à peu près ce qu’il voulait, mais jamais complètement, car l’idée a mûri dans sa tête depuis si longtemps que c’en est devenu une chose toute personnelle pour lui.

Je me disais : Ah, c’est le monde de Wayne là, je vois partiellement ce qu’il s’y passe, mais ma vision est très étroite dans ce monde. Moi, je cherche juste à créer de la belle musique, et je suis plutôt heureux de toujours faire de la musique 20 ans après. Certaines personnes dans ce monde aiment bien ce que je fais mais je ne prend pas ça vraiment au sérieux.

Dustin : Tout ce que j’ai fait précédemment, que nous avions fait précédemment était plus construit, peut-être parce que j’étais plus intéressé par les harmonies, contrepoints, beaucoup de structures mélodique mais petit à petit je déconstruisais ces structures pour n’en prendre que des fragments, les modeler parfois… Pour moi ce fut une belle expérience, mais je crois qu’à la fin notre art est juste un moyen de s’oublier, d’aller dans des endroits où le monde normal a disparu est vous êtes libre. C’est ce que tout le monde cherche dans l’art.

Adam : Je crois que c’est plus simple que ce que les gens imaginent. Je généralise mais l’artiste veut surtout être reconnu pour son travail.

Dustin : Je fais de la musique pour perdre mon ego, et non pour en tirer de la force. Je veux juste disparaître dans ma musique. Elle devient comme un organisme vivant qui peut vivre sans moi, sans ego. J’ai toujours été bloqué quand il y avait trop d’ego dans la musique, et elle n’arrive pas à me toucher à l’intérieur, car il n’y a pas d’endroit pour être une partie d’elle, on peut juste la regarder, comme une expérience étrangère, mais la musique est magique quand tu peux te l’approprier quand on l’écoute, l’amène en toi et elle devient si précieuse car il y a de la place pour toi. Et je crois que cette chose fragile comme celle-là te donne le sentiment d’être exposé, te force à chercher une connexion, car l’art est connexion humaine ; c’est le désire de se lier, de surpasser le monde physique et cela explique pourquoi les artistes ne souhaitent pas être seul à la fin de la journée. Et c’est peut-être aussi pour cette raison que vous faites des interviews, pour être connecté avec les lecteurs, les artistes. Nous partageons une solitude éternelle. Si tu prends du recul et regarde la terre est le minuscule petit point que nous somme, tu sens en même temps cette solitude et le fait que tout est interconnecté. Les astronautes vivent cela lorsqu’ils sont dans l’espace, c’est l’overview effect.

Je fais de la musique pour perdre mon ego, et non pour en tirer de la force. Je veux juste disparaître dans ma musique.

-Atomos seems to be your first record for dance. Did you lack freedom or time to do this project or was Wayne Mc Gregor  accomodating?

Dustin : Yes, he was accomodating even though we had a specific time to work with because, as before we started making the music they had already booked the premiere. So we had a very specific amount of time and there was no change in it. So that was different for us because we had only four months to write it, and we need usually a lot more than that. And then we needed to deliver the music to finish the choreography in time for the premiere. As a collaborator he was great because he let us our creativity, tons of freedom, and trust which is really great.

 

-Why did you join Mc Gregor’s project? How did Mc Gregor convince you?

Adam : Two things. One : we have never ever composed for dance. I think we were both curious and we wanted to try, because it is a great art form and we never worked in this, and I don’t know why after all these years. And the second thing was we went and met him and he was a very sweet and calm person, someone we could really get along with. He wasn’t pretentious, even though the idea behind Atomos was a bit pretentious. But he was a guy we could easily hang out with, a nice guy.

-Atomos was supposed to be the dance of matter, to show the harmony existing within the universe: were you inspired by this topic?

Dustin : Yes, for me it was nice because most of the time you work with collaborators who are giving you some musical references and they are talking about music. But Wayne never spoke about music, he spoke about the concept, so it was really inspiring because if you have to find a place in your own music, to expand it, you need to be pushed. The concept he was talking about naturally pushed us to explore. He was so opened and so free, we could explore sounds and it pushed our sound as well.

Adam : Furthermore, despite him giving us a lot of freedom, there was so much work that he put into it before he contacted us, he really did research in his background, he had a really straightforward concept. There was no hesitations, he already have a vision. The guy knows what he wants and there was no bullshit. I loved this kind of strong personality, because lots of people don’t know what they want. And it kind of helps you to follow him.

- Do you think that composing for a movie, a sountrack is the same thing as composing for dance ?

D : No, with dance the music comes first and then the dance happens, in the film, the images come first and you have to fit the music inside, so it’s completely the opposite.

A : Maybe in the 60’s some movies were made and music was central, but nowadays such a thing doesn’t exist anymore. It is really rare.

- Dustin has a big background as a pianist, whereas Adam is maybe more focused on soundscape. Is one of you sometimes doing some modifications to the work of the other. How do you function as a duo ?

Dustin : We both do this.

Adam : Yeah, we always give the other some kind of stuff, advices. We are always mixing our work… We did this a little bit more of this on this reccord.
 

-Will you continue to produce as a duo or let other artists sometimes enter the group?

Adam : This question is interesting… Yes, I think anything is possible so it could be a possibility. We shouldn’t be close minded.

-There is a lot of melancholy in your music, where does it come from ?

Dustin : I couldn’t tell, we have had melancholy way before we began to compose together. We always continue to compose with melancholy.

 

- Are there other feelings than melancholy in your music?

Dustin : Yeah absolutely.

Adam : No, for me it is just melancholy. (laughs)

 

- You are now well-known producers, do you think you are part of an ambient music comeback ? Or is still for you an underground culture which will never really make a break through ?

Dustin : Let’s see how many people is going to our show tonight.

Adam : Well I don’t know, no one is going to see us tonight.

Isn’t Paris the capital of modern culture ?

Dustin : Maybe, but they don’t know about us.

Adam : I think we should advise the Parisians to get out of Paris and see the world. They are living in a bubble here.

Dustin : In France it has always been special. I didn’t come here once in twenty years, I had a band for twelve years, solo projects, and I hardly ever played in France. It’s funny because we have sold out shows all over Europe, but in France, it’s like nobody cares. (laughs)

Adam : In my opinion Brussels is a more interesting city, even though I love Paris, the city. I feel the Parisian mentality is more attached to the past, on the cultural level. I think there are more interesting things from the past than what’s happening now. It’s undeniable there is a Parisian culture for what was (Picasso, Rembrandt…), but not for what is.

 

-Which side of your job do you prefer to do as an artist : to record in the studio, playing live, or doing interviews with people like me?

Adam : I feel much more confortable in the studio. Playing live has always been difficult but I am getting better at it.

Dustin : Live is always changing, it’s an uncontrollable situation that you can never fully control, which makes it good. But I think I am also happy in a studio because that’s what where you can actually work to get the results that you really want. And then you don’t have to release it until you feel good about it. But I think we’ve found a good way to translate the last album in a live, and we are proud with the results and it was fun.

 

-In these new tracks, melodies are slower while ambient is getting more ethereal. Is there any meaning behind this transformation ?

Adam : I was never a good musician, ambient was the only way I knew to make music, I was going for a feeling, maybe not a spiritual feeling, but I just wanted to create music that would make me fall asleep, that’s why I started to make music. I’ve never really been interested in conceptual art or conceptual attitudes, because it can be complicated, because it sometimes only means to the person who created. For example, with McGregor, I kind of understood what he wanted to do, but not fully, because it was in his head for such a long time, it is such a personnal thing for him.

It is kind of : Oh, it’s Wayne’s World, I partly see what’s happening here, but I just have a glimpse of it. Me, I’m just trying to create beautiful music, and I am pretty lucky I’m still making music 20 years later, but there are some people on earth who like what I do, but I don’t take this so seriously.

Dustin : Everything that I did before, we did together, was more formed, maybe because I was more interested in harmony, counterpoints, a lot of melodic structures, and slowly I have been pulling apart these structures, and only taking some small pieces of it, stretching them a few times, for me it was a great experience, but I think in the end our art is just a way of loosing yourself, and getting into a place where the normal world falls away and you are free, that’s what everybody seeks in art,

Adam : I think it’s more simple than some people imagine, i’m generalising but the artist wants to be recognised by his work.

Dustin : I make music to lose my ego, and not to gain strength from it. I just want to disappear in my music, the music becomes something like a living organism, that can live without me, with no ego. I have always been blocked when there was too much ego in the music, it doesn’t go inside of me, because there is no space to be inside of it, you are just looking at it, as someone else experience, but music is magical when you feel like it is yours when you listen this take it in and it becomes so precious because it is like there is room for you inside of it. And I think this fragile thing like this make you feel exposed, to force you to seek a connection, because art is human connection, it is the desire to connect, the desire to surpass the physical realm, and that explains why artists don’t want to feel lonely at the end of the day. And probably that’s why you are doing interviews too, to connect with the bloggers, the artists… We share a universal loneliness, because if you really step back and look at the earth and this tiny little dot that we are and that’s the overview effect that some astronauts have experienced when thay were in space.

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