SSS Interview: Xhin [FR/ENG]

Producteur discret et explorateur de l’ombre, Xhin en entretien.

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Par Alexandre Aelov
Publié le 7 mai 2013 | 17:24

Xhin est devenu en peu de temps un artiste incontournable de la scène techno. Le producteur originaire de Singapour a su, en deux albums et de nombreux EP, imposer un style en constante évolution, bousculant sur son passage les repères connus de la techno dure et industrielle. Si son éloignement par rapport à l’Europe, où il est signé et joue majoritairement, aurait pu être un handicap, Xhin a su en faire un atout, se foutant totalement des orthodoxies et des codes en vigueur. Producteur discret, explorateur de l’ombre, il était aux côtés de Rrose, Peter Van Hoesen et Marcelus lors de la Technorama qui s’est tenue à la Machine le 19 avril dernier à Paris. On y était, et autant vous dire qu’après ça, la techno ne sera plus jamais la même dans nos cerveaux technovores. Nous avons recueilli pour vous les paroles d’un des expérimentateurs les plus intriguants des cinq dernières années.

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1) Chacun de tes Eps est un monde cohérent tant sur le plan technique qu’esthétique. Comment fonctionnes-tu en studio?

Je tiens à raconter une histoire derrière chaque track ou chaque EP. Avant de commencer quelque chose, j’ai toujours une idée précise de comment l’aborder, techniquement parlant.

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2) Ce qui est remarquable quand on considère ta discographie, c’est l’étendue de ton univers sonore. Quelles sont tes influences musicales? Est-ce qu’elles sont vraiment la source première de cet univers, ou bien y a-t-il d’autres choses qui rentrent en jeux en premier lieu? Peut-être venant d’autres arts?

J’aime énormément le cinéma, ce qui m’intéresse le plus étant les bandes originales. Je pense que ma production est très cinématique, j’aime la concevoir comme partie intégrante d’un film. D’une certaine manière mon inspiration née de là. Mais l’inspiration vient de n’importe où, et pas nécessairement de la part musicale des choses. Je puise dans les lieux où j’ai été, dans les choses que j’ai vues, etc. Mais il y a aussi la part d’imaginaire qui nait du son. Si je commence par exemple avec un son de synthé massif, toute la track en découlera. Peut-être que les auditeurs se diront que c’est mon son propre, mais j’essaie simplement de créer des sons qui me plaisent, et pas nécessairement quelque chose qui sonne comme “moi”. Chaque track raconte une histoire, j’essaie de créer la bande son de chacune d’elles.

Tu as déjà travaillé sur des projets visuels impliquant ta musique?

Non, pas vraiment. Peut-être un jour, si une opportunité intéressante se présente, j’y réfléchirai.

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3) Tu évoques souvent les lieux qui t’ont inspiré. Si l’univers de Xhin était un paysage, il ressemblerait à quoi?

Hm, c’est assez difficile à décrire avec des mots… Je pense que personne ne peut vraiment comprendre mon monde, quoi que je puisse dire pour le décrire. Je ne peux exprimer ces choses-là qu’en musique, ainsi chacun peut l’interpréter à sa manière. Je pense que c’est un bon équilibre.

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4) Tu as joué récemment en collaboration avec Dharma, du groupe The Observatory au Earthbound à Singapour, et le résultat est très intéressant. Quelle impression tu en as retiré? Projettes-tu de développer de nouvelles approches, électroniques ou non, dans ta propre production après ça?

Je pense qu’il y a une alchimie particulière qui nous a rapproché. Il y aura sans aucun doute d’avantage de live en commun avec eux et nous avons déjà en projet de travailler ensemble sur une sortie ou quelque chose du genre, ça n’est qu’une question de temps.

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5) Tout comme toi, The Observatory viennent de Singapour. Tu as souvent souligné le fait qu’il y aurait là-bas un public potentiellement important dans la scène électronique, mais que les promoteurs ne prennent pas de risques. Pourrais-tu nous en dire plus au sujet de cette “scène”, éventuellement au sujet d’autres artistes avec qui tu aimerais travailler?

Il n’y a pas de groupes qui m’attirent en ce moment. J’ai toujours aimé ce que font The Observatory. Ce qu’ils communiquent est complètement à part, vraiment original, d’autant plus à Singapour. Mais le plus grand nombre aime les choses accessibles. Je pense que si tout le monde faisait un effort pour s’ouvrir un peu, chacun s’en trouverait grandi.

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6) Tu fais le plus souvent des DJ sets, envisages-tu de faire du live?

J’ai des projets, en effet, mais je ne préfère pas en parler pour le moment. Rien de bien secret… mais lorsque ce sera le bon moment, je serai heureux de l’annoncer.

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7) Tu tournes beaucoup, et dans le monde entier, dirais-tu que ta manière de penser et de préparer tes sets (techniquement parlant) a évolué au fil des ans?

Oui, d’une certaine manière. J’essaie toujours d’utiliser de nouvelles manières de faire et de nouveaux équipements, pour garder de l’originalité dans mes sets.

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8) Ta collaboration avec Stroboscopic Artefacts a toujours été une question d’amitié depuis sa fondation par ton ami Lucy. Qu’en est-il avec les autres labels? Tu n’as finalement signé que sur un très petit nombre (dont Apotek, CLR ou Token récemment), qu’est-ce qui te décide à signer quelque part?

Disons… par exemple, dans le cas de Token, certaines de leurs sorties sont parmis mes préférées, et j’avais en tête d’un jour pouvoir éventuellement sortir quelque chose chez eux. Et puis, un beau jour, Kriz m’a contacté pour signer un EP. Tout est tombé pile au bon moment et j’avais justement des tracks de côté.

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9) Ton album Sword sorti il y a deux ans t’as révélé au public européen. Avec du recul, il reste encore aujourd’hui remarquable par son originalité et les perspectives qu’il pose tant en techno expérimentale qu’en electronica. Comment le vois-tu dans ta discographie?

Merci. Honnêtement, je ne mesure pas trop l’importance de Sword pour les autres, mais pour ma part, il reste l’album dont je suis vraiment le plus fier.

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10) Du fait que tu as d’une part collaboré avec d’autres producteurs, et bizarrement de la même manière parce que ta musique fait figure de diamant noir dans la techno européenne, tu as souvent été associé à beaucoup d’artistes de scène assez différentes. Tout ceci peut paraître assez surfait, au vu de la constante évolution de ton travail et de ton style. Tu te sens proche de quelque chose, de certains artistes musicalement parlant?

Je n’en sais rien, vraiment. Je n’ai jamais pensé pouvoir être associé à tel ou tel artiste. Je ne fais pas attention aux médias qui montent ça de toute pièce. D’une certaine manière ça fait sens pour l’auditeur, ainsi les gens peuvent mieux se repérer dans le paysage musical auquel j’appartiens. Pour être honnête, la majorité de mon inspiration vient de choses totalement différentes de la scène techno industrielle. Avant que je commence à mixer, j’étais (et je suis toujours) un musicien, j’ai joué pendant des années dans des groupes, et aujourd’hui j’aime majoritairement écouter du métal. La violence de ma musique vient avant tout de là, de ces influences, j’y trouve ce qu’il faut pour aborder le rythme, les bruits, etc.

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11) Pour finir, tu as souvent dit que la qualité principale d’un artiste était de savoir prendre des risques et de surprendre l’auditeur, en abordant les choses de manière non conventionnelle. Tu pourais nommer des artistes ou labels qui te surprennent aujourd’hui?

Pour le moment j’aime écouter des groupes comme Dir En Grey ou Mouse On The Keys. Du côté électronique des choses, des DJ comme Tony (Surgeon)  ou DJ Pete (Substance) font toujours des sets très impressionnants. Parfois ça n’est pas juste jouer une track surprenante dans un set. Il s’agit bien plus selon moi de savoir construire quelque chose qui tranche.

1) Each one of your Eps is a coherent bubble where both a technical and aesthetical approach are developed. How do you proceed in studio ?

I want to tell a story behind each track or EP. Before I start writing, I already have a specific idea in my head on how to work on it.

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2) What strikes us when we listen to your discography is the width of your musical landscape. What are your musical influences? Do they really shape your soundscape, or is it more built by other things, maybe other arts ?

I love watching movies, I guess that the main thing I care about with it is the soundtrack. I think that my creation is kind of cinematic, I like to conceive it as part of a movie. Inspiration comes from there in a way. But inspiration comes from anywhere. Not really necessary from the musical side of things. It draws from the places I’ve visited, the things I’ve seen etc. But also the imaginary vision I can develop of the sound. For example, if I start from a synthesizer sound that is huge, it will bring the whole track with it. Maybe people can say that it’s my sound, but in fact I try to create the sounds that I like, not something that sound like « me ». Each track tells a story, I try to create a soundtrack for each story.

Did you actually worked on visual stuff with your music ?

Not really. Maybe one day, if I have the opportunity I will do so.

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3) You often speak about the places that inspired you. If Xhin’s universe was a landscape, what would it look like ?

Well, it’s hard to say with words… I think that nobody would ever understand my own little world, whatever I could talk about it. I can only express these things through music so that anyone could their own interpretation. This is fair enough, I think.

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4) Recently you have played several shows with Dharma from The Observatory at Earthbound in Singapore, and the result sounds really interesting. How was the experience ? Do you plan to develop new approaches (electronic, or even non electronic) in your own production after this ?

I think we have a special chemistry that makes us clicked. I am sure that we will do more of that live thing in the future and we actually have some plans to work together on a release or something but it’s going to be a matter of time. When it will happen, it will happen.

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5) Like you, The Observatory are singaporean musicians. You have often pointed out the fact that in Singapore, there would be a potentially big audience for electronic music but that promoters don’t take risks. Could you tell us more about this « scene » (if we can call it so), eventually about the artists you would like to work with ?

There are no bands I am actually keen on. I’ve always liked what The Observatory has done and still doing. What they deliver is completely on another level, totally uncommon, especially in Singapore. However the majority here likes music that is accessible. I guess if we could open ourselves up a little bit more and accepting new sounds, new ground, we will grow.

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6) You usually do DJ sets, but what about a live approach? Do you plan to work more on this aspect in the near future ?

I do have plans but I’m not telling anything just yet. It’s not really a secret though. I guess when it really happens then I will be pleased to announce it.

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7) You are touring a lot, worldwide, would you say that your way to think and to do (technically speaking) your sets has changed throughout the years ?

Yeah kind of. I always try to use different or new technics or gears just to keep my sets fresh and innovating.

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8) Your collaboration with Stroboscopic Artefacts has always been a friendship thing since its foundation by Lucy. But how is it with other labels ? You have signed on a very few ones (including Apotek, CLR or Token recently), how did you decide to release your productions on them ?

For example, label such as Token, it has most of my favourite releases there and I thought maybe I would release something for them and then one fine day Kriz approached me for an EP release. It came at the right time when I already had the ready tracks.

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9) Your Sword album was released two years ago, and is known to be the release that brought attention to your work in Europe. Looking back, it is remarkable for its originality and the wide perspectives it still draws today in experimental techno and electronica. How do you consider it in your discography ?

Thank You. To be honest, I have no idea how important Sword still is to the rest of the world but to speak for myself, I can say that I have made that one album that I’m really proud of.

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10) Because you have worked in collaboration with other artists, and curiously in the same way because your music stands as a sort of black diamond in the techno scene, you have often been related to many artists from several scenes. This can seem a little bit made up, considering the constant evolution of your work. Do you feel part of anything, musically close to other artists ?

I don’t know, really. I never thought of any artist that myself could have been related to. I don’t really read the media that actually make things up. In a way it makes sense for the listener, so people could have a clearer picture. To be honest, most of my inspiration come from the non-industrial techno scene. Before I started Djing, I was and I still am a musician, I played in bands for years, and today I’m still pretty much enjoy listening to metal bands, so the heaviness in my music comes from those influences, to create rhythm, noises etc.

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11) You have often said that the main quality of an artist was to take risks, and to surprise the audience, playing with unconventional things. What artists/label thrill or surprise you theses days ?

Currently I’m enjoying listening to bands like Dir En Grey and Mouse On The Keys. As for the electronic music side of things, DJ like Tony (Surgeon) still makes impressive sets, and so does DJ Pete (Substance). Sometimes It’s not always about playing a surprising track in a whole set. It’s about playing a set that has a certain contrast.

 

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